Édition internationale

Vivre un rapatriement, un retour parfois brutal pour les Français du Moyen-Orient

La situation conflictuelle persiste au Moyen-Orient, depuis les premières frappes du 28 février. Plus de 41 000 Français ont été rapatriés, par choix ou non. Ce rapatriement signifie abandonner leur vie, et leurs habitudes. Comment s’est déroulé ce retour en France, et comment a-t-il été vécu par les expatriés français ?

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Écrit par Julie Danel Amanou
Publié le 1 avril 2026

Plus de 41 000 Français ont été rapatriés du Moyen-Orient, depuis le 28 février 2026, d’après Philippe Tabarot, ministre des transports. Plus de 160 000 sont inscrits au Registre des Français établis hors de France dans les pays du Moyen-Orient et du Proche-Orient et au moins 400 000 sont résidents, ou de passage dans la région. Alors que la situation conflictuelle persiste au Moyen-Orient, les vols commerciaux ont été doucement rétablis, près de 3 semaines après le début du conflit. 

 

 

Ces Français rapatriés, par choix ou non, ont retrouvé la sécurité au prix de leur quotidien, de leurs habitudes, et de leurs marques. Comment s’est déroulé le rapatriement, et comment les rapatriés français l’ont vécu ? 


Un long rapatriement vers la France

Notre rapatriement nous a été imposé, par la société de mon mari”. Manon* a été rapatriée des Émirats Arabes Unis avec son fils, seulement quelques jours après le début du conflit, son mari est resté sur place. Les vols étant bloqués, ils ont pris le bus jusqu'à Oman puis un vol jusqu'à Istanbul, et un dernier vol d’Istanbul à Paris. “On est partis mercredi, et on est arrivés dimanche, le trajet était très long. Nous étions plusieurs familles rapatriées, on s’est soutenues. Partager un repas tous ensemble, ça aide. Il aurait été beaucoup plus difficile de faire le trajet seule.” 

 

Nous étions plusieurs familles rapatriées, on s’est soutenues."

 

J’ai des amis qui sont partis en vacances en Thaïlande ou en Indonésie pendant plusieurs semaines, parce que c’était les seuls vols disponibles”, d’après Manon, nombreux sont ceux partis en Asie, si le télétravail leur était permis. Chloé* est partie pour la Corée du Sud, d’où son mari est originaire. Elle n’a pas été rapatriée aussi rapidement, elle a attendu la réouverture des vols : “Prendre la route pour rejoindre Oman nous semblait plus risqué que de rester chez nous, à l'abri, car la plupart des blessés et des décès étaient liés à des chutes de débris.” Rapatriée des Émirats Arabes Unis avec sa famille, ils habitaient à Dubaï depuis 2021.

Chloé et sa famille ont eu un grand soutien de la part de l’ambassade sud-coréenne. Son mari a été ajouté à un groupe Whatsapp, relayant des informations relatives au conflit. Cette dernière explique être “loin d’être satisfaite de la réponse de l'ambassade française”, une grande partie des expatriés français de l’entourage de Chloé et Manon n’ont pas été contactés par l’ambassade. Mais elle reste consciente de la difficulté de la situation pour l’ambassade, “Il est normal que les voyageurs et touristes français, et les personnes vulnérables soient prioritaires. C'est aussi une chose de s'occuper de 10 000 Coréens aux Émirats, s'en est une autre de s'occuper de près de 100 000 Français.

 

Il est difficile de prévoir un retour précipité, ou un rapatriement. Yara Paradis, psychologue clinicienne, et psychothérapeute franco-libanaise et membre Expat Pro, conseille de se rapprocher des aides sociales proposées par la France. Elle s’inquiète également des conséquences psychologiques d’un tel conflit : “Il faut surveiller les comportements néfastes, afin de limiter les séquelles. Il ne faut pas hésiter à contacter un professionnel de santé au besoin, et se rapprocher des communautés présentes sur place. Mieux vaut également éviter de s’informer à travers des vidéos sur les réseaux sociaux, souvent trop violentes.” 

