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Biberonnés à l'expatriation, comment cela a modelé leur vie ?

Par Damien Bouhours | Publié le 29/08/2019 à 10:00 | Mis à jour le 29/08/2019 à 12:46
grandir expatriation enfant expatrié

Partager son enfance entre la France et le reste du monde n’est pas toujours simple. En quoi vivre une expatriation lors de ses plus tendres années influence le reste de sa vie ? Nous avons réuni les témoignages d’adultes ayant grandi à l’étranger.

 

Etre enfant d’expatriés revient finalement à embarquer dans une aventure dans laquelle on ne peut rien contrôler, que ce soient la destination ou la durée. Les petits baroudeurs ont pourtant un pouvoir d’adaptation grandement supérieur à leurs aînés et les témoignages que nous avons récoltés prouvent que l’expatriation bien que subie peut devenir une expérience enrichissante et transformatrice.  

 

Une ouverture sur le monde

 

Passer son enfance à l’étranger c’est avant tout acquérir une certaine ouverture d’esprit, avoir un regard différent sur le monde et appréhender plus facilement les différences culturelles. « J’ai quitté la France avec mes parents il y a …longtemps pour ce que l’on appelait alors l’Indochine. J’avais 5 ans. Après ce fut le Maroc jusqu’à l’âge de 12 ans. Cette expérience a changé totalement ma vie. Je pense que j’ai acquis pour toujours ce que l’on nomme « l’ouverture d’esprit », une aptitude à m’intégrer partout, un regard fraternel et non apeuré sur ce qui est différent. Je me souviens que rien ne m’étonnait, ni les paysages, ni les personnes. J’étais à l’école avec les enfants du pays et, pour moi, c’était seulement naturel. », nous raconte ainsi Marie, aujourd’hui au Portugal. 

Pour Lara, ancien expatrié en Afrique, et aujourd’hui résident au Cambodge : « en tant que fils d'expatrié cela m'a donné de gout des découvertes et d'être sociable avec les personnes du cru. »

Louis, qui a suivi ses parents en Indonésie et en Thaïlande, confirme : « Mes années en expatriation m'ont donné, je pense, beaucoup de curiosité et d'ouverture d'esprit. Je m'adapte très vite et suis, d'après mes collègues, très bon avec les différentes cultures. »

Bérengère a vécu au Gabon, au Maroc, en Algérie et en Egypte : « Ce que m’apporté cette vie, c’est une enfance insouciante, mais au contact de la misère. La mixité des gens, que ce soit par la religion ou l’origine. J’ai pu y rencontrer des personnes du monde entier. Cela m’a appris aussi à apprécier ce que j’ai et ne pas me plaindre pour un oui ou pour un non, car en ayant vu des pays pauvres et les gens y travaillant pour quasiment rien, ça relativise. »

Si être ouvert sur le monde leur permet de s'enrichir personnellement, c'est également un gros plus au niveau professionnel et dans la progression de leur carrière. Cécile, partie au Brésil avec sa famille, raconte : « J'avais une ouverture, un regard beaucoup plus critique sur mon pays et aussi je voyais les choses autrement, pas aussi systématique que les autres. J’ai continué le portugais et après aussi espagnol, italien .. aujourd’hui je parle 5 langues ». « Mon niveau d'anglais acquis à l'étranger est un gros plus.​​​​», affirme Louis. 

 

Déconnectés de la France ? 

Le plus dur pour ces anciens enfants d’expat n’était pas tant l’arrivée dans un nouveau pays que le départ d’une destination dans laquelle ils se sentaient bien. Pas facile alors de construire des relations sur la durée ou même de garder contact avec ses amis du bout du monde. Alors qu’elle venait de passer un an au Caire, Bérangère, 14 ans à l’époque, explique : « lors de notre départ, mon cœur a été déchiré, j’ai très mal vécu ce départ. » 

Le départ vers la France n’est pas plus simple. Les périodes d’expatriation s’enchaînant souvent avec des périodes dans l’Hexagone, ces enfants se sentent déconnectés de leurs camarades et même des adultes qui les encadrent. On peut ainsi lire sur le blog de Xavier (expatrié pendant 10 ans) : « Il était difficile pour moi de rentrer en France après avoir vécu 1 ou 2 ans à l’autre bout du monde alors que souvent, même les adultes autour de moi n’y avaient jamais mis les pieds. On est un peu coupé du monde. » Cécile confirme : « Quand nous sommes rentrés en France où j ai poursuivi mes études supérieures, tout était ok, mais j'ai noté que j étais un peu différente de mes cousines, amies qui ne connaissaient que leurs vacances à la mer (toujours la même et la maison des grands-parents) et ne parlaient aucune autre langue »

 

Enfants d’expats = futurs expats ? 

