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L'Opéra Comique ou la Belle Epoque à Paris

Par Raphaëlle Choël | Publié le 17/12/2018 à 17:30 | Mis à jour le 18/06/2019 à 10:11
Photo : La salle Favart DR Stephan Brion
opera Comique Favart

Alice Bloch est l’âme de l’Opéra Comique où elle travaille depuis plus de 25 ans déjà. Elle en connaît chaque recoin, toutes les histoires, et ne se lasse jamais de raconter les nombreuses anecdotes venues nourrir la vie de cette merveilleuse institution. Rencontre avec une ambassadrice passionnée amoureuse de son travail.

 

Façade Opéra Comique
Façade de l'Opéra Comique DR RMN-René-Gabriel Ojeda

lepetitjournal.com : Comment décririez-vous l'Opéra Comique à un étranger qui ne connaît pas bien Paris ?

Alice Bloch : L’Opéra Comique est  à la fois un lieu et un genre. Il est l’une des trois plus anciennes institutions théâtrales de France avec l’Opéra de Paris et la Comédie-Française. Sa particularité est de s’est créé par son répertoire dont il porte le nom. Comique est à prendre dans le sens comédie dramatique.

L’Opéra Comique, c’est aussi la Belle Epoque à Paris. Ce théâtre de 1898 a été récemment restauré par l’Etat français avec la participation du World Monuments Found pour son foyer, doté du plus beau décor réalisé en France dans les années 1900. C’est en Europe le premier théâtre construit avec un équipement entièrement électrique, suite à sa destruction en 1887 dans un incendie dû au gaz. Sa décoration, typique de l’évolution des techniques et du goût à l’aube du 20e siècle, célèbre avec luxe et élégance la vitalité de la musique française.

En même temps, l’Opéra Comique est un témoin du Paris pré-révolutionnaire : les volumes du bâtiment et de la salle de spectacle, son orientation dos au boulevard des Italiens et son périmètre urbain n’ont pas changé depuis l’édification de son premier théâtre en 1783. L’Opéra Comique offre à ses visiteurs un voyage dans le temps !

Et il est le théâtre qui a produit les ouvrages français les plus joués au monde aujourd’hui : Carmen, Les Contes d’Hoffmann, Manon, Lakmé, Pelléas et Mélisande

De par sa taille idéale (1100 places), et son côté intimiste, il est un lieu où je me sens bien et que j’ai cœur à accompagner.

 

Alice Bloch Opera Comique
Alice Bloch, DR Maxime Gueudet

Vous travaillez à l'Opéra Comique depuis 25 ans, racontez-nous un de vos plus beaux souvenirs. En quoi consiste votre travail au quotidien?

Les souvenirs sont forcément nombreux, professionnels, mais aussi personnels. Chaque spectacle est un merveilleux souvenir en soi ; celui d’avoir contribué à construire une histoire qui est donnée à voir et à entendre. Si chaque projet est unique, tous ont pour point commun d’être un peu comme un voyage, une traversée…L’Opéra Comique est aussi le théâtre où j’ai rencontré mon mari !

Mon activité quotidienne consiste à faire rayonner l’institution en France et à l’étranger. Mes cibles sont la presse nationale et internationale, tous supports confondus : presse écrite, radio, télévision, internet.

Il y a donc un volet purement institutionnel, mais aussi une forte une activité liée à la promotion de chacun des spectacles de la saison (opéras, récitals, concerts). Parallèlement, je m’investis sur des projets transversaux (sorties de DVD, restauration du Foyer, expositions, vente de costumes...). Depuis peu, nous avons créé une Maîtrise d’enfants qui constitue un nouvel axe de développement des relations presse.
 

Comment vous distinguez-vous des autres Opéra de la scène parisienne?

La plus belle acoustique de Paris, une passion gourmande pour le répertoire français, une belle relation de fidélité avec les meilleurs interprètes solistes, chœurs et orchestre de France, un atelier costumes digne d'une maison de couture parisienne, une équipe soudée et accueillante, de l'exigence, de l'inventivité et de l'humour.

