Comment une petite association béninoise peut-elle faire connaître ses projets au-delà de son territoire ? Comment trouver des partenaires, identifier des financements ou valoriser des savoirs qui restent souvent invisibles sur Internet ? Ces questions très concrètes étaient au cœur d'un atelier organisé le 30 septembre à l'Institut français du Bénin, à l'occasion de la XVIe Assemblée plénière de la Conférence des organisations internationales non gouvernementales de la Francophonie (COING).


C'est Jérôme Binet-Bos, directeur délégué de l'Institut français du Bénin, qui a accueilli les participants. En ouvrant les portes de l'établissement à cette rencontre, l'Institut français offrait un cadre d'échange entre chercheurs, représentants de la société civile et acteurs locaux autour des possibilités offertes par les technologies numériques.
La rencontre réunissait des membres de la COING, des cadres de la mairie de Cotonou et des acteurs béninois autour des travaux du Laticce, laboratoire de recherche de l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Son directeur scientifique, Brice Armel Simeu, n'était pas venu uniquement présenter des recherches universitaires. Il avait surtout une solution concrète à leur montrer : OuiTogether, un écosystème numérique conçu pour rendre les contenus, les organisations et les initiatives francophones plus facilement accessibles.
Coorganisée par la COING et le Réseau international des Maisons des Francophonies (RIMF), la rencontre a rapidement dépassé le cadre d'une présentation technologique. Pour les participants, il s'agissait de comprendre comment ces nouveaux outils pourraient les aider dans leur travail quotidien.
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Sur Internet, être présent ne suffit plus
Brice Armel Simeu commence par une question qui paraît anodine : qui décide de ce que nous voyons sur Internet ?
Derrière les résultats d'un moteur de recherche, les recommandations de YouTube ou les publications affichées sur Facebook se trouvent des algorithmes. Ils sélectionnent, classent et recommandent les contenus selon des critères que les utilisateurs ne maîtrisent pas.
Or, être présent sur Internet ne garantit pas d'être visible. Et être visible ne signifie pas nécessairement être recommandé à ceux qui pourraient s'intéresser à vos activités.
Le chercheur distingue ainsi quatre piliers de la découvrabilité : la présence numérique, la visibilité, la recommandation et la consommation des contenus.
Pour une ONG, la différence est considérable. Elle peut disposer d'un site Internet, publier régulièrement ses activités et mener des projets remarquables sans jamais être découverte par les personnes susceptibles de la soutenir.
À cette difficulté s'ajoute le modèle économique des grandes plateformes. Chaque interaction produit des données, chaque consultation crée de la valeur. Mais cette richesse profite avant tout aux plateformes elles-mêmes. Les organisations et les créateurs qui les alimentent n'en récupèrent pratiquement rien. Quelques miettes, tout au plus.
Brice Armel défend une autre approche : un environnement numérique dans lequel les contenus seraient recommandés d'abord pour leur pertinence, où les territoires conserveraient la maîtrise de leurs données et où les organisations et les créateurs seraient réellement rémunérés pour la valeur qu'ils produisent. Une manière de redistribuer les richesses du numérique à ceux qui contribuent à les créer.
La découvrabilité ne serait alors plus seulement une question de visibilité culturelle. Elle deviendrait un instrument de développement économique, social et territorial.
Découvrabilité : définition, enjeux et solutions

OuiTogether : des outils concrets pour les organisations
Après avoir posé le problème, le chercheur passe à la démonstration. Sur l'écran apparaît OuiTogether, un écosystème numérique issu de plusieurs années de recherche. Brice Armel choisit Montréal comme point de départ et fait découvrir les différentes fonctionnalités de la plateforme.
À partir d'une ville, l'utilisateur peut explorer son patrimoine, ses artistes, ses institutions, ses initiatives locales et les communautés qui la composent. Les contenus ne sont plus simplement regroupés dans un fil d'actualité généraliste : ils sont organisés autour des réalités et des acteurs du territoire.
Le principe est de rendre découvrables des ressources qui, autrement, resteraient dispersées sur une multitude de sites et de réseaux sociaux. Mais pour les ONG présentes à Cotonou, l'intérêt va bien au-delà de la promotion culturelle.
OuiTogether propose également des outils destinés à faciliter la mise en relation des organisations, la recherche d'opportunités et la préparation de projets. L'intelligence artificielle peut notamment accompagner la rédaction de dossiers, aider à structurer des demandes de financement et faciliter l'identification de partenaires.
Pour de petites associations, souvent confrontées à un manque de ressources humaines et techniques, ces fonctionnalités peuvent représenter un gain de temps considérable.
OuiTogether défend un autre modèle économique du numérique : un modèle dans lequel les acteurs locaux reprennent la maîtrise de leur visibilité, de leurs données et de la valeur qu'ils créent. Un écosystème où les organisations et les créateurs ne se contentent plus d'alimenter les plateformes, mais bénéficient réellement des richesses générées par leurs activités.
Cette logique repose sur une idée centrale : les richesses culturelles, les connaissances et les initiatives d'un territoire doivent pouvoir circuler au-delà de ses frontières, sans que les communautés qui les produisent perdent la maîtrise de leur valorisation.

Une présentation qui suscite des questions très concrètes
La démonstration provoque de nombreuses réactions. Une participante s'interroge sur la souveraineté numérique des pays africains, dont certaines données sont hébergées à l'étranger. Comment reprendre le contrôle de ces informations ? Brice Armel Simeu rappelle que les solutions techniques existent, mais que leur mise en œuvre dépend aussi de décisions politiques et d'investissements dans les infrastructures.
D'autres questions concernent directement l'utilisation de OuiTogether : comment rejoindre la plateforme, comment accéder aux outils, comment les mettre au service d'une association ou d'un projet local ?
Ces échanges illustrent le déplacement qui s'opère au cours de la matinée. Les participants ne demandent plus seulement ce qu'est la découvrabilité. Ils cherchent à savoir comment l'utiliser.
Pour Claude Musavyi, président de la COING, c'est précisément ce qui donne tout son sens à cette rencontre. Les organisations de la société civile ont besoin de moyens pour agir, rappelle-t-il : des moyens en matière de visibilité, de mise en réseau et de financement. Il voit dans la découvrabilité et les outils présentés par Brice Armel Simeu une réponse possible à ces besoins.
L'intérêt de l'atelier réside ainsi dans sa dimension pratique. Les participants ont pu découvrir des technologies déjà développées, les confronter à leurs propres réalités et commencer à envisager des usages adaptés à leurs activités.
De Cotonou au Sommet du Cambodge
Au terme de la rencontre, une question demeure : comment passer de la découverte de ces outils à leur appropriation par les organisations ? Brice Armel Simeu a montré que des solutions existent. Leur déploiement à plus grande échelle pourrait désormais mobiliser la COING et l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
Car la découvrabilité figure déjà parmi les engagements pris par les chefs d'État et de gouvernement francophones. Dans leur Déclaration de Villers-Cotterêts, adoptée en octobre 2024, ils reconnaissaient « l'urgence d'agir dans l'environnement numérique » et appelaient à mettre en œuvre des solutions favorisant notamment la découvrabilité des contenus francophones.
Deux ans plus tard, le prochain Sommet de la Francophonie, organisé en novembre au Cambodge, pourrait offrir l'occasion de passer des engagements aux réalisations. Pourquoi ne pas y présenter aux chefs d'État les outils dévoilés à Cotonou ? Une manière de montrer que la Francophonie dispose aussi, au sein de son espace scientifique et de sa société civile, de solutions concrètes pour donner davantage de visibilité, de moyens et de perspectives à ses acteurs.
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