Samedi 28 novembre 2020
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Rencontre avec Tassanai Buranupakorn, le maire de Chiang Mai

Par Catherine Vanesse | Publié le 19/10/2020 à 00:00 | Mis à jour le 02/11/2020 à 12:26
Photo : Catherine Vanesse - Tassanai Buranupakorn est le maire de Chiang Mai depuis 11 ans
Interview du maire de Chiang Mai Tassanai Buranupakorn

Maire de la municipalité de Chiang Mai depuis 2009, Tassanai Buranupakorn envisage de prendre ses distances avec la politique, mais en attendant la tenue de prochaine élection, il revient sur les changements qu’il a mis en place, ces souhaits pour la ville et les problèmes de pollution. 

Agé de 46 ans, Tassanai Buranupakorn est le maire de la municipalité de Chiang Mai depuis onze ans. Élu une première fois en 2009, il a ensuite été reconduit en 2013. Suite au coup d’État de 2014, aucune élection ne s’est tenue depuis. “Sans doute qu’il y en aura l’année prochaine, mais je ne pense pas me représenter, j’ai envie de prendre des distances”, explique le maire. 

Moins connue des étrangers de Chiang Mai que les familles Shinawatra et Nimmanahaeminda, la famille Buranupakorn fait pourtant bien partie du paysage politique et économique de la ville. Deux de ses oncles Pakorn Buranupakorn et Boonlert Buranupakorn ont tous deux assuré le poste de maire de la ville de Chiang Mai respectivement de 1993 à 2001 et de 2001 à 2009. Si Pakorn est désormais inactif en politique, Boonlert siège aujourd’hui à la tête de l’organisation administrative provinciale de Chiang Mai. 

Outre la politique, la famille Buranupakorn fait également partie de ces fortunes qui n’ont cessé de grandir au fil des générations. Le grand-père de Tassanai est arrivé de Chine en 1920, sans un sou. Il a épousé une femme d’origine chinoise de Lamphun et, ensemble, ils ont ouvert un petit magasin au marché de Warorot. En 1969, ils ouvrent un magasin de textile sur Thapae Road avant de se lancer sur le marché de l’ameublement, autant dans la vente que dans la confection, et de devenir l’un des leaders à Chiang Mai.

Le couple a eu onze enfants, et ces derniers ont eux-mêmes commencé à investir et à se lancer dans divers secteurs d’activités : laque, argents, souvenir, hôtels, immobiliers, etc. The Empress Hotel, Downtown Inn, The Small Hotel et RatiLanna Riverside Spa Resort font entre autres partie du patrimoine des Buranupakorn.

Peu prolixe sur l'histoire de sa famille, que ce soit au niveau politique ou des affaires, Tassanai Buranupakorn préfère rester sur son rôle de maire. Lepetitjournal.com/chiang-mai l’a rencontré pour aborder les changements qu’il a apportés au cours de ses mandats, sur le fossé qu’il voudrait réduire entre les riches et les pauvres, sur la pollution de l’air et sur les conséquences de la crise économique liée au Covid-19. 

Vous êtes le maire de Chiang Mai, quelle est votre zone d’influence ?

La municipalité de Chiang Mai, c’est 40 km carrés et environ 130.000 résidents inscrits, mais avant le Covid-19, nous estimons que Chiang Mai comptait au moins 300.000 habitants. Ce qui veut dire que la plupart des habitants de la ville sont des personnes extérieures, qui viennent de villes voisines et d’autres provinces. Au mois de mars, avec le confinement, beaucoup sont repartis vivre chez eux, ils n’avaient plus d’emploi ni d’argent. 

Pourquoi avez-vous choisi de vous lancer en politique ?

Je vois mon rôle en tant que politicien comme une personne qui peut avoir un grand impact sur le quotidien des gens, que ce soit dans un bon sens ou dans un mauvais sens. Si vous avez de bonnes politiques, cela amélirore la vie de milliers voire de millions de gens. A l’inverse, si vous optez pour de mauvaises décisions, nombre seront affectés. J’essaye de mettre en place les meilleures politiques. 

En Thaïlande, le plus grand problème, c’est le fossé qui existe entre les riches et les pauvres, nous sommes l’un des pays les plus inégaux au monde avec un cercle vicieux de pauvreté dont il est très difficile pour les pauvres de s'extirper. Nous n’avons pas besoin d’une société comme celle-là. Si vous travaillez et que vous respectez les lois, vous devriez avoir la possibilité de réussir et d’évoluer comme vous le voulez. Pour cela, nous devons donner des outils : l’éducation et les soins de santé. 

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Quels sont vos priorités en tant que maire de Chiang Mai ?

L’éducation et la santé publique sont au top de mes priorités. À Chiang Mai, les gens peuvent effectuer des contrôles de santé gratuitement tous les ans. Si vous regardez les chiffres, pour certains malades quand ils viennent consulter, c’est déjà trop tard. Nous avons donc voulu offrir, surtout pour les plus pauvres, la possibilité de faire des bilans de santé gratuitement. 

