Un Français à la barre de Kulturhavn dans la tempête du Coronavirus

Par Clément Renisio | Publié le 03/11/2020 à 18:10 | Mis à jour le 03/11/2020 à 18:10
Photo : Antoine Améaume Kulturhavn festival Copenhague annulation Covid-19 port associations
Antoine Améaume

Antoine Améaume, jeune directeur français (34 ans) du grand festival municipal Kulturhavn, célébrant chaque été la rade de Copenhague et les associations de la ville, revient avec nous sur le tumulte causé par la pandémie de Covid-19, qui a conduit au report puis à l’annulation définitive de l’édition 2020. Récit et explications :      

 

Clément : Antoine, est-ce que tu peux nous présenter le festival Kulturhavn et ton rôle au sein de cette structure ?

Antoine : Oui, Kulturhavn est un festival organisé tous les ans par la municipalité dans le port, qui correspond à la grande rade de Copenhague. Cet événement existe maintenant depuis 20 ans et célèbre la vie culturelle et associative de la ville, que ce soit dans le domaine de la danse, du sport, ou de la musique. L’idée, c’est de proposer deux-cents à deux-cents cinquante activités gratuites et ouvertes au grand public sur un weekend en août. On peut aller du kayak à la danse capoeira, la salsa, parfois, on a même des petits groupes amateurs qui viennent présenter leur musique, ou éventuellement des tours en bateau sur l’eau. En ce qui concerne mon poste, je suis maintenant directeur du festival pour lequel je travaille depuis 2015. C’est moi qui gère l’aspect administratif, les recrutements, les demandes de subventions. Je participe à la programmation du festival, avec plein d’acteurs différents et suis en contact avec des entreprises, des fournisseurs, ainsi que les autorités du port de Copenhague.

 

C : Alors cette année, le contexte est évidemment un peu spécial, avec un report en septembre dans un premier temps, puis une annulation totale du festival. Est-ce que tu pourrais évoquer l’impact du Covid sur l’événement ?

A : Dès la mi-mars, on a tous été renvoyés chez nous et on a dû commencer à travailler d’une autre manière, en télétravail. Ce fut un grand chamboulement dans la vie de l’équipe et parfois pas évident de trouver le ressort motivationnel. On a progressivement compris qu’il nous serait très difficile d’organiser le festival fin août. A l’époque, les restrictions étaient valables jusqu’à la fin août, et mon festival était programmé du 28 au 30. Alors on s’est dit qu’il était peut-être malin de le décaler sur septembre. C’était sans doute une petite erreur de ma part. Fin juin, certains de mes collaborateurs ainsi que moi-même sommes partis en vacances, et lorsqu’on est revenu début août, les chiffres étaient à nouveau inquiétants, alarmants. Certaines restrictions, notamment sur le nombre de personnes autorisées dans les rassemblements devaient initialement être levées, ce qui n’a pas été le cas. On s’est donc réuni, mes collaborateurs et moi pour avoir une grande discussion, à la mi-août, afin de déterminer ce qu’il était possible de faire et de ne pas faire. Est-il bien sage d’organiser un festival en plein cœur d’une pandémie, sachant aussi qu’on représente la commune de Copenhague, un festival municipal, avec la responsabilité qui incombe à la ville quant à la protection et la santé de ses citoyens ? L’avenir nous montrerait que non.

 

C : Donc à ton sens, la décision d’annuler totalement cette deuxième mouture du festival en septembre n’était pas trop radicale ?

A : Non, je ne crois pas, c’était une mesure de précaution. Surtout lorsqu’on a une responsabilité d’exemplarité en tant qu’institution publique. Finalement, après le premier report pour septembre, et au moment où l’on croyait tenir le bon format, les événements ont basculé. Le lundi 7 septembre, au cours d’une conférence de presse commune réunissant le ministre de la santé et le maire de Copenhague, il a été annoncé que les restrictions augmentaient encore, et passaient de cent à cinquante personnes pour les rassemblements. On s’est donc dit qu’il n’y avait plus aucun sens à organiser un festival dans ce contexte. J’ai discuté avec mes chefs, avec la direction du service culturel et on a tranché très rapidement pour l’annulation totale du festival. On n’avait pas le choix.

 

C : Quelles sont les perspectives pour l’édition 2021 de Kulturhavn ?

A : C’est assez excitant, parce que l’année prochaine, Kulturhavn va fêter ses 20 ans. Alors, peut-être que l’épidémie sera toujours là, sous une forme ou une autre. Donc on a pris ce paramètre en compte et on va organiser un festival « Corona Friendly », pas trop ambitieux, avec une grande quantité de petits événements répartis sur plein d’endroits et sûrement sur une période un peu plus longue. On discute beaucoup en ce moment avec mes collègues pour déterminer la temporalité et les contenus du prochain festival. L’idée ce sera de célébrer plus que jamais le port et les associations, présenter tout ce que l’on peut faire dans la rade de Copenhague et nulle part ailleurs.

 

 

 

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Clément Renisio Petit Journal Copenhague Danemark

Clément Renisio

Parisien d'origine, je vis à Copenhague depuis dix ans. En couple avec une architecte franco-danoise, j'ai travaillé dans différents secteurs, parmi lesquels ceux du luxe, du marketing digital et du tourisme. Je suis père de deux enfants.
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Joelle Borgida

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