Ma mémé du Népal est le fruit de la rencontre entre Ram Puri, guide népalais francophone, et Bernard Sasia, chef monteur et réalisateur français. Bernard visionne les images tournées par Ram au fil de ses marches dans l’Himalaya, c’est à ce moment-là qu'il découvre le visage de sa propre « Mémé ». De leurs échanges naît un documentaire-fiction de 90 minutes sur un Népal confronté aux bouleversements de son époque.


Un film né d’une rencontre et d’images partagées
Tout commence par une amitié. Celle qui se noue entre Ram Puri, guide népalais francophone, et Bernard Sasia, chef monteur et réalisateur français. Les deux hommes se rencontrent en 2019, lors d’un trek au Népal. Très vite, une véritable complicité s’installe entre eux. Ram raconte son pays, Bernard partage son expérience du cinéma et son regard de Français sur cette société qu’il découvre. De cette relation naît progressivement l’idée d’un film.
En 2021, lors d’un nouveau trek, le projet prend véritablement forme. Ram dispose déjà de nombreuses images tournées à travers le Népal. De retour en France, Bernard découvre ces séquences et propose de les valoriser en les intégrant dans un récit cinématographique. « De nos échanges est née l’idée de mélanger nos deux savoir-faire : mes images tournées lors de mes différentes marches à travers le Népal et ses compétences cinématographiques, pour en faire un film racontant le Népal », explique Ram Puri.
La collaboration se poursuit ensuite à distance, entre Katmandou et Paris. Ram envoie ses images à Bernard, qui les visionne, les questionne et les monte. Des visioconférences permettent aux deux hommes de confronter leurs regards et de préciser le contexte de chaque séquence. « Il me posait des questions pour bien comprendre les sujets abordés. Il me donnait son avis et je lui répondais en direct », raconte Ram. Même les sous-titres sont travaillés à distance. Une manière de créer ensemble tout en limitant leurs déplacements en avion, une démarche qui fait écho aux préoccupations environnementales du film.
Le titre, lui, vient de Bernard Sasia. Le mot « mémé » évoque pour le réalisateur ses propres racines et une certaine culture française aujourd’hui moins présente dans le langage courant. En découvrant les images de Ram, il croit retrouver dans certaines femmes filmées la figure de sa propre grand-mère et se replonge dans son enfance. Le titre devient alors un hommage à sa « Mémé », mais aussi à toutes les grands-mères du monde.
Dans le film, la « mémé » n’est d’ailleurs pas une personne unique. Elle prend les traits de plusieurs femmes croisées par Ram : gérantes d’hôtel, bergère, étudiante ou agricultrice. Pour le guide, elles représentent une partie essentielle de la société népalaise. « Les femmes sont souvent celles qui préservent notre culture et grâce à qui les traditions sont transmises », souligne-t-il. Elles deviennent ainsi les dépositaires d'une mémoire destinée à être transmise aux générations futures.

Ram Puri, raconter le Népal de l’intérieur
Né dans une ferme de montagne, de parents agriculteurs, Ram Puri quitte son village pour Katmandou afin d’y étudier le journalisme et de trouver un emploi. La montagne reste pourtant au cœur de son parcours. « Je suis né dans les montagnes, j’aime la montagne et je voulais pouvoir vivre grâce à elle », explique-t-il. Le métier de guide lui permet également de partager sa culture et de rencontrer des personnes venues du monde entier. Depuis 2015, il dirige sa propre agence de voyages et de treks à Katmandou et participe à la formation de nouveaux guides.
La caméra s’impose progressivement dans cette vie de guide. Ram achète son premier appareil photo numérique pour créer des vidéos et promouvoir ses treks, mais il s’oriente rapidement vers une approche plus documentaire. Il commence à photographier, filmer et interroger les populations rencontrées au cours de ses marches. « Je trouve que la vidéo est un média très vivant et une bonne façon de transmettre l’état d’esprit des gens, leur culture et leur mode de vie », explique-t-il.
Son métier de guide influence directement sa manière de filmer. Il connaît les territoires, mais surtout les populations qu’il rencontre. Cette relation de confiance lui permet d'accéder à des communautés reculées et de recueillir plus facilement leurs témoignages. « Les gens me connaissaient en tant que guide, ils me faisaient confiance », souligne-t-il, estimant que cette position lui permet également de conserver un regard aussi neutre que possible.
