Jeudi 26 novembre 2020
Chiang Mai
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Tuk, une application de livraison qui se veut équitable à Chiang Mai

Par Catherine Vanesse | Publié le 26/10/2020 à 00:00 | Mis à jour le 26/10/2020 à 04:30
Photo : Sumner Murphy est le créateur de l'application de livraisons et de transports Tuk
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Les services de livraison à domicile sont de plus en plus populaires et font désormais partie de la nouvelle normalité. Si quelques géants se partagent le marché en Thaïlande, d’autres essayent de se démarquer en adoptant une stratégie plus équitable et locale.

Avec l’épidémie du Covid-19 et la fermeture de nombreux restaurants et autres commerces aux mois d’avril et mai derniers, les services de livraison à domicile ont connu une croissance importante. Selon le Kasikorn Research Center (K-Research), le nombre de livraisons devrait augmenter entre 19 et 21% en 2020. En 2019, les revenus générés par les compagnies de livraisons avaient atteint 35 milliards de bahts. Parmi les acteurs principaux du marché en Thaïlande on retrouve Food Panda, Grab, Get Food, LineMan, ce qui n’empêche pas d’autres compagnies de rejoindre le secteur et d’essayer de se démarquer des géants de la livraison à domicile. 

C’est ainsi que HungryNow a été lancé officiellement ce 10 octobre à Pattaya après une période d’essai initiée en mars. A la mi-octobre, c’est l’application Yindii qui a été lancée à Bangkok avec comme objectif de livrer des repas invendus de restaurants près de chez vous. 

À Chiang Mai, l’application Tuk a été lancée au mois de mars, au tout début du Covid et a pour objectif de proposer une plateforme garantissant que tout les acteurs soient rémunérés de manière équitable et à leur juste valeur. Certaines applications de livraisons à domicile prennent en effet entre 30 et 40% de commission, une marge importante pour les petits restaurants qui peinent de fait à tirer des bénéfices de la vente à emporter. Et les livreurs eux-mêmes ne sont pas toujours très bien payés. 

Pour comprendre les objectifs et la stratégie de Tuk App, Lepetitjournal.com/chiang-mai a rencontré le créateur de l’application, Sumner Murphy, un Américain de 29 ans installé à Chiang Mai depuis un an et demi. 

LEPETITJOURNAL.COM : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

SUMNER MURPHY: Je suis Américain, mais j’ai grandi en partie en Europe et en Amérique du Sud avant de faire mes études à New York. Je suis spécialisé dans la logistique et le développement informatique, en particulier ce qui touche à l’intelligence artificielle. Cela fait environ un an et demi que je travaille sur l’application Tuk. 

Quel est le concept de Tuk ?

Avant le Covid-19, l’idée était de proposer une application de transport qui utiliserait le réseau de tuk-tuk ou de songtaew/"red trucks" de Chiang Mai. Avec l’arrivée du Covid-19, cela n’était vraiment plus le bon moment de lancer ce genre de service et encore moins lorsque la plupart des commerces ont dû fermer à la fin du mois de mars. 

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A la base, l'application Tuk était prévue pour fournir un service de transport en tuk tuk à Chiang Mai, le Covid-19 a poussé les créateurs de Tuk a se tourner également vers la livraison

Nous avons donc décidé de réorienter le projet et de nous concentrer sur la livraison à domicile. Cela permettait d’optimiser l’application, mais aussi de continuer à proposer du travail pour les chauffeurs, lesquels pouvaient toujours mener leur travail habituel tout en faisant en plus de la livraison à domicile. 

L’idée à la base, que ce soit pour les transports ou la livraison, était surtout de développer un outil qui profiterait à tout le monde, que ce soit rentable pour les commerçants, les chauffeurs et pour nous. 

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Quel est donc votre modèle économique pour que ce soit équitable pour tout le monde ?

La première chose que nous faisons, c’est que nous n’incluons pas dans le prix les frais de livraisons, en général c’est le coursier qui ajoute son tarif et le client le paye. Mais les restaurants peuvent aussi proposer de prendre la livraison à leur charge. Certains offrent par exemple la livraison si la commande dépasse un certain montant - dans ce cas précis, c’est le commerçant qui décide, c’est à lui d’évaluer sa marge de bénéfices et de décider s’il veut offrir quelque chose au client. 

Notre objectif est d’encourager les restaurants et autres commerces en leur fournissant un outil technologique entre les mains avec lequel ils sont assez libres et flexibles. 

Je pense que depuis le Covid-19, de nombreux clients ont envie de soutenir les entreprises locales. Ils savent que s’ils ne participent pas, en payant les frais de livraison par exemple, certains de leurs restaurants favoris pourraient disparaitre. Je pense que c’est la principale raison qui incite les gens à utiliser notre application mobile. 

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Les chauffeurs Tuk se distinguent grâce à leur veste jaune

De plus, comme l’application est plus équitable pour les commerçants, ce sont eux en général qui font notre promotion en invitant leurs clients à commander via notre application plutôt que passer par nos concurrents. Certains font aussi le choix de n’être présents que chez nous, même si nous ne faisons signer aucun contrat d’exclusivité. 

Vous prenez néanmoins une commission...

Oui, mais beaucoup moindre que d’autres applications concurrentes. Je ne peux pas donner de pourcentage, car cela change en permanence, je garantis que c’est moins que les autres. 

À l’heure actuelle, combien de chauffeurs, restaurants et utilisateurs avez-vous ?

À Chiang Mai, nous travaillons avec environ 1.500 chauffeurs, un peu plus de 300 prestataires (NDLR : cela comprend des services tels qu’une femme de ménage, jardinier, coiffeurs, etc) et 120 restaurants. En termes d’utilisateurs, je ne peux pas donner de chiffres, mais il y a un mélange de Thaïlandais et d’étrangers qui l’utilisent. Nous sommes disponibles dans 5 langues : thaïlandais, anglais, japonais, chinois simplifié et birman. 

Vous avez beaucoup de clients birmans ?

Oui, il y en a pas mal. Après, c’est aussi une première étape avant d’aller là-bas, on verra plus tard parce que pour le moment, avec les restrictions de voyages, c’est un peu compliqué. 

Vous commencez à être présents à Bangkok, pourquoi ne pas avoir choisi cette ville pour démarrer ?

Dans des villes où le trafic est important, comme à Bangkok, il y a beaucoup plus de problèmes en termes de logistique, cela demande beaucoup plus de ressources humaines et financières. Alors que de démarrer dans des villes plus petites, il est plus facile de commencer à engranger des bénéfices. Il faut vraiment avoir de gros moyens financiers pour se lancer sur ce marché à Bangkok, mais la capitale est clairement au programme de l’évolution de notre marque, ainsi que d’autres villes en Thaïlande, nous sommes encore en train d’étudier les options. 

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Catherine Vanesse

Installée en Thaïlande depuis 2013 après avoir travaillé pendant 8 ans pour RTL Belgique, Catherine a collaboré avec des médias francophones locaux avant de devenir co-rédactrice en chef pour Lepetitjournal.com Bangkok (et correspondante RTL Belgium)
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