

Une biographie choc de Gabrielle Chanel dévoile son passé sulfureux pendant la seconde guerre mondiale. Amante d'un officier de haut rang nazi, Mademoiselle Coco aurait, elle aussi, espionné à la solde du IIIe Reich
"De ce siècle, en France, trois noms demeureront : De Gaulle, Picasso, et Chanel", cette citation d'André Malraux n'est certainement pas loin de la réalité. L'empire Chanel, qui a explosé dans les années 1920, doit sa notoriété toujours vivace, à une seule femme : Gabrielle Chanel, dite Coco (photo AFP). Si de nombreux films et biographies ont retracé la vie de la créatrice de génie et de caractère, une part d'ombre subsistait jusqu'alors, quant à ses activités pendant la deuxième guerre mondiale. Le journaliste américain, vivant à Paris, Hal Vaughan, dévoile dans un livre sa relation avec l'occupant.
Un parfum de soufre
Dans l'ouvrage Sleeping with the enemy : Coco Chanel's secret war (éditions Knopf), paru mardi dernier, Coco Chanel est décrite comme "férocement antisémite bien avant que cela ne devienne un moyen de plaire aux Allemands". "Elle s'est enrichie en satisfaisant les très riches, et partageait leur aversion pour les Juifs [...], tout comme leur croyance, après 1933, qu'Hitler était un grand Européen", peut-on également lire, dans un extrait publié par le Daily Beast. Hal Vaughan, qui a pu avoir accès à de nombreuses archives britanniques, françaises et allemandes, souvent inédites, affirme également que Gabrielle Chanel, 57 ans, a participé, sous le nom de code Westminster -patronyme de son ancien amant -, à des opérations d'espionnage pour le compte du IIIe Reich. En août 1941, elle se serait ainsi rendue en Espagne avec un autre agent, dans l'espoir d'obtenir en échange la libération d'un neveu emprisonné dans un camp allemand. La couturière aurait également usé de ses bonnes relations avec des officiers allemands pour tenter de récupérer les droits de son parfum Chanel, dont elle ne possédait qu'une petite part.
Coco et le moineau nazi
Alors que de nombreuses biographies dépeignaient jusqu'à présent le baron Han Günther von Dincklage, amant de Coco Chanel pendant des décennies, comme un simple playboy, n'étant pas affilié avec le parti nazi, le journaliste américain a découvert qu'il était en fait un espion, sous les ordres de Joseph Goebbels, ministre de la Propagande nazie. L'homme charmant et cultivé, surnommé "Spatz" ("le moineau" en allemand) était chargé de "se fondre dans la société française en véritable 'homme du monde', ce pour quoi il était réellement doué". "Ce n'était pas la meilleure période pour vivre une histoire d'amour avec un Allemand, même si le baron von Dincklage était anglais par sa mère et qu'elle l'avait connu avant-guerre", concède le groupe Chanel, visiblement embarrassé par ces révélations.
Une part de mystère
La maison de couture avoue que sa fondatrice conserve "une part de mystère" mais réfute toutes accusations d'antisémitisme. Le groupe souligne les bonnes relations que Coco Chanel entretenait avec la famille Wertheimer, propriétaire de Chanel, mais également avec "la famille Rothschild, le photographe Irving Penn ou l'écrivain français Joseph Kessel". "Je ne l'ai moi-même jamais entendue tenir des propos antisémites, je ne l'aurais pas supporté", souligne Edmonde Charles-Roux, biographe et amie de Coco, qui rappelle avoir "vu Chanel presque tous les jours pendant dix ans". La femme de lettres avoue cependant que "Hal Vaughan donne dans son livre des preuves indubitables d'une compromission grave de Mlle Chanel avec les Allemands". Auparavant, "on en parlait à mots couverts mais Vaughan a pu avoir accès aux archives nazies ouvertes depuis quelques années seulement et il a mis au jour des documents, des ordres de mission. C'est un vrai scoop, ce sont des pièces jamais produites", ajoute-t-elle.
La maison Chanel préfère souligner le rôle positif joué par la créatrice lors de l'occupation : "Il semblerait que Mlle Chanel se soit rapprochée de Winston Churchill pour jouer les intermédiaires entre les Alliés et les Allemands dans la perspective d'un accord de paix". Pourtant d'après une autre biographie, alors que Coco Chanel avait été arrêtée par des résistants parisiens, le Premier ministre britannique l'aurait faite rapidement libérer, jugeant qu'il ne fallait pas "prendre cette femme au sérieux".
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) mercredi 17 août 2011
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Article de France 2, Coco Chanel était-elle une espionne nazie ?




































