Samedi 17 avril 2021
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Franco-danoise de cœur, et bientôt de droit : Sésame, ouvre-toi !

Par Clément Renisio | Publié le 11/11/2020 à 18:10 | Mis à jour le 12/11/2020 à 10:14
Photo : Marjolaine Schlepp
France Danemark nationalité

Marjolaine Schlepp construit sa vie à Copenhague depuis une douzaine d’années. Cette ancienne d’HEC, aux manettes des opérations et de la gouvernance informatique chez Novo Nordisk, mariée à un danois et maman de quatre jeunes enfants, nous explique pourquoi elle a lancé une procédure complexe, longue et fastidieuse, afin d’obtenir la nationalité danoise. Présentation et détails :

Tu as entrepris depuis un certain temps les démarches afin d’obtenir la nationalité danoise. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

Alors, la réflexion derrière, c’est que, mon conjoint est danois, je fais ma vie beaucoup plus au Danemark qu’en France, et pour nos enfants, nous avons choisi le Danemark comme base. Donc, mes enfants, même si je leur parle en français, qu’ils vont aux cours de français du samedi, ils sont danois de cœur, ils sont danois de langue. Alors, bien sûr, j’essaye de leur apporter tout ce que je peux au niveau du français, mais ils sont danois. Donc pour moi, c’était important de m’assurer que je puisse rester ici, d’être éternellement liée au pays. Par ailleurs, le changement de loi relativement récent, autorisant les étrangers devenus citoyens danois à conserver leur autre nationalité a joué un rôle prédominant dans le lancement de cette démarche. Il était hors de question pour moi de perdre ma nationalité française.

Est-ce que tu pourrais me décrire un peu les étapes du processus administratif, que je crois assez complexes ?

C’est un long processus, parce que, il faut dire les choses comme elles sont, en règle générale, la nationalité danoise, c’est tout d’abord quelque chose qu’on hérite, c’est un droit du sang. Le droit du sol n’existe pas au Danemark. Donc le processus est compliqué. Il faut avoir résidé un certain nombre d’années au Danemark. Quand je dis un certain nombre d’années, c’est entre huit et douze ans. Si on est marié, ou qu’on a un conjoint danois, on obtient des points, on peut postuler un an plus tôt, par exemple. Donc il faut avoir résidé sans interruption au Danemark un certain nombre d’années, ensuite il faut passer un test de langue, qui prouve que vous maîtrisez un certain niveau de la langue danoise.

Est-ce qu’il y a d’autres étapes ?

Oui, il y a aussi un test de culture danoise, sous forme d’un QCM de quarante questions, et ça balaye très large. Il y a une partie sur l’histoire, une partie sur la société danoise, sur les traditions, les valeurs. Il y a aussi une partie sur le Danemark, dans l’Europe et dans le monde ainsi que sur le Danemark aujourd’hui. Donc, pour préparer ce test, il faut bien sûr lire le petit fascicule qu’on nous fournit sur l’histoire, notamment, parce que ça, ça ne change pas. Mais il faut aussi suivre l’actualité. Et puis ensuite, on présente son dossier par internet, on remplit ses données, on renseigne sa situation matrimoniale, on indique si on a des enfants, et on déclare aussi les voyages qu’on a faits.

Tu as plusieurs fois évoqué le côté long, fastidieux, à la limite du kafkaïen de ce processus. Est-ce que tu peux en parler, ne serait-ce qu’en termes de temporalité ?

Je dirais que si on démarre de rien du tout, ça peut prendre facilement quatre à cinq ans. Il faut qu’on prépare les tests de langue, les tests de culture, et ça peut prendre beaucoup de temps, ensuite il faut postuler. Le temps de gestion du dossier, c’est un an et demi. Puis, quand le dossier est retenu, le parlement accepte ou non d’accorder la nationalité danoise à des gens qui n’ont aucun lien de sang avec le Danemark. Ils se réunissent une à deux fois par an pour traiter ce type d’affaires. Une fois cette étape franchie, il se passe encore quatre à cinq mois avant qu’on soit convoqué par sa mairie locale, où l’on jure, dans le cadre d’une cérémonie assez formelle, de respecter la vie au Danemark, de se conformer aux lois, etc. Et là, c’est bon, on est danois.

Et en ce qui te concerne, où en es-tu dans le processus ?

J’ai reçu au mois de mai de cette année, la confirmation que mon dossier était retenu. Donc ça sent plutôt bon. Après, le mois d’octobre est bientôt fini, je n’ai toujours pas de nouvelles, et je pense que le Corona devrait ralentir la procédure... Qui se soucie d’approuver la liste des gens qui postulent à la nationalité danoise quand on est en train de gérer une épidémie ? Mais bon, de toutes façons, je ne peux aller nulle part.

Est-ce que tu imagines que tu te sentiras totalement danoise, une fois la nationalité obtenue ?

Je pense que la réponse est non. Pour moi, c’est une formalité administrative qui vient confirmer un engagement. Mais ce sentiment d’être complètement intégrée et assimilée à la société danoise, je l’ai depuis un moment déjà, parce que ma vie est ici. Je travaille dans une compagnie danoise. Je suis très proche, géographiquement de ma famille danoise, la famille de mon mari. C’est beaucoup plus difficile d’être avec ma famille française. Et c’est un rythme de vie qui me convient aussi. Le Danemark est un petit pays. Certes, il y a des processus complexes, mais ils sont là, ils fonctionnent et ils sont fiables. Y’a un petit papier qui t’explique exactement tout ce qu’il faut faire, et si tu suis la procédure, c’est bon, ça marche. Donc je dirais que je ne me sentirai jamais uniquement danoise, jamais. Mais, je vois bien comment les gens me regardent quand je suis avec mes enfants. Je ne suis pas une étrangère. Ils peuvent me parler de leurs références, que je partage. Donc quelque part, je me sens aussi un peu danoise, même si j’aurai toujours mon petit accent. Mais celui-là, il ne faut pas le perdre.

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Clément Renisio Petit Journal Copenhague Danemark

Clément Renisio

Parisien d'origine, je vis à Copenhague depuis dix ans. En couple avec une architecte franco-danoise, j'ai travaillé dans différents secteurs, parmi lesquels ceux du luxe, du marketing digital et du tourisme. Je suis père de deux enfants.
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