

Ambiance cordiale hier dans les jardins du Luxembourg (photo AFP)
Hier, pour la seconde année consécutive, la France commémorait l'abolition de l'esclavage. Initiée par le chef de l'Etat en 2006, cette journée vise avant tout à dénoncer l'esclavage sous toutes ses formes et son lot d'atteintes aux droits de l'Homme.
Pour l'occasion, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy étaient aux jardins du Luxembourg pour inaugurer une stèle. Cet hommage est rendu à tous les esclaves et en particulier aux 12 millions d'Africains qui ont été victimes du commerce triangulaire entre le 16e siècle et le 19e.
Mais cet hommage n'arrive-t-il pas un peu tard ? Peut-on en 2007 continuer à se repentir de l'actions de nos aïeux d'il y a 2, 3, voire 4 siècles ? De nombreux Français se posent la question avec à leur tête Nicolas Sarkozy qui dans ses discours de campagne s'était violemment opposé à la "mode exécrable"de la "repentance".
Repentance ou reconnaissance
Il est vrai que dans cette logique, l'Hexagone devrait aussi se repentir des exactions commises durant la Guerre de Trente ans au début du 17e ou des massacres du Premier Empire dans toute l'Europe et particulièrement en Espagne. L'Etat devrait aussi dresser des monuments aux morts de la guerre de 1870. La liste n'est certes pas exhaustive, mais elle montre que la commémoration d'hier n'a pas comme objectif de mettre les Français devant leurs forfaits passés. Personne ne cherche d'ailleurs à les faire expier des fautes de leurs ancêtres.
Commémorer l'abolition de l'esclavage n'est donc pas une repentance. C'est une reconnaissance. Une reconnaissance par l'Etat français de sa participation à la traite négrière et au commerce triangulaire. Trop longtemps exclue de la mémoire nationale, cette action, autant que celle de la reconnaissance des crimes du régime de Vichy, permet de refermer une plaie. Elle clôt le paradoxe des populations antillaises à la fois française et africaine, citoyennes et descendantes d'esclaves.
Elle rend enfin hommage aux populations victimes. Oui les faits datent de deux siècles. Mais ils ne sont reconnus que depuis deux ans. Les victimes de la Guerre de Trente ans, de celle de 1870 ont eu la reconnaissance. C'est aujourd'hui au tour des victimes de l'esclavage.
Pierre SILVAIN. (www.lepetitjournal.com) vendredi 11 mai 2007
Pour en savoir plus:
Le Monde : Les derniers esclaves
L'Express : Repenser la repentance




































