Lundi 20 septembre 2021

Donald J. Trump, premier président américain du chaos

Par Rachel Brunet | Publié le 07/01/2021 à 15:59 | Mis à jour le 08/01/2021 à 10:18
Photo : Des militants trumpistes qui forcent la porte du Capitole (c) Tasos Kataopodis / Getty Images via AFP
trump chaos

Donald Trump se désigne comme le représentant de la loi et de l’ordre mais il a prouvé qu’il était le digne représentant du chaos après de semaines d’appel à l’insurrection suite à une élection qui lui aurait été volée. Affabulation balayée par l’ensemble des tribunaux américains et même par la Cour suprême. Dès le premier débat présidentiel, face au désormais président élu Joe Biden, il avait appelé les Poud Boys — groupuscule d’extrême droite — à se tenir prêts. Son message a été entendu par ses militants, il a coûté la vie à quatre citoyens et a montré que le 45e président des États-Unis était capable de faire vaciller la démocratie de la première puissance économique mondiale.

 

Trump président du Chaos

Crédit photo : Saul Loeb pour AFP

 

Le clan Trump, clan de la menace !

Quelques heures avant que des centaines de militants pro-Trump ne sèment le chaos à Washington en prenant en otage le Capitole — lieu de représentation de la démocratie américaine — Eric Trump, fils cadet du président sortant, se félicitait sur twitter que des milliers de personnes lui aient souhaité son anniversaire. 6 janvier 2021, date anniversaire d’un fils Trump et jour désormais historique : l’Amérique et le monde entier ont vu la fragilité de la démocratie américaine, prise en otage par de militants pro-Trump, ou — au sens étymologique du terme — par une bande de terroristes.

À quelques centaines de mètres de la Maison-Blanche, une estrade avait été installée dans le cadre d’un rassemblement pour « sauver l’Amérique » demandé par le 45e président des États-Unis. Elle a accueilli, tout au long de la matinée encore calme de ce jour d’épiphanie, la famille Trump, presque au complet. Comme toujours.

Quelques centaines de partisans trumpistes attendaient leur roi. Serrés les uns aux autres, sans masques, hurlant, chantant. Louant celui qui a été battu deux mois auparavant par Joe Biden. Avant que Trump père n’arrive sur scène, les fils ont défilé devant un public au garde-à-vous. Eric Trump s’est vu souhaité son anniversaire. 6 janvier 2021, date ignoble pour l’histoire américaine. Donald junior, le fils aîné, était de la partie. Le digne héritier de son père, qui a brillé ces derniers jours pour ses menaces répétées envers les élus républicains qui ne soutiendraient plus le monarque. « Je travaillerai personnellement pour vaincre chaque sénateur républicain  qui ne se lèvera pas contre cette fraude. Ils devront passer par des primaires et ils perdront » twittait-il la veille de la certification de la victoire de Joe Biden. Hier, alors qu’il prenait la parole avant son père, il a lançait, non sans fureur, « ce rassemblement devrait leur envoyer un message. Ce n'est plus leur Parti républicain. C'est le Parti républicain de Donald Trump ». Ou l’art se s’approprier une partie de l’Amérique. Une phrase presque inaudible dans l’actualité du 6 janvier, mais pourtant une phrase effrayante pour la démocratie. Elle explique en partie le chaos qui a suivi, commandité par le clan Trump. Un clan qui n’accepte pas sa propre défaite.

 

trump chaos

 

6 janvier 2021, le parti républicain a perdu son âme, mais aussi le Sénat. Son ultime recourt contre la politique de Joe Biden et de Kamala Harris. Les démocrates ont remporté mercredi 6 janvier une victoire retentissante en s'assurant le contrôle du Sénat grâce à deux élections partielles en Géorgie, permettant au président élu Joe Biden de gouverner avec une plus grande marge de manoeuvre. La victoire de Jon Ossoff, après celle de Raphael Warnock dans l'autre sénatoriale partielle en Géorgie, ainsi que le contrôle de la Chambre des représentants, assurent au futur président le contrôle du processus législatif. Joe Biden pourra ainsi imprimer sa politique de façon plus profonde. Plus efficace. Laissant les républicains sans voix. Une autre défaite qu’ils peuvent attribuer à Donald Trump.

 

« Sauver l’Amérique »

Sauver l’Amérique du socialisme, des communistes, des pédophiles, de Satan... Autant d’inepties pour revendiquer une marche du désordre, une marche de la violence, une marche du chaos. Une marche contre la démocratie, contre la loi, contre la victoire retentissante du camp démocrate. Dans démocrate, il y a démocratie. Tout un symbole. Piétiné par des militants trumpistes, extrémistes, lobotomisés par le mensonge, nourris à la théorie du complot.

Vers 14 heures, les manifestants, prêts à tout pour accéder à l’intérieur du Capitole, forcent le passage en brisant des fenêtres, en fracturant les portes principales et en escaladant le long de la façade pour investir les terrasses de ce symbole de l’Amérique. 

