Édition internationale

Rentrée 2026 dans les lycées français à l’étranger : où en est la réforme de l’AEFE ?

À quelques jours de la rentrée scolaire dans les 640 établissements du réseau d’enseignement français à l’étranger, l’heure est à la fois à la continuité et à la transformation. Après plusieurs mois de tensions budgétaires, de débats politiques et d’inquiétudes exprimées par les familles, l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) entre dans une année charnière. Une réforme structurelle est engagée, mais ses effets les plus visibles ne sont attendus qu’à partir de 2027.

rentree ecolerentree ecole
Écrit par Capucine Canonne
Publié le 25 août 2026

 

Avec près de 400 000 élèves scolarisés dans 140 pays, le réseau de l’enseignement français à l’étranger demeure le plus vaste réseau scolaire international au monde. Un outil éducatif, mais aussi diplomatique, que la ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, Éléonore Caroit, considère comme  « un levier essentiel du rayonnement français. » Elle rappelle ainsi que ces établissements ont formé des générations de responsables politiques, d’entrepreneurs, d’artistes et de diplomates à travers le monde.

 

Les chiffres témoignent du poids du réseau. Cette année, l’enseignement français à l’étranger compte près de 400 000 élèves répartis dans 640 établissements homologués présents dans 140 pays, ce qui en fait le plus vaste réseau scolaire international au monde. Une majorité des élèves sont d'ailleurs étrangers, attirés par la réputation académique des établissements français. La croissance se poursuit même dans un contexte budgétaire tendu. 28 nouveaux établissements rejoignent le réseau à cette rentrée, portant le total à 640 structures contre un peu plus de 600 il y a encore quelques années.

 

 

Une rentrée 2026 à l'étranger sous le signe de la réforme

Si les élèves retrouveront en septembre leurs établissements dans un cadre pédagogique inchangé, la gouvernance et le financement du réseau sont désormais au cœur des discussions.

 

« Nous avons un cap qui nous permet aujourd'hui de repartir tous de l'avant en ayant une direction »,

 

Dans une tribune publiée dans Les Échos le 24 août 2026, Éléonore Caroit estime que le modèle construit autour de l’AEFE depuis 1990 doit évoluer pour répondre aux défis actuels. « L'enseignement français à l'étranger est unanimement jugé excellent ; il n'a pas à être réinventé, mais il cherche un nouveau souffle », écrit-elle. Selon la ministre, les attentes des familles, les contraintes budgétaires et la diversification du réseau imposent désormais une adaptation en profondeur.

Cette réforme intervient après plusieurs mois de turbulences. Fin 2025, l’AEFE avait dû adopter des mesures d’urgence budgétaire afin d’éviter une impasse financière. Depuis, plusieurs rapports parlementaires, des élus des Français de l’étranger, des syndicats et des associations de parents ont alimenté le débat sur l’avenir du réseau.

 

 

entrevue avec Alexandre Morois - juillet 2026
entrevue avec Alexandre Morois - juillet 2026 

 

 

« L'enseignement français à l'étranger est unanimement jugé excellent ; il n'a pas à être réinventé, mais il cherche un nouveau souffle. »

 

Alexandre Morois veut restaurer la confiance

Nommé directeur général de l’AEFE cet été, Alexandre Morois hérite d’un dossier sensible. Lors d’un entretien accordé sur lepetitjournal.com mi-juillet 2026,  il reconnaît que la période récente a fragilisé la relation entre l’Agence et les acteurs du réseau. « J'ai commencé en prenant mes fonctions par prendre acte du fait qu'effectivement, la confiance était entamée », explique-t-il. « Ma première réaction, c'est d'être dans une posture d'écoute et de dialogue », ajoute-t-il, affirmant vouloir inscrire cette méthode dans l'ensemble de son mandat.

Le nouveau directeur général estime que la phase d’incertitude traversée ces derniers mois est désormais derrière le réseau. « Nous avons un cap qui nous permet aujourd'hui de repartir tous de l'avant en ayant une direction », assure-t-il.

 

retrouvez l’intégralité de notre entrevue avec Alexandre Morois ici 

 

 

Pourquoi l'AEFE est-elle en train de se réformer ?

Créée en 1990 pour fédérer des établissements aux statuts variés et garantir la qualité de l'enseignement français à l'étranger, l'AEFE est aujourd'hui confrontée à des défis nouveaux : hausse continue des dépenses de personnel, évolution des mobilités internationales, concurrence croissante d'autres systèmes éducatifs internationaux et attentes plus fortes des familles en matière de transparence et de prévisibilité. Pour Éléonore Caroit, le constat est clair : « L'enseignement français à l'étranger est unanimement jugé excellent ; il n'a pas à être réinventé, mais il cherche un nouveau souffle. »

La ministre estime que l'Agence exerce aujourd'hui trop de missions à la fois : opérateur, employeur, développeur du réseau, contrôleur et accompagnateur des établissements. « Un cadre conçu au début des années 1990 ne peut répondre sans adaptation aux défis des années 2030 », écrit-elle. Cette réforme est également justifiée par des projections financières préoccupantes. Selon les chiffres avancés par le ministère, la masse salariale de l'AEFE a atteint 787 millions d'euros en 2025, soit une hausse de 15 % depuis 2021, tandis qu'un déficit supérieur à 100 millions d'euros pourrait apparaître à l'horizon 2032 en l'absence de réforme.

