Après le renouvellement de ses instances, la société civile francophone est entrée dans le dur à Cotonou. Des mots négociés parfois un à un, des moyens nouveaux pour agir et, dans la Déclaration finale, un ajout significatif : la démocratie.


Quand chaque mot devient politique
Il suffit parfois d'un adjectif, d'un verbe ou d'un genre pour arrêter une assemblée.
La deuxième journée de la XVIe Conférence des organisations internationales non gouvernementales de la Francophonie en a fourni plusieurs démonstrations. Après les ateliers de la veille et de la matinée, dont les rapporteurs ont présenté les principales conclusions en plénière, il fallait désormais consolider les propositions, les écrire, puis parvenir à un texte acceptable par des organisations aux histoires, aux missions et aux sensibilités très différentes.

Le programme prévoyait deux nouvelles heures d'ateliers le matin, suivies de la présentation d'une synthèse et d'un débat sur les grandes orientations de la feuille de route 2026-2028.
C'est là que Claude Vivier Le Got, vice-présidente de la COING, aura joué l'un des rôles les plus importants de la journée. À la table de séance, elle écoute, reformule, cherche le mot susceptible de préserver l'intention de l'un sans provoquer l'opposition de l'autre. Un travail patient de fabrication du consensus.
Les discussions sur le respect des genres donnent même lieu à une petite mise en abyme. Le Comité de suivi compte deux Claude : Claude Vivier Le Got, une femme, et Claude Musavyi, un homme. La première fait remarquer qu'à l'écrit, ses interlocuteurs la prennent régulièrement pour un homme. Une mésaventure qui, constate-t-elle avec humour, arrive beaucoup moins souvent dans l'autre sens à son homonyme.
L'anecdote détend la salle, mais résume aussi une partie du travail en cours : les mots comptent parce qu'ils désignent, incluent et parfois excluent.
À plusieurs reprises, une formulation est amendée, précisée ou retirée. La bataille est moins spectaculaire qu'un vote à main levée, mais elle dit beaucoup du fonctionnement de cette société civile francophone : produire une parole commune sans effacer la diversité de ceux qui la portent.

Une plénière également suivie à distance
La salle de Cotonou ne résume d'ailleurs pas à elle seule la participation à cette XVIe plénière. Plusieurs intervenants ont pris part aux travaux en ligne, apparaissant tour à tour sur les écrans de la conférence. Une présence à distance qui a permis d'élargir les échanges à des membres de la COING qui n'avaient pas pu faire le déplacement au Bénin.
La COING ajoute son mot : « démocratie »
L'exercice atteint son sommet avec l'examen de la Déclaration de Cotonou.
Et une différence mérite d'être relevée.
Le XXe Sommet de la Francophonie, prévu en novembre au Cambodge, a pour thème : « Réinvestir dans la paix pour une prospérité partagée et une stabilité durable ».
La COING reprend cette architecture, mais choisit d'y faire apparaître explicitement la démocratie dans ses priorités adressées aux chefs d'État et de gouvernement. Son texte appelle à « prévenir les crises, défendre la démocratie et restaurer la confiance », aux côtés de la protection de l'espace civique, des droits humains et de la participation des femmes, des hommes, des jeunes et de la société civile.
Ce mot supplémentaire n'est pas anodin.

À Cotonou, les représentants de la société civile choisissent ainsi de faire entrer explicitement la démocratie dans leur déclinaison du rendez-vous de novembre, à Phnom Penh. La paix et la stabilité ne sont plus seulement associées à la prospérité : elles sont reliées à l'État de droit, aux libertés, à la participation citoyenne et au fonctionnement démocratique.
Le préambule de la Déclaration s'inscrit d'ailleurs dans l'héritage de la Déclaration de Bamako sur la démocratie et les libertés et évoque les « reculs démocratiques » parmi les crises qui traversent l'espace francophone. Pour le reste, le texte demeure celui d'un consensus large. Il parle d'éducation, de jeunesse, de culture, de prospérité partagée, de transitions écologique et numérique ou encore de résilience. Certaines formulations pourraient accompagner bien des déclarations internationales.
Mais le texte devient plus précis lorsqu'il aborde la place de la société civile. La COING demande un dialogue plus structuré avec l'OIF, ses opérateurs et l'Assemblée parlementaire de la Francophonie, ainsi qu'un meilleur suivi des contributions de ses membres. Surtout, elle se donne rendez-vous en 2028 pour rendre compte des résultats obtenus.
Première journée de la XVIe assemblée plénière de la COING
Donner à la COING les moyens d'exister
Pendant que l'assemblée négocie les mots, une évolution beaucoup plus concrète se dessine.
Les rencontres de Cotonou permettent d'avancer dans la mise en place d'accords entre membres et partenaires de la société civile. L'objectif est de faire de la COING autre chose qu'un espace de rencontres et de plaidoyer : un lieu capable de mettre ses organisations en relation et de faire émerger des projets communs.
Le rapport de mandature montre que ce mouvement était déjà engagé avec le RIMF/LePetitJournal.com, l'Université Senghor et plusieurs dialogues avec des acteurs
Une avancée actée à Cotonou pourrait surtout modifier sa capacité d'action : la mise en place d'une association de service.
Prévue par les textes, cette structure doit permettre à la COING de mobiliser et gérer des ressources financières et humaines, contractualiser, organiser matériellement des activités et rechercher partenaires et financements. Elle restera subordonnée aux décisions de la COING et ne pourra développer de politique propre.
Derrière l'intitulé administratif se trouve donc une évolution essentielle : donner à la COING l'outil juridique et opérationnel lui permettant de transformer ses résolutions en projets.
Tout n'est pas réglé. Le pays où l'association sera constituée, son siège, son nom définitif et ses modalités financières restent notamment à déterminer. Le Comité de suivi 2026-2028 reçoit la responsabilité d'en poursuivre la concrétisation.

