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Sénatoriales 2026 : Mélanie Vogel veut “faire bouger les lignes” pour les Français de l’étranger

Sénatrice écologiste représentant les Français de l’étranger, Mélanie Vogel défend son bilan et se projette pour un nouveau mandat. De la réforme de l’AEFE au droit au compte bancaire, en passant par la protection des femmes victimes de violences, le délai de carence et la PMA pour les couples de femmes à l’étranger, elle revient sur les combats qu’elle entend continuer de porter au Sénat : “Je crois qu’il faut au Sénat des voix encore plus fortes”

mélanie vogel sénatoriales 2026mélanie vogel sénatoriales 2026
Écrit par Ewan Petris
Publié le 18 septembre 2026

Parmi toutes les mesures que vous avez portées depuis cinq ans, quelle est celle qui a eu, selon vous, l’impact le plus concret sur le quotidien des Français de l’étranger ?

 

En matière d’impact concret, je citerais en premier lieu le travail que nous avons mené sur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et les violences intrafamiliales à l’étranger. Ce travail s’est notamment traduit par le dépôt d’une proposition de loi. Même si celle-ci n’a pas encore été adoptée, son dépôt a déjà permis d’obtenir plusieurs avancées.

 

Notre mobilisation a notamment conduit à la mise en ligne du parcours destiné aux victimes, à la création d’un annuaire des associations susceptibles d’accompagner les femmes victimes de violences, ainsi qu’à la possibilité pour les Françaises de l’étranger d’accéder gratuitement au 3919 et au planning familial.Ce sont des dispositifs très concrets, qui peuvent réellement changer la situation des personnes confrontées à ces violences.

 

Pourquoi avez-vous fait le choix de vous représenter pour ce nouveau mandat ?

 

Ces cinq dernières années m’ont permis de porter de nombreux sujets qui concernent aussi bien les spécificités des Français de l’étranger que les grands enjeux nationaux que traverse notre société, comme l’introduction du droit à l’avortement dans la Constitution, dont j’ai été l’une des architectes. Le contexte actuel me pousse à poursuivre le travail engagé. Il reste tant à accomplir.

 

Nos compatriotes continuent de faire confiance aux Écologistes et ne souhaitent pas renoncer aux enjeux écologiques. C’est dans cet esprit que je souhaite poursuivre et renforcer notre présence au Sénat.

 

À la veille de l’élection présidentielle et d’une possible bascule vers un choc autoritaire, la démocratie et l’État de droit sont menacés en France, à la fois par l’extrême droite, mais aussi par le manque de courage et le cynisme de certaines forces du centre et de la droite.

Durant le mandat écoulé, le Sénat a pu être le théâtre de ces alliances. Que ce soit sur les questions migratoires, les reculs environnementaux ou encore les droits sociaux, le gouvernement, la droite sénatoriale et parfois l’extrême droite ont pu se retrouver pour faire adopter ou soutenir certaines mesures.

 

Je crois qu’il faut des voix fortes au Sénat qui, à la fois, s’opposent à ces reculs, mais travaillent aussi pour faire progresser les droits. Enfin, les élections constituent à mes yeux un moment de vérité sur le travail accompli pendant un mandat. Cela concerne les parlementaires, mais également les élus locaux, les conseillers des Français de l’étranger et, plus largement, les Français de l’étranger partout dans le monde.

Les résultats obtenus par les Écologistes lors des dernières élections consulaires montrent aussi que notre travail depuis 2021 est reconnu. Nos compatriotes continuent de faire confiance aux Écologistes et ne souhaitent pas renoncer aux enjeux écologiques. C’est dans cet esprit que je souhaite poursuivre et renforcer notre présence au Sénat.

 

Quand on est écologiste au Sénat, comment réussit-on à faire avancer ce genre de propositions auprès de groupes qui, parfois, ne partagent absolument pas les mêmes idées ?

 

La situation est particulièrement difficile pour les écologistes en France aujourd’hui. La droite, l’extrême droite et, depuis un certain temps, les macronistes ont, selon moi, choisi de faire de l’écologie un enjeu de calculs électoraux, au détriment de l’intérêt général. Nous avons récemment été confrontés à de nombreux reculs environnementaux, alors que la situation devrait au contraire nous conduire à accélérer notre action.

 

Pour les citoyens qui ne se sentent pas représentés sur les questions écologistes, je veux dire une chose : nous avons réussi à faire entendre notre voix lorsqu’une forte mobilisation citoyenne existait. C’est notamment ce qui nous a permis, à l’Assemblée nationale puis au Sénat, d’obtenir l’interdiction des PFAS, les « polluants éternels ». Nous ne disposions pas, au départ, d’une majorité au Sénat. Si nous avons néanmoins pu avancer, c’est grâce à la mobilisation citoyenne.

 

Il en a été de même sur les néonicotinoïdes : l’évolution de la position de certains parlementaires a été favorisée par la pression exercée par les citoyens. Même constat pour l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution : nous n’avions pas la majorité au Sénat, mais nous avons finalement réussi à l’obtenir grâce à l’engagement citoyen.

L’enjeu de la présence des écologistes au Sénat est donc aussi là : lorsqu’elle s’appuie sur une mobilisation citoyenne, elle peut permettre de faire évoluer les positions, empêcher certains reculs et même faire progresser nos droits.

 

mélanie vogel sénatoriales 2026

 

Si vous êtes réélue, quelles seront vos trois priorités pour les Français de l’étranger ?

