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Sénatoriales 2026 : Martha Peciña, “Il y a une urgence sociale qui concerne tous nos compatriotes”

Dans le cadre des élections sénatoriales de 2026, lepetitjournal.com donne la parole aux candidats représentant les Français de l’étranger. Franco-espagnole installée à Bilbao, Martha Peciña est candidate avec une liste soutenue par le Nouveau Front populaire. Journaliste, ancienne responsable presse et communication d’un consulat de France aux États-Unis et représentante du personnel de droit local, elle entend défendre les services publics, l’accès à l’éducation française, les droits des femmes et la protection sociale des Français de l’étranger.

Sénatoriales 2026- Martha PecinaSénatoriales 2026- Martha Pecina
Martha Peciña est candidate avec une liste soutenue par le Nouveau Front populaire
Écrit par Ewan Petris
Publié le 16 septembre 2026

Pourquoi avez-vous décidé de vous présenter aux élections sénatoriales de 2026 ?

 

Je me présente pour défendre les droits et des services publics de mes compatriotes à l’étranger et pour apporter un nouveau souffle dans un Sénat dominé par la droite extrême et dont le mode de scrutin favorise un cloisonnement du débat électoral, loin des yeux et des oreilles des citoyens. Je veux faire entendre la voix d’une femme binationale franco-espagnole, engagée sur les questions internationales, sur le féminisme et les questions sociales, et qui vit à l’étranger depuis plus de 15 ans. Pour aussi faire entendre la voix de mes co-listiers et des colistières, élus de terrain qui se battent pour les Français et Françaises de leurs circonscriptions avec le peu de moyens dont ils disposent.

 

Et bien sûr, pour défendre le programme du Nouveau Front Populaire, le seul qui propose un programme ambitieux de défense de services publics, de justice sociale et de transition écologique.

 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous amène aujourd’hui à briguer un mandat de sénateur ?

 

J’ai quitté la France il y a plus de 15 ans. J’ai d’abord vécu dans le cadre de mes études et de la réalisation d’un documentaire à Cuba, où je me suis intéressée à la place du combat féministe pendant la Révolution cubaine. J’ai ensuite vécu et travaillé pendant 10 ans aux États-Unis, d’abord comme volontaire internationale au service de presse du consulat de France à Miami, puis comme correspondante politique pour plusieurs chaînes de la télévision française (Arte, France 24 principalement) avant de devenir responsable du service presse et communication du consulat de France à New York et représentante du personnel de droit local. Mes fonctions de représentante du personnel de droit local m’ont permis de constater l’impact direct des coupes budgétaires du Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères sur les agent·es des services publics consulaires : suppressions de postes, salaires non alignés sur le taux d’inflation, problématiques sur les retraites et l’assurance santé. Ces mauvaises conditions de travail impactent in fine nos compatriotes, avec l’allongement de délais d’attente pour les démarches et le tout numérique comme seule réponse, qui fragilise encore plus les personnes les plus précaires et isolées.

 

Plus généralement, j’ai été personnellement confrontée aux problématiques des différents statuts, que ce soit celui d’indépendante ou de personnel de droit local. Mon expérience dans différents consulats m'a permis d’identifier les problématiques auxquelles peuvent être confrontés les Français établis hors de France, qu’ils et elles soient entrepreneurs, retraités, chefs d’entreprises, quel que soit leur statut ou profession. Nous vivons à l’étranger avec des difficultés grandissantes pour accéder à une protection sociale, une vulnérabilité face aux crises politiques ou sanitaires. Depuis mon installation à Bilbao en 2021, je suis une entrepreneure qui travaille entre la France et l’Espagne. Je suis mère de 2 enfants de 7 et 11 ans et partage donc les inquiétudes et questionnements de nombreux parents résidents à l’étranger sur le modèle éducatif à offrir à nos enfants. Il est urgent que les Lycées Français redeviennent accessibles à la classe moyenne en instaurant un bouclier tarifaire et par la refonte des bourses scolaires afin que tous les Français qui le souhaitent puissent offrir un modèle éducatif français et francophone à leurs enfants.Nous sentons aussi que ce réseau d’enseignement français à l’étranger est affaibli dans ses valeurs, par le développement à outrance d’une logique de marchandisation qui déstabilise les personnels et les parents d’élèves.

 

Quel sera votre grand dossier ou votre priorité en tant que sénateur ?

 

Après 10 années de thatchérisme macroniste, il y a une urgence sociale qui concerne tous nos compatriotes. Les coupes budgétaires ont fragilisé nos services publics et aujourd’hui près de 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté en France.