Les chevalets apparaissent, le protocole reprend ses droits
Puis, dans la dernière heure, la salle change de visage.
Les chevalets nominatifs apparaissent sur les tables. Les places sont assignées. Les interventions se resserrent. Après deux jours où le temps s'est parfois étiré au rythme des amendements et de la recherche du consensus, le protocole reprend la main. Le programme prévoyait une synthèse générale à 17 h 25, puis une cérémonie officielle de clôture de 17 h 55 à 18 h 30.
Mais avant les discours de clôture, Claude Vivier Le Got, vice-présidente de la COING, doit encore se livrer une dernière fois à l'exercice qui aura marqué cette journée : trouver les mots. Cette fois, il ne s'agit plus de négocier un texte, mais de résumer pour les officiels deux jours de débats, six ateliers, des résolutions et des heures d'échanges. Dire le maximum en un minimum de mots, sans oublier personne ni rouvrir les discussions que l'on vient tout juste de refermer.
Puis vient l'autre Claude. Claude Musavyi, président de la COING, remercie les participants, les équipes, les partenaires et les autorités béninoises. Fidèle à la recherche de consensus qui aura accompagné les travaux, il rassemble une dernière fois les différentes composantes de la conférence dans ses remerciements.

De la paix à la démocratie
Caroline St-Hilaire, administratrice de l'Organisation internationale de la Francophonie, prend ensuite la parole. Elle salue la qualité du travail accompli et insiste sur deux éléments qui ressortent pour elle de Cotonou : la paix, très présente dans la Déclaration qui vient d'être adoptée, et l'autonomie plus grande qui se dessine pour la COING. La mise en place de son propre outil opérationnel vient concrétiser un chantier engagé depuis plusieurs années.
La paix, donc. Mais les longues discussions de la journée ont précisément permis à la société civile d'y accoler un autre mot : démocratie.
Le thème du prochain Sommet de la Francophonie est « Réinvestir dans la paix pour une prospérité partagée et une stabilité durable ». Dans sa Déclaration de Cotonou, la COING reprend cette ambition mais affirme aussi, parmi ses priorités adressées aux chefs d'État et de gouvernement : « Prévenir les crises, défendre la démocratie et restaurer la confiance ».
Après une journée passée à discuter parfois longuement d'un terme, d'un adjectif ou d'une formulation, l'apparition explicite du mot démocratie n'a rien d'anecdotique. C'est l'une des marques que la société civile imprime au message qu'elle entend porter jusqu'au Sommet de novembre.
Reste alors à M Franck Armel Afoukou, représentant de la ministre béninoise des Affaires étrangères, à fermer officiellement les travaux qu'il avait contribué à ouvrir la veille. Et sur un dernier point, le consensus ne nécessite cette fois aucune longue négociation : la qualité de l'accueil du Bénin est saluée de toutes parts, par la COING comme par l'OIF. Caroline St-Hilaire avait elle-même tenu à remercier le pays hôte.
À l'heure prévue, la XVIe Assemblée plénière s'achève.
Deux jours auparavant, les participants étaient arrivés à Cotonou avec leurs organisations, leurs priorités et leur vocabulaire. Ils repartent avec un nouveau Comité de suivi, une feuille de route à mettre en œuvre, une association de service à construire et une Déclaration destinée à porter leur voix jusqu'au Sommet de novembre.
Après deux jours passés à peser les mots, la COING en aura finalement ajouté un qui compte : démocratie. Reste maintenant à donner à tous les autres une traduction concrète.
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