Mercredi 27 janvier 2021
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Trump banni de Twitter : la liberté d’expression en danger ?

Par Aurélie Billecard | Publié le 13/01/2021 à 17:31 | Mis à jour le 15/01/2021 à 09:39
Trump twitter censure

Le président américain Donald Trump a été banni de Twitter pour des propos « incitant à la violence ». La censure des géants de l’Internet soulève des questions sur la liberté d’expression sur les réseaux sociaux, inquiétant de nombreux politiciens français.

 

À peine commencée, l’année 2021 ne démarre pas très bien pour Donald Trump. Alors que Joe Biden s’apprête à prendre le contrôle de la Maison Blanche, le président américain fait face à un autre crève-coeur : l’homme politique, âgé de 74 ans, est définitivement banni de Twitter, accusé d’avoir incité les émeutiers à prendre d’assaut le Capitole le 6 janvier. Son compte personnel @realDonaldTrump - suivi par plus de 88 millions de personnes - affiche une page vide depuis le vendredi 8 janvier.

 

Premier président banni de Twitter

Lundi 6 janvier, Donald Trump a appelé ses électeurs sur Twitter à se manifester au Capitole à Washington. Armes à feu dégainées, bombes lacrymogènes, le Congrès américain était assiégé d’une telle violence que cinq émeutiers y ont trouvé la mort. Le principal réseau social et moyen de communication du président, Twitter, a décidé de suspendre définitivement son compte, vendredi 8 janvier, pour des propos « incitant à la violence ».

 

 

Plusieurs réseaux sociaux ont décidé de prendre des mesures de rétorsion contre le président : Facebook, YouTube et Instagram ont suspendu les comptes de Donald Trump pour une durée indéterminée, craignant que ses propos ne provoquent de nouvelles violences. Cependant, ce n’est pas la première fois que ce président est interdit d’un réseau social : cet été, Twitch a expulsé Trump du réseau. Néanmoins, Donald Trump dispose toujours du compte Twitter @Potus (« President of the United States ») jusqu’au 20 janvier 2021, lorsque Joe Biden deviendra officiellement le nouveau président des États-Unis.

 

Parler, le réseau social pro-Trump sans hébergeur

Au lendemain de la décision prise par Twitter de supprimer de façon permanente le compte de Donald Trump, Parler est devenu le réseau social conservateur le plus téléchargé aux États-Unis. L’application Parler, lancée en 2018, est aujourd’hui la plateforme phare des partisans pro-Trump. De nombreux messages de soutien à l’attaque du mercredi 6 janvier ainsi que des appels à de nouvelles manifestations ont continué à se multiplier sur la plateforme, obligeant le géant Google à la retirer sur Google Play vendredi, suivi par Apple le lendemain. 

Amazon, autre géant d’Internet et membre du Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), a confirmé qu’il suspendrait l’accès du réseau social à ses services d’hébergement en raison de « contenus violents ». Depuis le 11 janvier, la plateforme prisée par les conservateurs est hors-ligne et cherche un nouvel hébergeur sur le web.

Aujourd'hui, les partisans américains pro-Trump se donnent rendez-vous sur le réseau social Gab, dernière plateforme où ils peuvent s'exprimer.

 

Les inquiétudes des politiques français

Bannissement de Twitter, un réseau social « déshebergé » : toutes les responsabilités octroyées aux grandes plateformes digitales et leur pouvoir de censure inquiètent fortement de nombreuses personnalités politiques. Elles condamnent cette « toute-puissance » des Gafam au sein du débat public et remettent en cause la liberté d’expression en ligne. Les plateformes ont-elles le droit d’avoir un tel pouvoir ? Peuvent-elles censurer le président actuel des États-Unis ?

Jean-Luc Mélenchon, député de la France Insoumise, estime que le « comportement de Trump ne peut servir de prétexte pour que les Gafam s’arrogent le pouvoir pour contrôler le débat public » et accuse les lois Macron d’avoir légaliser « cette censure privée ».

 

 

Cependant, pour d’autres personnalités politiques françaises, cette censure numérique va au-delà du contrôle du débat public, mais est une atteinte voire une entrave à la liberté d’expression, fondement de la démocratie. François Ruffin, député LFI, en réagissant sur Twitter, défend la liberté d’expression : « Trump, c’est pas ma tasse de thé. Mais la fermeture, désormais définitive, de son compte par Twitter me paraît scandaleuse. Doit-on déléguer notre liberté d’expression aux géants de la Silicon Valley ? Demain, ce sera pour tous, cette censure numérique et privée ».

 

 

Marine Le Pen, présidente du Rassemblement National, dénonce également cette situation et la juge d’« extrêmement inquiétante ». « Il faut se poser la question de la responsabilité des géants du numérique dans cet effondrement annoncé de la liberté d’expression », ajoute-t-elle. 

