Édition internationale

Une histoire volée des transidentités pour combattre les préjugés

La transidentité n’est pas un phénomène de mode. Il suffit de lire quelques pages de l’ouvrage Transidentités, une histoire volée d’Axel Leotard pour s’en conforter. Ce livre, publié chez la Musardine, traite pour la première fois de l’histoire des transidentités en soulignant les combats bien actuels en France pour la reconnaissance des transitions de genre mais également contre les idées véhiculées contre les personnes transidentitaires par les groupes extrémistes. « Je n’aurais pas pu imaginer qu’il y aurait une telle volonté de désinformation sur la question », nous confie l’auteur.

Axel Leotard auteur de transidentités, une histoire voléeAxel Leotard auteur de transidentités, une histoire volée
Axel Leotard auteur de Transidentités, une histoire volée
Écrit par Damien Bouhours
Publié le 20 juin 2023, mis à jour le 23 juin 2023

Qu’est-ce qui vous a amené à vous pencher sur l’histoire de la transidentité ?

J’ai écrit deux ouvrages sur le sujet, en 2009 et 2012. En 2009, « Mauvais Genre » publié aux éditions Hugo & Cie dévoilait à travers un parcours de transition la maltraitance médicale et institutionnelle de l’époque. En 2009, la transidentité était encore psychiatrisée et la stérilisation à travers les réassignations sexuelles étaient obligatoires pour obtenir un changement d’état-civil en France.

 

À cette époque, je faisais partie des quelques personnes qui négociaient la dépsychiatrisation, avec pour ferme intention de négocier ensuite l’abrogation de la stérilisation et la facilitation du changement d’état-civil. Ce livre était avant tout un outil politique et une façon de porter à la connaissance du plus grand nombre une réalité qui semblait laisser indifférent l’ensemble de la classe politique.

 

« Osez changer de sexe », écrit en 2012, était destiné à dédramatiser et vulgariser la question. La dépsychiatrisation avait été obtenue, des négociations en vue de parvenir à un cadre législatif pour le changement d’état-civil, jusque-là soumis à la jurisprudence, étaient en cours.

 

« Transidentité, une histoire volée » est le troisième. Je ne pensais pas après avoir écrit « Osez… » être amené à en écrire un troisième, je n’aurais pas pu imaginer en 2012 qu’un jour, il y aurait une telle volonté de désinformation sur la question et un tel laisser faire de la part des pouvoirs publics. Pas plus que je n’aurais imaginé l’amorce d’une telle régression du droit des personnes transidentitaires et des femmes dans différents pays dit développés, dont la France prend doucement (mais sûrement) le chemin.

 

L’expatriation LGBT : orage ou arc-en-ciel ?

 

Est-ce que vous avez été surpris par les résultats de vos recherches ? 

Oui et non à la fois. Il y a une telle poussée de mouvements conservateurs voire extrêmes que je m’attendais de toute façon à passer de la découverte d’une aberration à une autre, mais je ne pensais pas qu’au long cours la presse relaierait voire donnerait du souffle à de tels mouvements sans vérifier pour autant les informations que ces derniers véhiculent comme des vérités.

 

La reine d'Itaewon, plongée au coeur de la communauté LGBTQ+ à Séoul

 

Depuis la loi de modernisation des dispositions relatives au changement d’état-civil de 2016, est-ce que la question de la transidentité est réellement reconnue dans toute sa complexité par l’Etat français ? 

Non et c’est bien là que naissent et se cristallisent les problèmes. Si la loi donne un cadre au changement d’état-civil, elle n’en donne ni les réelles modalités (toujours laissées à l’appréciation du juge…), ni les moyens, et n’adapte ou ne crée en aucun cas l’espace social ou même administratif qui légitime les identités qu’elle reconnaît. Aujourd’hui, le cadre légal permet à un être humain dont l’état-civil est masculin de pouvoir porter et mettre au monde un enfant, pourtant presque huit ans après la loi, cet état n’est toujours ni reconnu, ni codifié pour la sécurité sociale, et cet exemple n’est qu’un parmi une multitude.

 

On ne peut que constater sur ces quinze dernières années, un recul des maigres avancées obtenues au début des années 2000

 

Est-ce que vous voyez comme au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, un recul en France sur les questions de transidentité et des droits des personnes transgenres ? 

Dire que je le vois ou que j’y assiste est un euphémisme. On ne peut que constater sur ces quinze dernières années, un recul des maigres avancées obtenues au début des années 2000 et ce dans tous les pays dits développés ou riches (Etats-Unis, Angleterre, Suède, Autriche, Pologne, Italie, France…) On voit dans tous ces pays un recul ou une remise en question des droits des personnes transidentitaires accompagné d’une tentative de repathologisation, alors même que depuis 2019 la question a été déspychiatrisée par l’OMS. Et ce recul se fait parallèlement à celui des libertés individuelles, des libertés de la presse et accompagne la montée d’un conservatisme qui devient de plus en plus dominant dans tous ces pays, faisant la part belle à un féminisme essentialiste que l’on croyait révolu, comme on croyait révolus les mouvements fascistes.

 

Il y a urgence à construire un vivre-ensemble.

 

Est-ce que l’Etat français devrait prendre exemple sur d’autres pays où la cause transidentitaire est davantage considérée ? 

Je ne sais pas s’il y a réellement un exemple à prendre, mais je sais qu’il y a urgence à construire un vivre-ensemble.

Du jour au lendemain, ou presque, des êtres humains que la religion d’abord, la construction sociale ensuite, a toujours considérés comme « diaboliques »,« pervertis » ou « mentalement malades » ont été reconnus (par la force des choses…) comme des êtres humains à part entière jouissant socialement des mêmes droits, et même devoirs que les autres. Il faut un peu de temps et beaucoup de bonne volonté pour admettre et adapter une société jusque-là binaire à une réalité qu’elle imagine nouvelle et qui a toujours été ternaire. Si le temps n’a pas manqué depuis la loi prononcée en 2016 sur la modernisation changement d’état civil  (huit ans…), on ne peut pas en dire autant de la volonté politique à se saisir et à intégrer tant la question que la population.

damien bouhours
Publié le 20 juin 2023, mis à jour le 23 juin 2023
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.