Les amateurs d'opéra identifient à coup sûr un spectacle de l'Opéra Comique, ce qui nous permet aujourd'hui d'être l'opéra français qui rallie le plus grand nombre de coproducteurs, et celui qui fait le plus tourner ses spectacles dans le monde. Olivier Mantei, le directeur de l’Opéra Comique, défend l’idée que l’opéra d’aujourd’hui doit ouvrir grand les portes sur son époque, multiplier les créations pour toucher un nouveau public.

Rappelons aussi que de par son histoire, l’Opéra Comique a toujours été un théâtre à l’esprit frondeur ! A ses débuts (en 1714), il doit s’imposer entre deux scènes royales, la Comédie Française et l’Opéra (Académie royale de musique) qui détiennent chacune le monopole de leur genre, déclamé pour l’une, chanté et dansé pour l’autre. L’Opéra Comique crée ainsi un spectacle mi-chanté, mi-parlé. Il verse une lourde redevance à l’Opéra, recourt parfois à la pantomime et fait aussi chanter le public lorsqu’il ne subit pas des périodes de fermeture. Mais ses spectacles légers et parodiques séduisent un public croissant.

Aujourd’hui, la spécificité de l’Opéra Comique, c’est cet héritage. On pourrait même presque dire que cette alternance de parlé/chanté fait de lui l’ancêtre de la comédie musicale !

Comment définiriez-vous la richesse de la programmation de l'Opéra Comique ?

Historiquement, l'Opéra Comique est une institution des Lumières, ouverte à la société dans toute sa diversité, toutes générations confondues. Aujourd'hui, sa programmation reflète ce caractère fondateur : des productions lyriques pointues voisinent avec des concerts participatifs, la création contemporaine avec des colloques patrimoniaux, des spectacles jeune public avec du cabaret subversif, des visites chantées du bâtiment avec du cinéma, etc. Toutes les occasions sont bonnes pour ouvrir au public les portes de ce théâtre public : weekends familiaux, sorties scolaires, séminaires étudiants, accessibilité pour les personnes souffrant de handicaps... 


En voici quelques exemples :

45 mn avant chaque représentation d’opéra, le public est invité à une introduction pour tout savoir du spectacle en un quart d’heure ou à un rendez-vous décomplexé pour apprendre quelques airs de l’opéra qu’il apprête à voir… des rencontres avec les artistes sont également prévues pour chaque opéra.

Les mots de « renouveau », de « changement », et de « jeunesse » ont envahi l’espace public, et particulièrement celui de la culture.  Ainsi, nous avons imaginé chaque année pour les familles « mon premier Festival d’opéras » qui réunit des propositions pour initier les enfants aux voix lyriques avec un accès ludique.

Certains soirs, l’Opéra Comique se transforme en club musical et propose Porte 8, un début de soirée lyrique en guise d’apéritif inspirant. Dans la petite salle Bizet à l’atmosphère chaleureuse, les artistes ont carte blanche pour revisiter le répertoire lyrique et célébrer la chanson : un moment de liberté et de complicité accompagné d’une bouteille de champagne pour 4.

Régulièrement, à l’heure du déjeuner, les répertoires de l’opéra, de l’opéra comique et de l’opérette  sont explorés  à travers des programmes exclusifs où se combinent humour et émotion, par les artistes de notre troupe, dans le décor à la fois intime et somptueux du Grand Foyer.

 

plafond foyer opéra comique
Foyer du public de l'Opéra Comique © Jean-Pierre Delagarde


 


Vous avez fermé pendant deux ans pour rénovation, qu'avez-vous fait pendant ce temps là pour faire vivre l'établissement?