 

 

La sénatrice des Français établis hors de France LR, Joëlle Garriaud-Maylam, s’indigne également sur Twitter du pouvoir inimaginable des géants d’Internet et proclame que dans une démocratie, « seul le Parlement devrait avoir ce droit, pas les #Gafam ».

 

 

Meyer Habib, député des Français de l’étranger de la huitième circonscription, est outré de l’exclusion de Donald Trump sur Twitter alors que d’autres continuent d’y sévir: « Khamenei, coupable de génocide, qui massacre son peuple, pend les homosexuels, lapide les femmes adultères peut twitter librement !! @realDonaldTrump est bâillonné et rayé ! Allez comprendre le monde de Twitter et Facebook ! »

 

 

Cédric O, secrétaire d’État chargé de la Transition numérique et des communications électroniques, est l’un des seuls à soutenir l’interdiction de Trump sur Twitter. Selon lui, « la fermeture du compte de Donald Trump, si elle peut se justifier par une forme de prophylaxie d’urgence, n’en pose pas moins des questions fondamentales ». « La régulation du débat public par les principaux réseaux sociaux au regard de leurs seules conditions générales d’utilisation alors qu’ils sont devenus de véritables espaces public et rassemblent des milliards de citoyens, cela semble pour le moins un peu court d’une point de vue démocratique ».

 

 

La modération sur les hébergeurs

La question de la modération des contenus, largement contestée par les événements de ces derniers jours notamment en France, est particulièrement délicate. Les réseaux sociaux sont considérés comme des « hébergeurs » : ils ne sont donc pas responsables des contenus qu’ils accueillent. Or, ces dernières années, ils sont soumis à une pression pour contrôler leurs plateformes de plus en plus rapidement et pour divers types de contenus. Cependant, cette demande les force à se positionner comme arbitre sur des sujets souvent complexes. 

Donald Trump, ayant utilisé son compte personnel, a été traité comme n’importe quel autre utilisateur et a été soumis aux mêmes conditions générales d’utilisation (CGU). Les réseaux sociaux ont le droit de modérer les différentes publications, car ce sont des entreprises avec des contrats de droit privé. Par ailleurs, aux États-Unis, les plateformes ont davantage de sécurité grâce au texte fédéral section 230 du Communications Decency Act, leur garantissant une immunité pour toutes les décisions de modération. Alors, en suspendant le compte du président américain, Twitter n’a enfreint aucune règle et a pu agir en toute légitimité. 

 

Internet : un vecteur de liberté d’expression

Lors des grands mouvements sociaux, les réseaux sociaux sont le foyer de la liberté d’expression. Pendant les émeutes de Black Lives Matter, ils se sont retrouvés à la fois plateformes de lutte contre le racisme, mais aussi la cible de nombreux militants les accusant de faciliter la propagation de haine. Après l’affaire George Floyd, Facebook, accusé de laxisme, a été sommé de modérer davantage les messages haineux et racistes. Pour l'y contraindre, des centaines d'entreprises boycottent leurs publicités sur la plateforme, comme Unilever, Coca-Cola, Verizon ou encore Patagonia. Face à l'ampleur du mouvement, Facebook a durci son règlement.

Même si les réseaux sociaux contrôlent les contenus des utilisateurs sur les plateformes, ils peuvent également être des vecteurs de la liberté d’expression. La campagne pour l’élection présidentielle organisée le 14 janvier en Ouganda, opposant le président Yoweri Museveni au député Bobi Wine, se déroule dans un climat de tension. La plateforme Facebook a fermé des comptes de plusieurs responsables du gouvernement, accusés d’interférer dans le débat public.

 

Les réseaux sociaux ne sont plus de simples plateformes communautaires rassemblant des milliards d’utilisateurs, mais des zones d’expression libre. Ils permettent aux internautes d’obtenir un des droits les plus fondamentaux : la liberté d’expression, sans diffuser des messages haineux, raciaux ou calomnieux.  Les géants d’Internet essaient donc de trouver le juste équilibre entre liberté et règlementation.

 

 

 

 

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Aurélie Billecard

Étudiante en management culturel et journalisme, fille d’expatriés en Asie et en Europe pendant une dizaine d’années, elle a rejoint l’équipe de la rédaction internationale.
2 Commentaire (s)Réagir
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hm4915 lun 18/01/2021 - 04:26

Ce qui est choquant, ce n'est que les comptes de Trump soient fermes puisque c'est l'application des règles habituelles des plateformes. Si il y en a un qui justifie qu'elles lui soient appliquées, c'est bien lui. Quand un compte FB est fermé ou un post retiré parce qu'un bout de téton y apparaît, c'est tout autant choquant. Non, ce qui est choquant, ce sont ces règles elles-mêmes, qui sont élaborées en dehors de toute législation au nom d'une bien bien-pensance et d'un politiquement correct insupportables.

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vivadest ven 15/01/2021 - 08:00

Chez Trump, cela s'appelle: " l'art de la guerre" ou comment couler ses ennemis en se faisant passer pour le perdant! La suite au prochain numéro?

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