 

 

Un retour au calme et à la sécurité 

Les deux familles rapatriées ont pu profiter de leurs proches sur place pour se loger. Pour Chloé, ses enfants sont retournés à l’école en Corée du Sud dès le lendemain. Manon a également pris la décision de scolariser son fils à son retour en France : “C’est surtout pour qu’il ait une vie sociale. À côté, il suit les cours en visio de son école à Dubaï. La majorité des enfants continuent d’assister aux cours, pour qu’ils n’aient pas de retard à leur retour.” 

 

Au Moyen-Orient, la scolarité des Français chamboulée par la guerre

 

Mon fils n‘a pas pu dire au revoir à ses copains, ni à son école”, Chloé a pris la décision de partir parce que les alarmes étaient trop anxiogènes pour ses enfants, “au premier jour du conflit, nous nous réfugions dans la salle de bains lors des alertes de missiles. Nous dormions très peu.” Le conflit s’est inscrit dans la durée, poussant la famille à partir. 

Les expatriés français sur place ressentent de la colère, de la peur et un vrai choc. Les Français ne connaissent pas la guerre, c’est une situation anormale pour eux. Les réactions varient en fonction des pays. Au Liban, la situation choque moins qu’aux Émirats”, explique Yara Paradis. “Le développement de troubles psychiques suite à un conflit dépend de la vulnérabilité individuelle, mais aussi de facteurs génétiques, environnementaux et sociaux”, développe-t-elle.  

Manon a également mis le bien-être de son fils en priorité : “Il est content de revoir sa famille, et c’est lui qui a demandé à être scolarisé à nouveau. Je sens que c’était le bon choix, le retour en France se passe plutôt bien pour lui. C’est rassurant.” La psychologue décrit ce retour en France, “comme un enfant retrouvant les bras de sa mère. Les rapatriés retrouvent le pays qu’ils connaissent si bien.

 

Aéroport rempli

 

 

L’incertitude du retour

Mon mari est resté à Dubaï pour travailler, seulement les familles ont été rapatriées. Je suis très inquiète. Sa famille aussi s’inquiète de son quotidien”, Manon ne sait pas quand est ce qu’elle pourra revoir son mari, ni retrouver sa vie à Dubaï. Ce retour brutal force les familles à laisser toute leur vie derrière eux. Chloé s’inquiète de la durée du conflit, et craint de devoir tout recommencer à zéro : “À l'aéroport, j'avais les larmes aux yeux. Nous partions avec notre vie dans une valise. Tout ce que nous avions construit semblait soudainement fragile.

 

À l'aéroport, j'avais les larmes aux yeux. Nous partions avec notre vie dans une valise. Tout ce que nous avions construit semblait soudainement fragile."

Les rapatriés quittent leur pays, et leur maison dans lesquels ils ont développé leur écosystème et leurs routines. “C’était étonnant, mais la journée la vie suivait son cours habituel. Les enfants allaient au parc, on se baladait le long de la corniche…”, raconte Manon, rejointe par Chloé qui explique : “Nous nous sentions protégés à Dubaï, les résidents ont une grande confiance dans les Émirats.” 

Pour Yara Paradis, “il leur est contraint d’abandonner les projets et la vie qui était en cours, et de retrouver celle d’avant. Mais en partant, les expatriés mûrissent et changent, revenir peut donc causer une crise identitaire.” Le retour abrupt en France peut causer une “perte de repères”. 

La majorité des familles rapatriées n’ont qu’une hâte : rentrer. “Ce qui me stresse le plus c’est de ne pas savoir quand est ce que je vais pouvoir rentrer”, avoue Manon. Chloé espère également retrouver sa vie au plus vite, “Les Émirats se caractérisent par la sécurité, le multiculturalisme, la richesse des célébrations, les après-midi au parc, les matinées à la plage et les soirées de camping dans le désert. C'est chez nous depuis 5 ans, et nous espérons pouvoir y repartir dès que la situation le permettra.” 

 

*Les prénoms sont modifiés afin de conserver l’anonymat des personnes concernées.

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