Pendant cette fermeture, nous avons souhaité maintenir le lien avec notre public et tenter d’en séduire un nouveau. Ainsi, nous avons créé des événements assez différents les uns des autres et pouvant toucher un public large et varié. Ainsi, nous avons imaginé un « garde meuble » lyrique, une errance poétique et musicale dans le chantier du théâtre imaginée par Christian Boltanski, une campagne de financement participatif pour la création de l’opéra de Philippe Manoury Kein Licht, un webopéra pour les familles, un opéra radiophonique, un opéraoké sur le Champ de Mars à l’occasion de l’Euro de foot, et la création d’un gâteau, le Favart (l’autre nom de l’Opéra Comique), en collaboration avec la maison Lenôtre. Après tout, le fameux gâteau «opéra» est un classique de la pâtisserie, pourquoi l’Opéra Comique n’aurait pas aussi sa pâtisserie ?


Une anecdote à nous raconter sur le lieu ?

En 1783, l’Opéra Comique s’installe dans la première Salle Favart bâtie sur un terrain donné dans ce but au roi par le duc de Choiseul. L’inauguration a lieu en présence de la reine Marie-Antoinette. Une loge privée est accordée aux Choiseul en vertu d’un contrat signé le 20 décembre 1781. Depuis, l’Opéra Comique a brûlé deux fois, et la salle que nous connaissons aujourd’hui est la troisième salle Favart sur le même emplacement.

Il est assez cocasse de souligner que les descendants de la famille du duc de Choiseul disposent encore de nos jours d’une loge familiale privée alors que ce théâtre est un Établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC)  inscrit sur la liste des théâtres nationaux !

Hall entrée opera comique
Hall d'entrée de l'Opéra Comique DR Citadelles&Mazenod - Sabine Hartl & Olaf-Daniel Meyer


Professionnellement, quel est votre plus grand défi actuel ?

La place dévolue à la culture dans les medias diminue d’année en année. Plus précisément, les espaces pour donner envie d’aller voir un spectacle, que ce soit en presse écrite, en radio ou à la télévision se réduisent. Et comme l’exploitation de chaque série de représentations est relativement courte (en moyenne 6 dates sur 12 jours), il est impératif de multiplier les occasions d’exister, notamment en amont d’un spectacle pour créer le buzz !

Heureusement, la qualité de notre programmation séduit les journalistes qui assistent à nos spectacles pour en faire écho.
 

Comment voyez vous l'avenir de l'Opéra Comique et le vôtre dans cette maison ?

De taille humaine et toujours en résistance, cette maison a, par sa vitalité, toujours été remarquée ! Face à la culture de masse, l’Opéra Comique a un rôle certain à jouer et doit continuer d’être le poil à gratter, celui qui ose, celui qui surprend. De nouvelles générations d’artistes, de metteurs en scène, de musiciens pluridisciplinaires, qui apprennent autant le théâtre, la musique que la danse sont très ouverts sur un univers polymorphe. Du côté du  public, l’émotion que procure le spectacle vivant, en ce qu’il est chaque soir un nouveau défi,  est le gage d’un Opéra Comique qui rassemble.

Aujourd’hui, il est nécessaire de le remettre plus au cœur de la société : l’ouverture, l’accessibilité, la diversité, l’égalité, l’action culturelle, l’éducation sont devenues prioritaires. Après 25 ans passés à accompagner les artistes et à défendre cette maison, j’ai à cœur de poursuivre ce chemin. En effet, les directeurs changent, les projets artistiques vivent, mes interlocuteurs se diversifient, et j’ai toujours plaisir, saison après saison, matin après matin, à passer la porte de l’entrée des artistes ! Et puis, travailler en musique dans un aussi joli cadre, comment ne pas s’y plaire ?

www.opera-comique.com/fr

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raphaelle choel

Raphaëlle Choël

Journaliste, auteure d’ouvrages et coach, Raphaëlle a été collaboratrice régulière de l'édition de Singapour, de Tel Aviv et de nos pages Mag. Elle a nourri généreusement nos colonnes de ses portraits, idées insolites et autres escapades gourmandes.
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