Grâce à la langue française, j’ai pu travailler et rester au Népal
Une passerelle entre le Népal et la France
La langue française constitue un autre fil conducteur de son parcours. Apprise à l’université puis au contact des touristes francophones, elle lui a permis de rester travailler au Népal et de nouer des liens durables avec la France. « Grâce à la langue française, j’ai pu travailler et rester au Népal », explique-t-il. La francophonie a également ouvert une voie à ses deux frères, qui ont à leur tour appris le français et poursuivi des études ou travaillé dans des pays francophones.
Avec les voyageurs qu’il accompagne, la relation dépasse souvent le cadre professionnel. « La plupart arrivent comme de simples voyageurs et repartent la plupart du temps en tant qu’amis », confie-t-il. C’est précisément ce qui s’est produit avec Bernard Sasia.
Lors de leur premier trek, le Français ne se contente pas de questions touristiques. Il cherche constamment à comparer les réalités françaises et népalaises. À la fin du voyage, les deux hommes décident de poursuivre ce dialogue. « C’est surtout une amitié qui se renforce au fil de notre travail autour de ce film », résume Ram.
Cette relation devient finalement l’un des fils rouges du projet. Ram fait découvrir son pays à Bernard, tandis que le réalisateur l’amène à porter un regard différent sur sa propre culture. Pour le guide, cette relation avec les étrangers, comme celle qui s’est construite avec Bernard, constitue ce qu’il appelle « la belle mondialisation ».
Raconter un pays en pleine transformation
À travers ses images, Ram Puri documente un Népal en pleine mutation. Sur le plan environnemental, les changements sont particulièrement visibles. Depuis une vingtaine d’années, il constate le recul des glaciers, le débordement de certains lacs d’altitude sous l’effet de la fonte des glaces et les dégâts provoqués dans les villages situés en contrebas. Les agriculteurs doivent également modifier leurs cultures pour s’adapter aux nouvelles conditions climatiques, tandis que la diminution des pâturages entraîne une raréfaction des yaks et pousse certains bergers à descendre vers les villes.
Les transformations sont également sociales et économiques. De plus en plus de Népalais partent à l’étranger pour travailler ou étudier, souvent sans revenir. Dans le même temps, le pays connaît des évolutions positives : davantage d’enfants sont scolarisés, l’accès aux soins progresse et les routes désenclavent progressivement certaines régions.
Pour les guides aussi, le métier évolue. Les nouvelles technologies permettent d’améliorer les prévisions météorologiques et le suivi des itinéraires. L’arrivée des pistes et des routes a modifié certains parcours de trek et ouvert l’accès à de nouvelles vallées. Dans le même temps, les visiteurs recherchent toujours l’authenticité, tout en étant attachés à leur confort.
Ces évolutions traversent directement le film. Le Népal n’y apparaît pas comme une montagne figée dans le temps, mais comme un pays confronté aux effets du changement climatique, aux transformations économiques et à l’exode d’une partie de sa jeunesse.
Le Népal, c’est entreprendre un voyage en soi-même, dans son histoire, l’histoire de sa famille, de sa Mémé, de son pays
Ma mémé du Népal, un film entre voyage et introspection
Pour Bernard Sasia et Ram Puri, raconter le Népal ne consiste pas seulement à montrer les sommets de l’Himalaya. Le film invite à redécouvrir la marche comme une expérience humaine, faite de rencontres et d’apprentissage. « Marcher sur les chemins népalais, avec les locaux, c’est la possibilité de rencontres extraordinaires », explique Ram, qui voit dans le trek une manière d’apprendre autant sur l’écologie que sur la spiritualité, l’agriculture ou l’élevage.
Le voyage devient alors un cheminement intérieur. « Le Népal, c’est entreprendre un voyage en soi-même, dans son histoire, l’histoire de sa famille, de sa Mémé, de son pays », résume-t-il. Le film aborde également, sans détour mais avec sensibilité, certaines questions de société, comme la polyandrie, les difficultés rencontrées par certaines femmes ou encore les aspirations d’une jeunesse confrontée aux bouleversements politiques et sociaux.
