Édition internationale

50 ans Petit Futé : comment les habitudes de voyage redessinent le tourisme français

Né à Nancy en 1976, Le Petit Futé fête cette année ses 50 ans. Un demi-siècle d’existence pour une marque qui a traversé les révolutions du voyage, du guide papier à l’intelligence artificielle, sans renoncer à ce qui constitue son ADN : le terrain.

norvegenorvege
voyage en norvège
Écrit par Capucine Canonne
Publié le 23 juin 2026, mis à jour le 28 juin 2026

 

« Un petit guide pour acheter des jeans pas trop chers, trouver les bonnes adresses du week-end ou dénicher les premiers ordinateurs accessibles aux étudiants. » C'est ainsi que Jean-Paul Labourdette raconte la naissance du Petit Futé en 1976 à Nancy. Cinquante ans plus tard, la petite publication étudiante est devenue un acteur majeur de l'information touristique francophone. Guides papier, site Internet revendiquant 80 millions de visiteurs annuels, couverture de 192 pays…L'entreprise familiale a changé d'échelle sans abandonner son indépendance. Mais derrière la célébration de cet anniversaire, c'est aussi une photographie du voyage en 2026 qui se dessine.

 

 

50 ans du petit futé en juin 2026

 

 

Avec le Petit Futé, le papier résiste et le numérique domine

Le véritable tournant du Petit Futé  intervient en 1991 avec le lancement des guides de voyage. Premier opus : New York. Une ambition suit rapidement, celle de couvrir l’ensemble du globe. Selon Jean-Paul Labourdette, Le Petit Futé référence aujourd’hui 192 États sur les 195 reconnus au niveau international. La stratégie éditoriale est assumée, y compris sur des destinations réputées difficiles d’accès. L’Afghanistan ou encore la Corée du Nord figurent ainsi dans un catalogue qui revendique une approche universelle du voyage.

 

« Le guide papier reste un compagnon de voyage ». 

 

Au fil des années, le paradoxe du Petit Futé s’installe : continuer de défendre le guide papier tout en devenant un acteur numérique. Jean-Paul Labourdette le concède, les ventes de guides imprimés ne représentent plus que 20 % des revenus du groupe et leur érosion se poursuit. L’objet conserve une valeur symbolique forte. « Le guide papier reste un compagnon de voyage ». 

Dans le même temps, le groupe revendique une transformation numérique réussie. Son site internet aurait accueilli 80 millions de visiteurs en 2025, faisant du Petit Futé l’un des principaux acteurs francophones de l’information touristique. La stratégie repose sur un principe simple : rendre l’intégralité du contenu accessible gratuitement afin de générer de l’audience et de la monétiser via des partenariats touristiques.

 

 

voyage en Islande
voyage en Islande

 

Une singularité revendiquée : les auteurs locaux

Face à l’uniformisation des contenus de voyage, Le Petit Futé continue de mettre en avant son réseau d’auteurs implantés sur les territoires. « La personne qui fait le guide “New York” vit à New York toute l’année », souligne Stéphan Szeremeta, Directeur éditorial Petit Futé. Même logique pour l’Algérie, Dubaï ou d’autres destinations : les rédacteurs connaissent les lieux parce qu’ils y vivent ou y entretiennent un lien fort. Et cette expertise locale constitue aujourd’hui encore l’argument central de l’éditeur face à la concurrence des plateformes numériques et de l’intelligence artificielle.

 

Il y a 80 millions de personnes qui viennent sur Internet chaque année se renseigner sur la France

 

voyage en bolivie
voyage en bolivie 

 

Les Français redécouvrent la France

La France retrouve des couleurs. La demande liée aux destinations françaises progresse de plus de 10 %. Toutes les régions seraient orientées à la hausse, à l’exception de la Corse : « C’est la première destination de notre trafic sur Internet. Il y a 80 millions de personnes qui viennent sur Internet chaque année se renseigner sur la France.» 

Cette tendance traduit selon l’éditeur un changement profond de comportement. L’inflation persistante, les incertitudes géopolitiques et les arbitrages budgétaires poussent les voyageurs à privilégier des séjours plus proches et plus courts. « Les individus retardent leurs décisions de voyage le plus tard possible », observe Stéphan Szeremeta. Le phénomène profite aux courts séjours, aux escapades régionales et à une forme de tourisme de proximité longtemps considérée comme secondaire.

À l’inverse, plusieurs destinations traditionnellement plébiscitées enregistreraient un recul : c'est le cas de l’Espagne, l’Italie, le Portugal, la Grèce ou encore le Maroc. L’équipe Le Petit Futé y voit l’effet combiné de plusieurs facteurs : hausse des prix, saturation touristique et lassitude vis-à-vis de certaines destinations devenues emblématiques du surtourisme.

 

Quand le surtourisme tue le voyage, autopsie d’un monde pris d’assaut

 

 

voyage en bulgarie
voyage en bulgarie

 

 

Le Nord a le vent en poupe et le Vietnam en star inattendue de 2026 

Il y a un autre enseignement intéressant que l’on pourrait noter : l’émergence d’un tourisme lié aux températures plus fraîches. La Finlande, la Norvège, la Suède ou la Suisse gagnent en attractivité auprès des voyageurs français. Une conséquence directe des épisodes caniculaires à répétition observés en Europe du Sud.

 

« Les voyageurs préparent leur expérience avant l’hébergement »

 

À l’international, l’Asie retrouve également sa dynamique. Le Vietnam apparaît comme l’une des destinations les plus performantes, avec une progression annoncée de plus de 38 %. Pour Le Petit Futé, le pays bénéficie à la fois d’une image de destination sûre, d’une accessibilité croissante et d’un effet de report après l’engouement massif observé pour le Japon ces dernières années. « Le Vietnam coche toutes les cases », résume Stéphan Szeremeta. La Corée du Sud et le Japon restent également bien positionnés, tandis que la Chine pourrait selon eux constituer la prochaine grande dynamique touristique.

 

C'est un tourisme plus authentique. Ce sont de nouvelles vacances, une période de tranquillité 

 

voyage en tanzanie
voyage en tanzanie

 

« Les voyageurs préparent leur expérience avant l’hébergement », commente le directeur éditorial. Autrement dit, on économise mais on continue de dépenser pour vivre quelque chose d’unique. Cette évolution nourrit la stratégie éditoriale du Petit Futé. « Faire un pas de côté » évoque-t-on. « On identifie un tourisme expérientiel : on va aller à la ferme, on va aller faire une balade, de la randonnée. C'est un tourisme plus authentique. Ce sont de nouvelles vacances, une période de tranquillité »

Et puis, l’intelligence artificielle s’est naturellement invitée dans les échanges. Sans nier son utilité, l’équipe Le Petit Futé défend la valeur du regard humain pour - par exemple - dénicher l’adresse confidentielle, comprendre les dynamiques locales ou identifier les territoires émergents. N’oublions pas que depuis 50 ans maintenant, le terrain reste son principal avantage concurrentiel. Et peut-être aussi sa meilleure promesse pour les cinquante prochaines années.

 

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