 

Le contexte est particulièrement tendu ces derniers mois, suite à des décisions adoptées lors du conseil d’administration de l’AEFE du 18 décembre 2025. Plusieurs acteurs du réseau avaient alors exprimé leurs inquiétudes concernant les conséquences potentielles pour les familles, les élèves, le personnel éducatif et les établissements. L’enjeu central de l’AEFE est de trouver l’équilibre financier du système sans provoquer une hausse excessive des frais de scolarité ni sacrifier les postes de personnels détachés ; deux sujets particulièrement sensibles au sein du réseau.

 

 

 

20260709-FEM-aefeSAB 0231©Sabrina-Budon.jpg

 

 

 

La priorité : donner de la visibilité aux familles

La feuille de route présentée par Alexandre Morois s'articule autour de trois grands axes. Le premier concerne la soutenabilité budgétaire du modèle. L'objectif est d'éviter que les difficultés financières de l'Agence se traduisent automatiquement par des hausses de frais de scolarité pour les familles. Le deuxième vise à rendre les contributions financières des différentes catégories d'établissements (établissements en gestion directe (EGD), conventionnés et partenaires) plus lisibles et plus équitables. 

 

 

« La première priorité, c'est de leur donner de la visibilité et de la prévisibilité sur les frais d'écolage. Je pense que c'est la clé fondamentale de la réforme qui va rassurer tout le monde. »

 

Le troisième porte sur la gouvernance, avec une volonté de mieux distinguer la gestion quotidienne des établissements du pilotage stratégique mondial du réseau. Sur ce point, Alexandre Morois partage largement les constats formulés par plusieurs rapports parlementaires publiés cette année, qui plaident pour une séparation plus nette entre la gestion opérationnelle des établissements et le pilotage stratégique mondial du réseau.  « Il y a un souci que nous devons porter de clarification de ce qui relève de l'activité du gestionnaire des établissements à gestion directe, de l'activité de pilote, de régulateur et d'animateur du réseau », explique-t-il.

Pour les parents, la question centrale reste celle du coût de la scolarité. Alexandre Morois identifie clairement cet enjeu comme la priorité de la réforme. « La première priorité, c'est de leur donner de la visibilité et de la prévisibilité sur les frais d'écolage », affirme-t-il. « Je pense que c'est la clé fondamentale de la réforme qui va rassurer tout le monde. »

 

 

Ce qui va changer… et ce qui ne changera pas cette année

Pour les familles, la rentrée 2026 ne marque pas encore l’entrée en vigueur de la réforme. Les principaux changements structurels doivent être présentés à l’automne, examinés par les autorités de tutelle puis soumis au conseil d’administration de l’AEFE d’ici la fin de l’année. Les premières mesures devraient entrer progressivement en application à partir de 2027, avec une mise en œuvre plus complète à la rentrée 2027-2028.

Mais les conséquences des arbitrages budgétaires précédents sont déjà visibles dans plusieurs établissements. Comme le soulignait Samantha Cazebonne dans son rapport rendu en juin 2026, les décisions votées en décembre 2025 pourraient entraîner une hausse des frais de scolarité de +8 % en moyenne à la rentrée 2026. Les organisations syndicales citent aussi encore des tensions sur les effectifs, la réduction de certains moyens ou de projets pédagogiques. 

 

Financement, frais scolarité, gouvernance AEFE…les propositions du rapport Cazebonne

 

 

rentrée scolaire dans le monde

 

 

Une année de transition avant le rendez-vous de 2027

Pour Éléonore Caroit, la réforme doit permettre au réseau de retrouver un modèle plus solide sans remettre en cause son identité. « L'Agence nécessite une gouvernance plus claire, une répartition cohérente des responsabilités (...), une politique de ressources humaines modernisée et un financement plus soutenable », écrit-elle dans la tribune. De son côté, l’ambition d’Alexandre Morois est que la réforme permette à l’AEFE d’aborder les prochaines décennies avec davantage de sérénité. « On aura réussi ensemble à poser les fondations pour qu'après 35 ans d'existence, l'agence soit assurée de tenir avec un modèle régénéré 35 nouvelles années », confie-t-il.

Aux dires des représentants, cette rentrée 2026 semble être comme une année charnière plutôt qu'une année de rupture.

 

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.