Cette réflexion s’étend aux modèles de développement. Ram interroge notamment notre dépendance aux énergies fossiles et évoque la possibilité de retrouver certains savoir-faire agricoles plus autonomes. « Une charrue en bois tractée par des yaks fonctionne sans essence. Elle peut être réparée sans avoir besoin d’importer des pièces détachées ni de recourir à des tracteurs fabriqués à l’étranger », observe-t-il.
Le guide se montre également attaché à l’indépendance de son pays. Il rappelle que le Népal n’a jamais été colonisé et souhaite qu’il puisse conserver sa souveraineté. Mais entre l’Inde et la Chine, le maintien de l’identité népalaise constitue selon lui un défi. Il voit cependant dans cette position géographique une possible opportunité économique. « Le Népal a toujours été un lieu de passage entre le Nord et le Sud, pour les marchands comme pour les idées », rappelle-t-il.
Pour lui, l’enjeu est désormais de parvenir à valoriser les ressources du pays tout en évitant que sa jeunesse ne soit contrainte de partir. Le savoir-faire traditionnel, estime-t-il, est menacé mais reste présent dans les montagnes. Il pourrait, selon lui, être utile bien au-delà des frontières du Népal, à condition de ne pas disparaître dans une mondialisation qui tend à uniformiser les modes de vie.
Ram souhaitait accorder une place particulière à la musique. Pour la bande originale du film, il a choisi Kutumba, un ensemble de musiciens formé à Katmandou qui se consacre à la préservation et à la valorisation de la musique traditionnelle népalaise. À travers ses instruments traditionnels, le groupe mêle mélodies ancestrales et arrangements contemporains pour créer une véritable toile sonore, à la fois fascinante et empreinte d’une dimension presque spirituelle. Elle accompagne les paysages et les rencontres du film tout en renforçant son ancrage culturel. Un choix qui contribue à faire entendre, autant qu’à montrer, le Népal.
Un regard universel
Au-delà du récit consacré au Népal, Ma mémé du Népal cherche finalement à provoquer la curiosité. Le film s’adresse à un public international et pourrait également, selon Ram, être montré au public népalais dans une version adaptée. Il estime lui-même avoir beaucoup appris de ses conversations avec Bernard, comme il apprend de ses échanges avec les voyageurs qu’il accompagne.
C’est peut-être là que réside le véritable propos du film. Les cultures ne sont pas présentées comme des mondes séparés, mais comme des réalités capables de se répondre et de s’enrichir mutuellement.
« J’aimerais que le film donne envie d’être curieux, de découvrir ce qui est différent », confie Ram. Pour lui, voyager signifie avant tout « échanger, écouter, manger autrement, marcher autrement, vivre autrement », même lorsque les points de vue divergent.
Dès lors, la question du passé et de l’avenir devient centrale. Ram résume ainsi l’esprit du projet : « Quand un monteur de cinéma rencontre un guide népalais, leurs Mémés népalo-piémontaises deviennent notre passé et notre avenir. » Interrogé sur ce que représente cette formule, il précise que le film parle avant tout de l’avenir, mais d’un avenir qui ne peut se construire sans la connaissance du passé. « L’avenir se construit à partir de ce qui existe déjà », rappelle-t-il.
Expatriation au Népal, “un vivre ensemble unique au monde"
Comment voir Ma mémé du Népal ?
Dans le cadre de sa tournée estivale 2026, le film documentaire « Ma mémé du Népal » a été projeté le 3 août à Saint-Cirq-Lapopie, dans le Lot, puis le 10 août à Oursbelille, dans les Hautes-Pyrénées, avant une dernière projection le 14 août à Canillo, en Andorre. Ces séances étaient accompagnées d’échanges avec Ram Puri autour de son expérience du tournage, du documentaire et de son regard sur le Népal.
Le film devrait désormais poursuivre son parcours. Ram Puri espère notamment pouvoir le présenter dans des festivals consacrés au cinéma de montagne.
Pour suivre l’actualité de « Ma mémé du Népal » et découvrir les prochaines dates et lieux de projection, retrouvez Ram Puri sur sa page Facebook.
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