Mercredi 30 septembre 2020
Édition Internationale
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Frédéric Petit : « La solidarité française ne s’effondre pas »

Par Sandra Camey | Publié le 21/07/2020 à 18:00 | Mis à jour le 24/07/2020 à 04:48
Frederic Petit

Frédéric Petit, député de la 7ème circonscription des Français de l’étranger, anime le groupe de travail de la Commission des Affaires étrangères sur l’impact de la crise sur le réseau d’enseignement français à l’étranger et sur les réseaux culturels et scientifiques. Il nous explique les différents impacts et comment certains secteurs vont pouvoir se révolutionner.

 

Il faut continuer à développer notre réseau d’enseignement malgré la crise.

Quelles ont été les problématiques rencontrées dans le réseau de l'enseignement français à l'étranger à l’arrivée de la crise sanitaire ?

Pour le réseau d’enseignement français à l’étranger, la crise a été extrêmement dure. Nos écoles sont des lieux de transmission du virus où se mélangent énormément de populations différentes. Il fallait gérer prioritairement la sécurité sanitaire des familles et des enfants scolarisés. Le deuxième impact a trait à la problématique pédagogique car du jour au lendemain, la rencontre avec les enfants est devenue interdite. Il a alors fallu assurer la continuité pédagogique comme ce fut le cas en France, or à l’étranger cela était bien plus compliqué et déroutant, surtout lorsqu’il y avait des parents ou des familles qui n’étaient pas francophones. Beaucoup de lycées français étaient prêts sur le plan numérique, ce qui a facilité le suivi des classes virtuelles. Parmi tous les lycées que j’ai auditionnés, dans une dizaine d’entre eux au moins, tous les élèves étaient déjà équipés en tablettes numériques depuis plusieurs années. Mais la continuité pédagogique a surtout fait ressortir la question des inégalités, comme celles de la formation des enseignants et de leurs différents statuts, mais aussi des inégalités dans l’accès aux outils pédagogiques dans certains pays pour assurer le suivi des classes. En règle générale, l'accompagnement des élèves s’est cependant bien passé.

Je pense qu’il faut continuer à développer notre réseau d’enseignement malgré la crise. Nous avons commencé une réforme il y a trois ans. Nous avions imaginé une réforme lente, mais l’après crise exige son accélération. Elle a fait résonner des questions qui étaient déjà au cœur de nos préoccupations, comme l’injustice entre certaines situations, des opérateurs trop proches ou trop éloignés de certains lycées, etc. Je crois qu’il est important d’accompagner le réseau de l’enseignement dans cette démarche. Il doit continuer à garder les objectifs qui lui ont été fixés et considérer cette crise comme une opportunité de changement.

 

Une aide pour tous, pas uniquement les Français

Pourquoi était-il primordial d’aider financièrement les écoles françaises de l'étranger ?

Les familles paient une redevance pour ce service public et celle-ci restait inchangée alors que l’école n’était plus ouverte. L'enseignement français vise la classe moyenne, voire moyenne supérieure des pays dans lesquels ces familles sont installées et bien évidemment c’est une classe qui est extrêmement fragilisée par la crise. Ce sont souvent des personnes qui travaillent mais pas forcément dans des conditions très protégées. Il y a des familles qui avaient un niveau de vie élevé et qui, avec la crise, se retrouvent dans une situation économique catastrophique.

C’est le cas de petits entrepreneurs, de restaurateurs très bien installés qui, du jour au lendemain, ont tout perdu. Payer l’école française passe dès lors après la nécessité de manger et de se loger. Il était aussi important de montrer que la solidarité française ne s’effondre pas dès qu’il y a une crise. Il a donc été normal que les aides arrivent à tous et pas uniquement aux Français. Toutes les familles, peu importe leurs origines, financent, elles aussi, les lycées français. Ces questions financières ont traversé le réseau de façon extrêmement douloureuse car nous n’y étions pas préparés.

 

La survie des réseaux culturels dépend de l’appétit de la population mondiale à apprendre le français

Quelle est la situation des réseaux culturels français à l’étranger ?

Nous commençons enfin à avoir un peu de recul sur cette question. Il y a plusieurs types de réseaux culturels français. Le réseau d’enseignement constitue un vrai enjeu avec les lycées français de l’étranger. Il y a également le réseau culturel, avec les Alliances françaises et les Instituts français. Et puis, un réseau dont nous ne parlons pas souvent mais qui est extrêmement important, surtout pendant cette crise, celui de la coopération scientifique et universitaire. D’autres réseaux d’influence culturelle passent également par la fédération des professeurs de français, par France Médias Monde, le centre de coopération de l’audio-visuel et d’autres.