Une intrusion survenue une demi-heure après que la session du Congrès ait débuté et que Mike Pence, actuel vice-président de Donald Trump, ait annoncé qu'il ne s’opposera pas à la certification de la victoire de Joe Biden, en vertu de la Constitution. Cette invasion conduit une vingtaine de minutes plus tard à l’évacuation du Congrès, notamment des deux chambres, mais aussi de certains bâtiments aux alentours.

 

Chaos états-unis

Crédit photo : Saul Loeb pour AFP

 

De ces images hallucinantes de la prise d’otage du capitole, on voit un trumpiste porter un drapeau confédéré. On voit un homme torse-nu, coiffé  de cornes de buffles, dont le bras est tatoué d’un mur. Le fameux mur de Donald Trump, symbole de fermeture, de racisme et de mensonges. Cet homme, Jake Angeli, est l'un des fervents partisans du mouvement QAnon. Cette mouvance complotiste d'extrême droite, née en 2017 aux États-Unis sur un forum anonyme 4Chan, repose sur des messages publiés par un certain « Q », qui se présente comme un haut-fonctionnaire qui aurait accès à des informations confidentielles. Elle défend l'idée selon laquelle Donald Trump serait la proie d'un complot, mêlant les milieux financiers, les médias et le « Deep State », des élites implantées au pouvoir, sur fond de crimes pédophiles et sataniques. De la prise du Capitole, on voit des hommes blancs presque incrédules d’être arrivés jusque dans ce haut lieu de la démocratie américaine. L’heure est dramatique pour le monde. L’heure est au selfie pour les insurgés. Un homme installé dans ce lieu de pouvoir américain crie qu’ils ont gagné. Une poignée de manifestants pénètrent également dans le bureau de Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des Représentants. Dans les couloirs du Capitole, noyés sous les effluves des gaz lacrymogènes, l’ambiance relativement pacifique cède vite la place à des scènes de chaos, marquées par des altercations entre manifestants et policiers et des coups de feu tirés. Une femme militante - une minorité - est morte dans le Capitole. Trois autres personnes sont décédées à l’extérieur. Surréaliste.

Au cours des dernières semaines, de multiples thèses ont été émises par Donald Trump et son entourage afin de nier la validité du scrutin. Machines de vote électronique truquées, fraudes multiples dans les bureaux de vote, mais aussi conspiration communiste internationale cherchant à favoriser l'élection de Joe Biden. Plusieurs mois avant que ne se tienne le scrutin, le président Trump posait les jalons de sa rhétorique post-élections. Il justifiait alors déjà une potentielle défaite par des manœuvres du camp démocrates. 

Comment cette marche pour « sauver l’Amérique » pouvait se terminer autrement alors que Donald Trump avait appelé ses partisans à manifester en masse ce mercredi 6 janvier et à marcher sur le Capitole ? Comment les débordements pouvaient être évités alors que Donald Trump souffle sur les braises depuis des semaines en criant au vol, à la machination, au complot ? Les autorités locales ont tenté de minimiser les risques, arrêtant puis interdisant d’accès le chef des Proud Boys, organisation d’extrême droite toujours prête à en découdre. Les militants de Black Lives Matter ont, de leur côté, prudemment appelé à ne pas contre-manifester, pour éviter des violences mortifères. À juste titre ! Gage de bon sens et d’intelligence.

 

Le 25e amendement ou sortir Trump de la Maison-Blanche

Abasourdis par les violences commises par des manifestants pro-Trump au Capitole à Washington, mercredi 6 janvier, plusieurs élus du Congrès souhaitent mettre un terme au mandat du président sortant avant le 20 janvier. Ils réclament le recours au 25e amendement pour destituer le président au plus vite.

Sur les réseaux sociaux, cet appel à user de la section 4 de l'article ratifié en 1967 a été relayé par une dizaine de membres du Congrès démocrates, parmi lesquels Ted Lieu, Elizabeth Warren, Ayanna Pressley ou encore Lucy McBath. Selon le 25e amendement « Si le vice-président, ainsi qu'une majorité des principaux fonctionnaires des départements exécutifs ou de tel autre organisme désigné par une loi promulguée par le Congrès, font parvenir au président du Sénat et au président de la Chambre des représentants une déclaration écrite les avisant que le président est dans l'incapacité d'exercer les pouvoirs et de remplir les devoirs de sa charge, le vice-président assumera immédiatement ces fonctions en qualité de président par intérim. »

Selon le Washington Post, « le président est responsable de l'acte de sédition » survenu au Capitole. « Chaque seconde d’exercice des vastes pouvoirs de la présidence par Trump est une menace pour l'ordre public et la sécurité nationale. »

Le 6 janvier 2021, Donald Trump a prouvé qu’il était non pas le président des États-Unis mais le président du chaos. Une question demeure, est-ce que les 74,222,958 de citoyens américains qui ont voté pour Donald Trump se reconnaissent dans le chaos qu’il a perpétré ce 6 janvier 2021 ?

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Rachel Brunet

Rachel Brunet

Après être passée par la presse économique et la presse spécialisée, Rachel Brunet est la directrice et la rédactrice en chef de l’édition New York du Petit Journal.
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