Ensuite, il y a les espaces verts. Au début de mon premier mandat, il n’y avait qu’un seul parc à Chiang Mai, aujourd’hui, il y en a cinq. Si vous êtes riches, vous pouvez payer pour faire du sport dans une salle, mais pour les plus pauvres, ce n’est pas pareil, il faut pouvoir leur offrir des espaces. 

Nous avons aussi commencé à enfouir les câbles électriques. Pour l'heure, il n’y a que trois rues où les travaux ont été faits. 

Enfin, un autre gros chantier, c’est le développement des transports en commun et la réduction du trafic routier.

Pourtant le réseau de transport en commun à Chiang Mai n’est pas très développé et récemment les bus “bleus” ont cessé leur activité depuis le Covid-19, où en est exactement la ville ?

Les bus bleus étaient une initiative du secteur privé sur lequel je n’ai pas d’influence. Au niveau des transports publics, pour le moment, nous avons toujours trois lignes de bus qui partent de la gare des bus et qui relient l’aéroport, la mairie et le Nakornping Hospital. C’est difficile de développer davantage parce que cela demande des budgets. Les prix des tickets ne couvrent que 40% des frais d’opération, donc nous devons subventionner ces bus à hauteur de 60%. 

Le système d’impôt en Thaïlande fait que 90% de ce qui est collecté va au gouvernement central de Bangkok et seulement 10% au niveau des institutions politiques locales. Pour les gros projets, nous dépendons du gouvernement central, je ne peux pas faire plus avec ce que j’ai. Avec la crise économique, le budget que nous aurons pour l’année prochaine sera moindre que celui de l’année dernière. 

Quelles sont les conséquences d’une diminution de vos budgets ?

Pour cette année et sans doute les deux prochaines années, nous devrons survivre. Cela signifie que certains projets vont devoir être reportés. Mais nous allons continuer à apporter notre soutien aux gens, nous devons continuer à allouer les mêmes budgets pour les hôpitaux et les écoles. Nous ne pourrons pas construire de nouvelles routes, nous nous contenterons de réparer les problèmes. 

Quels sont les projets que vous avez dû reporter ?

La pollution de l’eau. Dans vos pays, il y a des stations d’épuration. En Thaïlande, c’est différent. À Chiang Mai, environ 70% des eaux usées des ménages sont reversées dans les rivières et la nature. Nous avons besoin d’un centre de collecte et d’épuration, mais actuellement ce projet est reporté chaque année, car nous n’avons pas les budgets. 

Ensuite, il y a la réduction du trafic routier. D’une part, il faudrait augmenter les transports en communs, ce que nous ne pouvons pas faire. À Chiang Mai, nous avons un million de motos et environ 300.000 voitures, c’est pour cela que nous avons autant de pollution. Pour la réduire, si nous avions un meilleur réseau de transport en commun, nous pourrions par exemple limiter l’accès du centre-ville aux voitures. 

Vous parlez de la pollution de l’air, quel est votre pouvoir d’action pour améliorer la situation ?

Mon boulot se concentre sur la municipalité de Chiang Mai, donc si on parle de la pollution de l’air due aux brûlis, cela ne fait pas partie de ma zone d’action. Néanmoins nous devons nous aider les uns et les autres. À Chiang Mai, 70% de la pollution provient des feux de forêt et des cultures et 10% provient des gaz d’échappement des véhicules. 

Au cours de mes mandats, ce que j’ai fait, c’est augmenter le nombre de parcs publics, les arbres sont des purificateurs naturels. Ensuite, nous devons faire attention à nos citoyens en fournissant des masques, en prévoyant des zones “safe” avec des purificateurs d’air dans les bibliothèques publiques, dans des restaurants, des cafés, etc. Nous contrôlons davantage les véhicules, les gens qui ne respectent pas certaines normes ne peuvent plus conduire leur voiture avant d’avoir réparé le problème. Ce sont des choses comme cela que nous pouvons faire à notre niveau. 

Combien de temps pensez-vous qu’il faudra à l’économie de Chiang Mai avant de revenir à son niveau d’avant le Covid-19 ?

De mon point de vue, je pense que cela prendra au moins trois ans! La Thaïlande a surréagi face au Covid-19 et d’un point de vue économique, le coût est lourd, nous payons trop cher. En même temps, nous n’avons pas le choix de garder les frontières fermées parce que nous n’avons aucune immunité face à ce virus. Il faut pouvoir contrôler et limiter l’arrivée des personnes pour être sûr que les hôpitaux puissent gérer. 

Avez-vous un message à faire passer aux expatriés de Chiang Mai ?

Vous êtes au bon endroit parce que Chiang Mai est une ville sûre et j’aurais même envie de dire, s’il-vous plaît, restez! 

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Catherine Vanesse

Installée en Thaïlande depuis 2013 après avoir travaillé pendant 8 ans pour RTL Belgique, Catherine a collaboré avec des médias francophones locaux avant de devenir co-rédactrice en chef pour Lepetitjournal.com Bangkok (et correspondante RTL Belgium)
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