Édition Chiang Mai

Memories of Chiang Mai : découvrir la nourriture birmane tout en aidant les réfugiés

Un nouveau lieu solidaire est apparu à Chiang Mai fin janvier. Food court musical, comme il en existe d’autres en ville, celui-ci a été créé par, pour et avec des réfugiés birmans. Il propose de découvrir la nourriture et la culture birmane mais aussi de distribuer des dons aux plus nécessiteux d’entre eux. Votre prochaine soirée, ce sera là-bas.

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Écrit par Franck S.
Publié le 21 février 2025, mis à jour le 26 février 2025

 

Ce n’est pas un ordre, pas une injonction, juste une double recommandation.

Allez visiter le Wat Lok Moly ! La pagode y est superbe et le stupa majestueux. Une sorte de petit frère du célèbre Wat Chedi Luang, situé lui au cœur de la vieille ville. Le Wat Lok Moly, se trouve juste de l’autre côté du canal, au nord-ouest du carré, et présente l’avantage de la gratuité. C’est important pour la suite...

Si vous sortez par derrière et faites quelques pas vers le nord, vous tomberez sur un lieu nouvellement apparu puisqu’il a pour date de naissance le 30 janvier dernier. Son nom : Memories of Chiang Mai. À vue de nez, un simple food court fait de paille et de bambou, un de plus. En fait, bien plus que cela. Il s’agit d’un lieu destiné à soutenir les réfugiés birmans. Construit, développé et animé par, pour et avec eux.

En Birmanie voisine, à quelques petites centaines de kilomètres de Chiang Mai, les juntes militaires se succèdent, la vie n’en est plus une et le peuple se soulève. La famine gagne du terrain. Les libertés individuelles en perdent. Nombre d’écoles et d’hôpitaux ont été détruits. De nombreux civils sont emprisonnés lorsqu’ils ne sont pas tués. Nombres d’entre eux ont donc choisi le départ. Il y a les réfugiés intérieurs et ceux qui ont réussi à quitter le pays. Plusieurs centaines de milliers d’entre eux se trouveraient en Thaïlande, principalement dans le Nord, proche de la frontière. Et même si les autorités apportent leur aide, celle-ci est limitée et c’est sur la solidarité individuelle que doivent compter ceux qui sont venus chercher ici une nouvelle vie pour eux et leurs familles.

 

Food court solidaire birman a Chiang Mai

 

Engagé au sein du mouvement Food not Bombs

Thet Swe Win est un activiste des droits de l’homme qui s’est fait un nom à travers le monde et s’est vu décerner plusieurs prix. Âgé de trente-huit ans, originaire de Rangoun, sa famille est partie se mettre en sécurité aux États-Unis. Lui est resté soutenir les combattants de la liberté. Lorsque la situation est devenue trop dangereuse, il a gagné la jungle où il a passé sept mois, avant de passer la frontière et gagner la Thaïlande en août 2021. Il crée alors une organisation qui lui permet de poursuivre l’action politique depuis l’extérieur. Il s’engage au sein du mouvement Food not Bombs, né aux États-Unis il y a quarante-cinq ans, et qui compterait aujourd’hui plus de mille groupes autonomes dans une soixantaine de pays. L’objectif est toujours le même : encourager la solidarité envers ceux que la guerre a démuni de tout.

 

Marché solidaire, scène musicale, billard

Il s’installe dans la ville frontière de Mae Sot, y crée un Freedom Café, où l’on vient boire, mais aussi discuter et s’entraider. Puis, il y a un an, il ouvre Memories of Maesot, un point de rencontre solidaire qu’il vient donc de reproduire à Chiang Mai. Vous y découvrirez dix-huit stands de nourriture birmane, un bar, un café-restaurant en dur doté d’un très joli jardin, une scène musicale et même un billard flambant neuf.