Si je dois retenir trois priorités, la première serait une réforme de l’AEFE.

 

Ces derniers mois, nous avons réussi à réellement politiser cette question. Depuis 2017 et l’objectif affiché du Président de la République de doubler le nombre d’élèves scolarisés à l’étranger, l’État s’est progressivement désengagé, sans que ce désinvestissement ait réellement été assumé comme un choix politique. Nous en voyons aujourd’hui les conséquences, notamment avec l’augmentation des frais de scolarité. Lorsque l’État ne finance plus suffisamment le réseau, quelqu’un doit nécessairement prendre le relais : ce sont alors les parents qui supportent une part croissante de la charge.

Cette hausse des frais entraîne mécaniquement l’exclusion d’une partie des familles qui ne sont plus en mesure de les payer. Elle contribue aussi à démanteler progressivement le réseau d’enseignement français à l’étranger.

 

Nous sommes donc à un moment charnière pour l’avenir de ce réseau. Les diagnostics sur l’origine du problème divergent. À droite, certains considèrent que l’AEFE souffre de dépenses trop importantes et proposent donc de les réduire. Mais, si l’on poursuit dans cette logique, on ne fait finalement que prolonger la dégradation actuelle.

Notre analyse est différente : nous considérons que le problème vient d’abord du désinvestissement de l’État et qu’il faut donc réinvestir. Le réseau de l’AEFE, avec ses élèves et ses enseignant·es, constitue l’un des outils les plus importants dont dispose la France à l’étranger. Il représente à la fois un investissement dans l’éducation, dans la diplomatie culturelle et dans la société.

 

Ma deuxième priorité concerne le délai de carence. Lors d’un retour en France, il existe actuellement une période de trois mois avant de pouvoir bénéficier de certains droits.

Si nous avons d’abord rencontré des difficultés pour faire adopter la suppression de ce délai au Sénat, nous avons finalement réussi à la faire voter. Lors du dernier budget, nous sommes même parvenus à réunir une majorité dans les deux chambres. Malheureusement, la mesure a ensuite été censurée par le Conseil constitutionnel pour des raisons de forme. Mais, sur le fond, je considère que nous avons réussi à faire émerger une majorité politique en faveur de cette évolution, ce qui constitue une avancée importante.

 

Enfin, ma troisième priorité porte sur le droit au compte bancaire pour les Français de l’étranger, un sujet sur lequel je me suis beaucoup investie. Il suffit de voir le nombre de réactions suscitées lorsque nous envoyons des informations sur cette question : nous recevons des milliers de réponses. Cela montre à quel point le problème est concret et concerne un grand nombre de personnes. Disposer d’un compte bancaire ne permet pas seulement d’accéder à des services financiers : c’est aussi une condition d’accès à un certain nombre de droits et de démarches. La proposition de loi que nous avions déposée n’a pas été adoptée. Mais notre mobilisation et notre travail d’alerte ont permis d’ouvrir depuis un travail avec les services du ministère et les autorités bancaires afin d’identifier des solutions concrètes.

 

Quelle évolution souhaitez-vous concrètement obtenir sur la Procréation médicalement assistée (PMA) pour les Français de l’étranger ?

 

En France, lorsqu’un couple de femmes a recours à une PMA, il doit effectuer une démarche chez le notaire avant même que le projet de grossesse ne soit concrétisé. Cette déclaration permet d’établir que, si un enfant naît à la suite de ce don, les deux femmes seront reconnues comme ses mères. Cette démarche représente un coût de 250 euros et, sans elle, les deux mères ne peuvent pas toutes les deux être inscrites sur l’acte de naissance. Je considère que cette disposition issue de la loi bioéthique devrait être supprimée. Elle ne me paraît pas justifiée, d’autant qu’une telle obligation n’existe pas pour les couples hétérosexuels.

Pour les Françaises de l’étranger, les conséquences peuvent être encore plus problématiques.

 

Une Française qui a recours à une PMA dans un autre pays peut ainsi découvrir, au moment de la naissance, que si elle n’a pas effectué cette démarche préalable en France, elle n’est pas reconnue comme la mère de l’enfant. Elle peut alors se retrouver dans la situation de devoir effectuer une démarche fastidieuse, longue et incertaine pour l’adoption de son propre enfant. Tant que cette obligation légale n’est pas supprimée, il faudrait au minimum permettre aux Françaises de l’étranger d’effectuer cette démarche directement auprès de leur consulat, sans être contraintes de revenir en France. La déclaration elle-même ne prend que quelques minutes, mais son absence peut avoir des conséquences considérables sur la reconnaissance de la filiation.

 

Quand on apporte une proposition au Sénat, est-ce que le temps politique arrive vraiment à rattraper l’urgence sociétale ?

 

Je l’ai notamment constaté lors du combat pour l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution, et plus récemment sur l’introduction du consentement dans le Code pénal, à laquelle j’ai également beaucoup contribué au Sénat.

 

Sur les avancées féministes, les évolutions viennent d’abord des mobilisations citoyennes. Lorsque les revendications viennent de l’extérieur de l’institution politique, elles peuvent contribuer à faire évoluer les positions et à faire bouger les lignes à l’intérieur.

Historiquement, le Sénat n’a jamais été une institution en avance sur les combats sociaux et sociétaux, il a au contraire toujours essayé de les freiner. Mais la pression de la société et celle des mouvements sociaux peuvent parfois permettre des avancées.

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