 

La plupart des personnes interrogées ont enchainé les expatriations et ne sont finalement pas restées longtemps en France. Tout comme le Syndrome Erasmus qui pousse les étudiants à repartir à l’étranger à la fin de leurs études, il semblerait que les enfants d’expatriés suivent le même parcours que leurs parents. « L'expatriation m'a donné un goût prononcé pour le voyage, et le désir d'avoir un métier avec beaucoup de diversité et un contexte international. Je souhaite, comme mon père, aussi travailler en expatriation plus tard, de préférence en Asie Pacifique. » raconte Louis, actuellement à New York dans le cadre professionnel. 

Cécile a également embarqué ses enfants dans une vie d’expatriés : « j’ai  continué quelque part cette vie là car j’ai vécu dans 6 pays différents. (…) Mes enfants parlent français, italien, anglais et vont à l'école internationale. Pour leur âge (8 et 10), ils ont eux aussi déjà beaucoup bougé (4 pays), bref pour nous c'est devenu un mode de vie »

Ceux qui n’ont pas pu le faire, le vivent finalement mal et souffrent de ne pouvoir continuer cette belle aventure. « Je ne me sens pas chez moi, nulle part. Au bout de plusieurs mois d’installation, je suis obligée de bouger les meubles de place. », confie Bérengère. Elle ajoute : « Mon regret est de n’avoir pas continué à voyager. J’ai fondé une famille très tôt, et ça je ne le regrette pas, mais j’aurais du passer ma vie à l’étranger et non pas en France où des tas de choses me dérangent. »

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Damien Bouhours

Damien Bouhours

Diplômé de sociologie à l'Université de Nantes et Tromsø (Norvège), il a vécu plus d'une décennie en Asie du Sud-Est (Laos et Thaïlande). Il a rejoint lepetitjournal.com en 2008 dont il est directeur produits.
4 Commentaire (s)Réagir
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ludmilla ven 06/09/2019 - 16:25

cet article a le mérite de poser une réalité: ce que les anglosaxons appellent les membres de la "third culture kids", ces enfants nomades , sont de plus en plus nombreux. et ils ont leurs caractéristiques. je suis moi même née hors de France et sans surprise... je suis expatriée, mon conjoint et mes enfants aussi! et pour couronner le tout je suis psy, et j'accompagne ... des expatriés et des cadres tellement mobiles qu'ils ne se reconnaissent plus vraiment nulle part. je voulais rebondir sur les commentaires . car tous sont justes et ils ont le mérite de dire que, si nous pouvons nous reconnaître dans le fait de ressentir une sorte de virus dé déplacement, ou dans des difficultés à savoir d'où l'ont vient, nous sommes tous singuliers. l'enfant d'expatrié vit une problématique de métissage ..qui ne se voit pas à l'extérieur. c'est à la fois une grande chance et ce peut être très compliqué à vivre.

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Avo 7 mer 28/08/2019 - 19:28

Ce qui m'étonne un peu est que personne ne dise qu'on n'est de nulle part quand on a grandi à l'étranger : on devient très critique autant avec la France qu'avec les pays où on vit parce qu'on découvre la seule réalité , aucun pays n'est parfait et tous présentent des avantages et des inconvénients.... En revanche je confirme qu'au bout de 2 ou 3 pays on est adaptable à toutes les situations car l'adaptabilité devient une seconde nature. En France je ne pourrais vivre qu'à Paris qui est une ville vraiment cosmopolite mais la Province n'est pas ma tasse de thé et finalement le plus sûr est que je mourrai à l'étranger parce que je préfère vivre avec ce décalage d'étranger auquel je suis tellement habitué.

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Un épicurien sam 31/08/2019 - 19:36

Critique, oui, mais de façon positive : la connaissance des autres acquise en migrant relativise les certitudes. La difficulté réside dans la conviction des autochtones de vivre dans le meilleur des systèmes. Les échanges n'en sont pas facilités pour ne pas dire qu'ils sont rapidement décourageants. Et cela explique que beaucoup d'expatriés repartent après être revenus en terre natale.

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Je suis totalement d'accord ven 30/08/2019 - 21:44

A 59 ans je suis arrivée en Andalousie à la recherche de mes racines. Je m'y sens bien mais je sais que je ne vais pas y rester car l'envie d'aller voir ailleurs est trop forte. Je suis fille et même petite fille d'émigrés espagnols et toute mon enfance j'ai changé d'endroit tous les 2, 3 ou 4 ans (papa militaire). J'ai vécu à Djibouti et à Madrid entrecoupé de séjours en France (Lyon, Paris). Après une longue pause (19 ans) dans le sud de la France pour élever mes enfants et tenter, en vain, de leur donner des racines, le démon du voyage m'a repris et je n'arrive pas à rester plus de 3 ans au même endroit. C'est grâve docteur ???.... Lol. Je précise que mes enfants ont hérité du virus sans avoir connu eux-mêmes l'expatriation.

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