Les réseaux culturels tels que les Instituts français ne sont que très peu subventionnés, nous avons donc eu très peur pour eux. Leur survie en général dépend de l’appétit de la population mondiale à apprendre le français, or pendant la Covid-19, ce n’était pas la priorité. Du jour au lendemain, les Instituts ont subi des pertes énormes et certaines Alliances françaises vont devoir fermer. Je trouve cependant que le réseau culturel a plutôt bien réagi à la crise. Une grande partie des acteurs du réseau s’est bien adaptée au numérique et a bien réagi en faisant preuve d’agilité. Il y a également eu une bonne réaction des universités et des instituts de coopérations scientifiques, en particulier des instituts Pasteurs.

 

L’humanitaire est effectivement en pleine refondation

Suite à la pandémie, pensez-vous que l’action humanitaire va vivre un bouleversement ?

Je constate que l’action humanitaire devient beaucoup plus citoyenne, voire parfois plus politique. Elle est beaucoup plus intégrée aux problématiques sociétales et au débat de société en général. En revanche, je ne crois pas que cela soit lié seulement à la crise sanitaire. Il me semble que cela a plutôt à voir avec l’augmentation des crises globales, les blocages du multilatéralisme. Je crois que l’humanitaire est effectivement en pleine refondation, mais cela n’est pas dû à la crise sanitaire.
 

Selon vous, quels seront les moteurs de la relance du commerce extérieur ?

Cette question est difficile car le commerce extérieur dépend de la situation de chaque pays. Nous devons apprendre à raisonner différemment, par filière et non plus par zone géographie ou simplement au plan financier. Il faut bien comprendre comment les filières interagissent et ne pas foncer tête baissée lorsqu’une filière ne peut pas redémarrer à cause d’un pays qui est encore fermé. Il faudra désormais avoir une vision plus globale de l’état du monde.

 

Le tourisme se dirige vers des formes de voyage plus durables, plus écologiques.

Le secteur du tourisme peut-il survivre au coronavirus ?

Je pense que ce secteur d’activité important va se transformer profondément dans les années à venir. Les populations ont de l’appétence pour la découverte, elles veulent comprendre comment vivent les autres. Nous avons beaucoup travaillé au sein de la Commission des Affaires étrangères sur la question du tourisme durable. Peut-être que le tourisme se dirige vers des formes de voyage plus stables, où les week-ends à Marrakech, par exemple, ne seront plus d’actualité. Par contre, partir 15 jours ou plus avec une préparation moins grégaire et de meilleures attitudes deviendront plus intéressants à l’avenir. Je crois que c’est ce que la crise va révéler.

 

Le montant des aides aux Français établis à l’étranger est historique

Des aides ont été mises en place pour aider les Français de l'étranger sont-elles suffisantes ?

Les aides sont non seulement suffisantes mais le montant de ces aides est historique surtout. Le problème aujourd’hui est plutôt de savoir tracer ces aides pour être sûr qu’elles arrivent au bon endroit. Nous devons nous assurer qu’elles soient distribuées aux personnes et structures qui en ont le plus besoin, surtout dans un réseau qui est extrêmement hétéroclite avec différentes situations dans chaque pays, des enseignants aux statuts divers et des problématiques différentes pour chaque école.

Je reste extrêmement vigilant sur ce sujet car je veux être sûr que cette aide va arriver partout et qu’elle ne va pas se perdre dans des sauvetages insignifiants. Je veux m’assurer que les problèmes soient précisément identifiés afin de bien répartir cette aide conséquente et pour qu’il n’y ait pas d’injustice. Cela exige un effort considérable de nos établissements répartis dans 130 pays où 360 000 élèves viennent étudier. Certaines écoles ne savaient même pas qu’elles pouvaient accéder à des aides, d’autres écoles s’étaient déjà organisées avant. Je suis donc inquiet de la manière dont ce soutien aux réseaux va être mis en place.

 

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Sandra Camey

De formation scientifique et journalistique, elle s'expatrie à Berlin où elle étudie la photographie et les sciences politiques du Moyen-Orient. Aujourd’hui en écriture de mémoire sur les politiques environnementales au Moyen-Orient
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