En déplacement à Chypre, Sarah El Haïry a adressé un message aux familles françaises expatriées et alerté sur les défis auxquels font face les jeunes, notamment sur le numérique. La Haute-commissaire à l’Enfance a aussi salué le rôle essentiel des écoles françaises à l’étranger.


En quoi ce déplacement à Chypre peut-il concerner aussi les familles françaises expatriées et francophones installées en Europe ?
Je suis heureuse d’être présente aujourd’hui à Chypre, tant mon déplacement concerne directement les familles françaises expatriées et francophones installés en Europe. Puisque cela porte sur des sujets très concrets qui touchent le quotidien de millions d’enfants européens : l’accès à l’éducation, la santé mentale, le numérique, la protection contre les violences, ou encore les inégalités sociales qui grandissent partout en Europe. Quand on vit à l’étranger, ces questions prennent parfois une dimension encore plus forte, parce que les familles doivent naviguer entre plusieurs systèmes éducatifs, plusieurs langues, plusieurs cultures, et parfois aussi un sentiment d’isolement.
La conférence européenne organisée à Chypre autour de la lutte contre la pauvreté infantile et du bien-être des enfants rappelle une chose essentielle : aucun enfant ne doit être invisible parce qu’il vit loin de son pays d’origine, dans une famille expatriée ou binationale. Les enfants français de l’étranger ont les mêmes besoins que tous les autres : être protégés, accompagnés, écoutés et préparés au monde de demain. Je suis également allée dans l’antenne de Limassol de l’école franco chypriote de Nicosie. Je tiens à me rendre dans des établissements de l’AEFE à chacun de mes déplacements à l’étranger, tant il s’agit d’un message adressé aux familles francophones. La France considère que la communauté éducative française à l’étranger fait pleinement partie de notre communauté nationale. Les établissements français à l’étranger jouent un rôle absolument essentiel. Ils ne transmettent pas seulement des savoirs ; ils créent du lien, de la stabilité, des repères, et souvent un véritable espace de protection pour les enfants et les adolescents.

En tant qu’ancienne élève du réseau AEFE ayant grandi au Maroc, je sais d’autant plus personnellement ce que ces écoles apportent. Elles permettent de grandir avec plusieurs cultures, plusieurs langues, plusieurs identités, sans avoir à choisir entre elles. Une quarantaine de nationalités sont présentes dans cette école : c’est à la fois très émouvant et symboliquement très fort. Les enfants avec lesquels j’ai pu échanger étaient très fiers de leurs racines, mais aussi très fiers d’apprendre et de parler le français. Je me suis également rendue au sein de l’alliance française de Limassol. Un lieu extraordinaire qui sert la promotion de la langue et de la culture française. Expositions, événements sportifs, concours, projections de film… je dis à tous les résidents de Chypre : l’alliance française est votre maison !
Quels sont aujourd’hui les défis auxquels font face les jeunes Français de l’étranger sur les questions liées au numérique ?
Le numérique est probablement l’un des plus grands défis éducatifs et sociétaux de cette génération. Pour les jeunes Français de l’étranger, il peut être à la fois un formidable outil d’ouverture sur le monde et un facteur de fragilité très important. Le numérique est souvent leur principal lien avec la France, avec leurs amis, leur famille, leur culture ou leur langue. Les réseaux sociaux, les plateformes vidéo, les jeux en ligne ou les messageries occupent une place énorme dans leur quotidien. Mais cette hyperconnexion peut aussi générer de nouvelles formes de vulnérabilité : cyberharcèlement, exposition à des contenus violents, désinformation, dépendance aux écrans, isolement social ou pression permanente liée à l’image de soi.
Sarah El Haïry : "Chaque enfant libéré est une victoire pour nos sociétés"
Nous voyons aussi émerger des phénomènes très préoccupants chez les adolescents : anxiété liée aux réseaux sociaux, perte de confiance, troubles du sommeil, difficulté de concentration ou banalisation des violences verbales en ligne. Ce sujet touche toutes les familles, quel que soit leur milieu social ou leur pays de résidence. C’est précisément pour cela que les échanges avec les élèves sont si importants. Aujourd’hui, de nombreux enfants se sont confiés et m’ont dit jouer à Roblox, par exemple. La sensibilisation est essentielle tant l’on sait que Roblox est un repaire de pédocriminels.
Nos enfants ne veulent pas uniquement qu’on leur impose des règles ; ils veulent être écoutés et associés aux solutions. Il faut leur apprendre à développer leur esprit critique, à reconnaître les mécanismes de manipulation, à protéger leur vie privée et à construire une relation plus saine avec les écrans.

Quels messages souhaitez-vous porter auprès des communautés francophones et expatriées présentes à Chypre ?
Le premier message est un message de confiance et de proximité : la France n’oublie pas ses enfants à l’étranger. Les communautés françaises et francophones installées à Chypre participent pleinement au rayonnement de notre pays, de notre langue et de nos valeurs. Elles font vivre au quotidien une certaine idée de l’Europe : ouverte, multiculturelle et attachée à l’éducation.
Les parents sont les premiers repères des enfants dans un monde qui va extrêmement vite.
Le deuxième message est un message de vigilance collective autour de l’enfance. Nous traversons une période où les fragilités des enfants et des adolescents augmentent partout : santé mentale, solitude, exposition précoce aux écrans, violences en ligne, etc. Aucun pays européen n’est épargné. Face à cela, nous devons remettre l’enfance au centre des priorités publiques. Les parents sont les premiers repères des enfants dans un monde qui va extrêmement vite. L’accompagnement, le dialogue et la transmission de repères deviennent fondamentaux face aux bouleversements numériques et sociaux.
Sarah El Haïry alerte sur les dérives du numérique, « un enjeu de santé publique »
La protection de l’enfance ne peut plus être pensée uniquement à l’échelle nationale. Qu’il s’agisse de la lutte contre la pauvreté infantile, de la protection des mineurs sur les plateformes numériques, nous avons besoin d’une coopération européenne beaucoup plus forte et beaucoup plus concrète. L’Europe ne doit pas être seulement un marché ou un espace économique. Elle doit être un espace où chaque enfant, quelle que soit son histoire ou son pays de résidence, peut grandir en sécurité, avec des droits effectifs et de vraies perspectives d’avenir. À Chypre comme partout en Europe, un enfant ne doit jamais avoir moins de droits parce qu’il vit loin de son pays !
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