Alors que la dette publique mondiale atteint des niveaux importants partout dans le monde, tous les pays ne sont pas égaux face à la dette. Si des économies très endettées comme la France, les États-Unis ou le Japon n’inquiètent pas davantage les experts, à l’inverse, les pays émergents rencontrent des difficultés liées à leurs monnaies locales.


Le monde entier s’endette à vue d’œil. Le dernier rapport du Fonds monétaire international (FMI) du 14 octobre 2025 est sans appel : la planète s’approche progressivement du seuil le plus élevé de dettes publiques depuis 1948.
À travers le monde, des pays émergents peuvent parfois être aussi endettés que des pays plus développés alors que l’inquiétude face à cette dette est très différente. Les États-Unis, le Canada, ou encore la France sont très endettés selon le FMI. Pourtant leur situation face à la dette n’est pas inquiétante, puisqu’ils remboursent en dollars ou en euros. À l’inverse, la dette concernant des pays émergents, comme le Brésil, l’Argentine, la Chine ou encore l’Inde, est davantage dangereuse pour la dette publique mondiale.
La véritable difficulté de la dette des pays en développement
Les pays émergents rencontrent des difficultés auxquelles ne sont pas confrontés les pays développés : le problème des devises. Ces pays doivent très souvent obtenir des titres de créance dans une autre monnaie que la leur, pour rembourser leurs dettes. C’est le cas des pays qui ne possèdent ni l’euro ni le dollar. « La dette publique exprimée en devise est alors beaucoup plus périlleuse, explique Jonathan Marie, professeur d’économie à l’IHEL Crédat, Institut de Hautes Études sur l’Amérique Latine de l’Université Sorbonne Nouvelle. Il faut, pour faire face aux exigences des créanciers, pour rembourser ou pour faire rouler cette dette, être capable d'obtenir à nouveau des devises.»
En plus de cela, si la monnaie locale de ces pays perd en valeur ou est dépréciée vis-à-vis de la devise, l’endettement de ces pays est encore plus important. Jonathan Marie insiste sur cette différence fondamentale entre les pays qui peuvent s’endetter dans leur propre monnaie et ceux qui peuvent s’endetter uniquement en devise : « Un pays qui s'endette en devise fait face à des risques vis-à-vis de sa dette publique beaucoup plus importants que ceux des pays qui s'endettent dans leur propre monnaie.»
C’était le cas de l’Argentine, qui avait besoin d’obtenir des crédits et a été soutenue financièrement par les États-Unis : « Les créanciers internationaux disent : “Ok, pour t'apporter ce crédit, par contre, le contrat de dette sera libellé en dollars. On t'apporte des dollars ; tu seras endetté en dollars ; tu devras nous payer des intérêts en dollars et nous rembourser en dollars.”»
La dette française explose et devient la troisième plus élevée d’Europe
Les marchés financiers fonctionnent de cette manière avec les pays émergents puisqu’ils sont habitués à ce que leur monnaie locale perde en valeur vis-à-vis des monnaies plus stables. « A priori, les pays développés et ceux qui ont leur monnaie au sommet de la hiérarchie des monnaies dans le système monétaire international n’ont aucune contrainte pour financer leur dette publique respective », explique à la rédaction le professeur Jonathan Marie.
Les cas du Japon et du Soudan, deux pays extrêmement endettés
Le Japon connaît la dette la plus conséquente du monde à hauteur de 229,6 % de son PIB en 2025, selon le FMI. Cependant, la dette japonaise n’inquiète pas vraiment puisque celle-ci est détenue localement au Japon par des fonds de pension, des ménages et la banque du pays. Cette gestion de la dette limite le risque de crise puisque ce sont les Japonais qui détiennent la dette et non des investisseurs étrangers. De plus, le Japon libelle dans la monnaie du gouvernement et n’est donc pas en difficulté pour rembourser sa dette.
En comparaison, le Soudan est, quant à lui, endetté à hauteur de 222 %, selon Visual Capitalist, soit plus du double de son PIB en 2025. La situation financière du Soudan est très inquiétante puisqu’il se trouve en surendettement avec un accès limité à l’emprunt. La dette du pays est détenue en grande majorité par des créanciers bilatéraux. Sur le long terme, la dette du Soudan pourrait diminuer mais rester très importante, à hauteur de 176 % du PIB en 2027, estime Trading Economics d’après ses modèles économétriques.
Ainsi, les pays émergents creusent davantage la dette publique mondiale, non pas à cause de leurs niveaux d’endettement (puisque des pays développés sont tout aussi endettés), mais par la fragilité de leurs économies. Cette dette est plus vulnérable, sensible aux chocs financiers internationaux et susceptible d’aboutir à des crises. C’est précisément cette vulnérabilité qui fragilise l’équilibre financier et la dette publique mondiale.
Sur le même sujet







