 

Food court solidaire birman a Chiang Mai

 

Mais c’est surtout le dimanche, en fin de journée, que le lieu s’anime et prend tout son sens. Grâce aux dons d’un marché de frais, fruits et légumes sont distribués gratuitement. Les dons individuels de vêtements et d’objets permettent, eux aussi, aux familles dans le dénuement de venir trouver le soutien nécessaire. Ceux qui viennent sont des réfugiés, qu’ils en aient le statut officiel ou non. Ceux qui travaillent là aussi. Ils sont dix-huit dans l’équipe de Thet et une cinquantaine à travailler dans les échoppes. Le dimanche soir, on attend aussi, au pied du Tree of Hope, qui symbolise le combat des Birmans pour la liberté, tous les étrangers qui ont envie d’échanger dans leur langue maternelle, histoire de transmettre un peu de culture et de savoir. Si vous allez là-bas, vous donnerez un peu et recevrez beaucoup.

 

"Retrouver un peu de mon pays"

J’y ai rencontré Thet bien sûr et découvert son histoire. Mais aussi Stan, sa femme et leurs deux enfants de cinq et deux ans. Stan travaillait pour une société de marketing de Rangoun. Et puis la nourriture a manqué, et l’électricité, et les connexions internet. La vie quotidienne y est devenue difficile, puis dangereuse.

 

Food court solidaire birman a Chiang Mai
A droite, Thet, l’initiateur du projet Memories of Chiang Mai. Photo Franck S.

 

Alors, il y a un an, ils ont décidé de partir. Ils ont choisi Chiang Mai parce que ce n’est pas trop loin. Il n’a pas retrouvé de travail et vit de ses économies. Pour le visa, toute la famille étudie, donc ce problème au moins est réglé. "Ce nouveau lieu me permet de retrouver un peu de mon pays, les gens, la nourriture" explique-t-il. "J’espère pouvoir repartir là-bas lorsque tout cela sera fini".

 

Attention, ça pique !

Chan-Myae, lui, n’a pas l’intention de rentrer au pays. Ou alors juste de temps en temps, pour les vacances, si les choses se normalisent. Ses parents sont aux États-Unis mais à ses deux jeunes frères jumeaux et à lui, on a refusé le visa. Les deux « petits » sont à Bangkok. Lui préfère Chiang Mai. Il a vingt-cinq ans et exerce dans l’art de manager bars et restaurants. Il est arrivé il y a un mois et se réjouit de pouvoir exercer dans un lieu collectif et solidaire.

 

Food court solidaire birman a Chiang Mai

 

Un conseil culinaire ? « On peut définir la cuisine birmane comme cousine de celle du nord de la Thaïlande, avec un peu plus d’oignons un peu partout, quelques saveurs différentes liées au choix d’autres épices, et peut-être un peu plus piquante. N’hésitez pas à demander peu ou pas épicé, sinon… »

 

Pas facile pour les papiers

Et puis j’ai discuté avec S. Âgée de vingt-six ans, sœur d’une activiste acharnée de cinq ans son aînée, elle lève le poing, elle aussi, à ses heures. Voilà pourquoi son prénom se résume ici à une seule lettre. Diplômée de zoologie de l’université de Rangoun, elle a dû, elle aussi, se résoudre à partir lorsque la situation est devenue dangereuse. Elles se sont battues pour les droits des jeunes birmans à une vie meilleure, mais lorsque le spectre de la prison s’est présenté, avec sa sœur et une amie, elles ont gagné la jungle. C’est là qu’elle a croisé la route de Thet. Comme lui, sa sœur est internationalement connue pour ses actions. Elles ont donc passé un mois coupées de toute connexion avec le monde extérieur, histoire de se faire un peu oublier, avant de gagner la Thaïlande. Après un an à Mae Sot, sans papiers, elle a obtenu l’autorisation de séjourner dix ans dans le pays. Mais dans un district seulement. Pas celui de Chiang Mai mais tant pis. Elle y est venue quand même faire œuvre utile.

 

Ne tardez pas…

Vous aussi, vous pouvez faire œuvre utile, en vous rendant à Memories of Chiang Mai, pour une soirée solidaire. L’endroit est agréable. L’accueil est chaleureux. On y mange, on y boit, on y écoute de la musique et, si vous apporter quelques dons, vous vous sentirez, en plus, fier d’avoir accompli une action utile. Alors, ne tardez pas…
 

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