Dans le cadre des élections sénatoriales de 2026, lepetitjournal.com donne la parole aux candidats représentant les Français de l’étranger. Franco-suisse, ancienne députée des Français de Suisse et du Liechtenstein et présidente de la fédération des Français de l’étranger de Renaissance, Marie-Ange Rousselot revient sur son parcours et les raisons de sa candidature. Réforme de l’AEFE, budget, services consulaires et défense des Français de l’étranger : elle détaille ses priorités et défend une voix “centriste, modérée et progressiste” au Sénat.


Pourquoi avez-vous décidé de vous présenter aux élections sénatoriales de 2026 ?
Je suis franco-suisse et mon parcours s'est construit entre Paris et Genève. Mon engagement politique a commencé en 2019 avec En Marche, lors de la campagne des élections européennes. J'ai ensuite dirigé en 2021 la campagne consulaire en Suisse aux côtés d'Éléonore Caroit, devenue depuis ministre, puis accompagné Marc Ferracci comme suppléante aux législatives de 2022 et 2024. Depuis 2023, je préside la fédération des Français de l'étranger de Renaissance, un rôle qui m'a permis de mesurer la richesse des communautés françaises, en Suisse comme partout dans le monde.
Entre 2024 et 2025, j'ai eu l'honneur de siéger comme députée des Français de Suisse et du Liechtenstein. J'y ai découvert le dynamisme de celles et ceux qui font vivre la présence française hors de nos frontières : associations, établissements scolaires, élus, entrepreneurs. Chacun, à sa manière, anime la communauté et contribue au rayonnement culturel, économique et diplomatique de la France.
De ces années, je retiens une conviction : les acteurs de terrain, et d'abord les élus des Français de l'étranger, ont besoin de relais fiables et déterminés au Parlement. Ce sont eux qui connaissent le mieux les difficultés rencontrées par les Français établis hors de France, et les solutions qui fonctionnent. Je me présente pour être un véritable outil à leur service, afin que leur voix porte là où les décisions se prennent : au Parlement, au gouvernement et dans les administrations centrales.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous amène aujourd’hui à briguer un mandat de sénateur ?
Avant de rejoindre En Marche, j'ai été collaboratrice parlementaire à Paris pendant quatre ans, et élue municipale dans une commune de Normandie. Ces deux expériences m'ont appris à la fois la fabrique de la loi et la réalité de l'action locale. En 2019, j'ai choisi de m'engager pour un projet européen et humaniste, favorable aux entreprises et à l'initiative économique, et intransigeant sur la défense de l'État de droit et du droit international.
Sept ans plus tard, je vois les extrêmes progresser en exploitant les peurs, à grand renfort d'arguments démagogiques et populistes. Je ne m'y résigne pas.
Je brigue donc un mandat de sénatrice pour faire entendre au Sénat une voix centriste, modérée et progressiste. À l'approche d'élections présidentielle et législatives dont l'issue reste incertaine, je veux défendre une certaine idée de la France : ambitieuse pour son avenir, confiante dans le progrès, et qui refuse le conservatisme stérile lorsqu'il empêche les citoyens de réaliser leurs ambitions.
Quel sera votre grand dossier ou votre priorité en tant que sénateur ?
Ma priorité sera de m’engager pour une réforme efficace de l'AEFE. Le réseau d'enseignement français à l'étranger est un atout sans équivalent : près de 600 établissements, environ 400 000 élèves, une présence dans presque tous les pays du monde. C'est à la fois un service essentiel pour les familles françaises expatriées et l'un des plus puissants leviers d'influence de la France.
Ce modèle est aujourd'hui fragilisé. Les frais de scolarité augmentent d'année en année et deviennent hors de portée pour de nombreuses familles de classe moyenne, y compris dans des pays où le coût de la vie est déjà élevé. Les bourses scolaires ne suivent pas cette évolution. L'Agence elle-même doit absorber des charges croissantes avec des moyens contraints, tandis que l'objectif de développement du réseau n'a pas été accompagné des ressources nécessaires. Les établissements peinent aussi à recruter et à fidéliser des enseignants.
Je souhaite porter une réforme qui clarifie les missions de l'AEFE et lui donne une visibilité budgétaire pluriannuelle, qui garantisse l'accessibilité financière pour les familles françaises, qui renforce l'attractivité des métiers de l'enseignement à l'étranger et qui associe réellement les parents, les personnels et les élus à la gouvernance du réseau. Il faudra aussi penser aux familles éloignées de tout établissement, en soutenant davantage les programmes FLAM qui permettent aux enfants de garder un lien avec la langue française. Cette réforme ne doit pas se décider uniquement depuis Paris : elle doit se construire avec ceux qui font vivre ces écoles au quotidien.
Quels sont, selon vous, les grands dossiers sur lesquels le prochain Sénat devra travailler ?
Le budget, avant tout. Le redressement des comptes publics s'impose, et le Sénat joue un rôle central dans l'examen des lois de finances. Il devra trouver des économies sans affaiblir ce qui fait la force du pays.
Pour les Français de l'étranger, la vigilance sera de mise. Le réseau consulaire, l'enseignement français à l'étranger, les bourses, l'aide sociale et le soutien aux associations représentent une part modeste du budget de l'État, mais chaque réduction a des effets immédiats et visibles sur le terrain. Les Français établis hors de France ne peuvent pas servir de variable d'ajustement. Je veillerai aussi à ce qu'ils bénéficient d'une équité de traitement, pour ne pas être pénalisés du seul fait de leur lieu de résidence.
Au-delà du budget, le prochain Sénat devra accompagner l'effort de défense et la construction d'une Europe plus souveraine dans un contexte international instable, et poursuivre la simplification de l'action publique. Pour nos compatriotes à l'étranger, cela passe très concrètement par des démarches consulaires plus accessibles et mieux dématérialisées. Enfin, dans une période politique incertaine, le Sénat aura une responsabilité particulière : être un lieu de stabilité, de dialogue et de travail sérieux, au service de l'intérêt général.
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