Plus spécifiquement pour les Français et Françaises de l’étranger, la priorité est de rétablir les moyens nécessaires à l’administration des Français, à l’action sociale, aux élections, aux bourses scolaires et au soutien associatif. Nous voyons la communauté française à l’étranger croître alors que les moyens de l’aide sociale restent ridiculement faibles. Aujourd’hui l’aide sociale à l’étranger - hors bourses scolaires - représente 15 millions d’euros pour une population de trois millions de Français. C’est indigne !

 

Je porte aussi depuis toujours un combat féministe qui est etroitement lié aux questions sociales. À l’étranger, l’immense majorité de nos compatriotes en grande difficulté économique qui font appel aux réseaux d’entraide sont des femmes, souvent dans des situations de famille monoparentale, isolées, sans emploi et sans ressources.

Enfin le réseau de l’enseignement français sera probablement un dossier prioritaire. Je vois bien que le gouvernement avance à marche forcée vers une réforme. Le combat principal va porter sur le modèle de notre réseau. La crise budgétaire de l’AEFE est provoquée par des coupes systématiques de la subvention publique et un désengagement de l’État. Tout se passe comme si on voulait basculer les établissements vers un autre modèle avec moins de professeurs détachés de l’Éducation nationale, en favorisant une logique économique de marché au détriment du lien avec l’Éducation nationale. La question de l’accessibilité de la classe moyenne aux établissements est à peine abordée alors qu’elle est centrale. En Espagne, des milliers de familles françaises doivent se détourner du réseau français faute de moyens. C’est inacceptable.


 

Quels sont, selon vous, les grands dossiers sur lesquels le prochain Sénat devra travailler ?

 

À quelques mois de l'élection présidentielle, nous devrons nous battre contre le dernier budget d’Emmanuel Macron qui a d’ores et déjà sacrifié toute ambition sur l’écologie et l’adaptation climatique, en dépit des évidences climatiques. Les incendies de cet été sont en grande partie les effets de la condescendance et de l’obsession austéritaire des “macronistes” vis-à-vis des budgets de la Sécurité civile.

 

C’est un nouveau budget de renoncement à notre influence internationale en matière de coopération et régressif sur le plan social. Les budgets détaillés sur les politiques publiques des Français de l’étranger - les “bleus” budgétaires - n’ont pas été dévoilés mais la vigilance doit être totale sur le financement de l’AEFE, des bourses scolaires, des engagements sociaux pour les Français de l’étranger et notamment la protection sociale via la Caisse des Français de l’étranger (CFE) dont je connais la difficulté actuelle. Le Sénat sera bientôt saisi du débat sur la loi intégrale contre les violences sexuelles et nous proposerons des amendements spécifiques pour protéger les Françaises et les enfants résidant à l’étranger. Je compte proposer la création d’un protocole mondial dans les postes consulaires par la désignation de personnel référent, la formation du personnel, le renforcement de la coordination avec les magistrats de liaison, et un soutien à la réinsertion professionnelle des femmes victimes de violences. L’Espagne, où je réside, a mis en place une loi intégrale en 2004 pour lutter contre les violences conjugales qui a permis de diviser de 30% le nombre de féminicides. En 2021, l’Espagne a également adopté une loi de protection de l’enfance avec certaines mesures portées aujourd'hui par la CIVISE (Commission Indépendante contre les Violences Sexuelles faites aux Enfants).

Inspirons-nous en ! 

 

Enfin, je serai l’une des seules sénatrices insoumises, dans un Sénat ultra conservateur qui s’efforce de saboter toutes les victoires en faveur de nos droits arrachées par la gauche à l’Assemblée nationale. Dans le contexte actuel d’une extrême droite aux portes du pouvoir, ma priorité sera donc de faire entendre une voix progressiste pour défendre l’intérêt général et les droits de nos compatriotes à l’étranger.

 

Les Français de l’étranger et les grands électeurs de la sénatoriale l’ont vu : les parlementaires de droite les ont abandonnés pendant cette mandature sénatoriale, abandon de la CFE, vote des coupes budgétaires de l’AEFE, aucune progression des droits des Français de l’étranger alors même que la droite sénatoriale s’est alliée à Emmanuel Macron pour gouverner. Pire encore, elle a participé à l’attaque de nos valeurs et à notre identité avec la loi immigration ou en votant contre la constitutionnalisation de l’IVG. Moi je me battrai avec détermination et sans fausse pudeur contre le projet néolibéral et la xénophobie de l’extrême centre et la droite extrême et surtout pour les droits des Françaises et des Français de l’étranger.

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