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Martin Venzky-Stalling : “Ne gaspillons pas une bonne crise”

Par Catherine Vanesse | Publié le 25/01/2021 à 00:00 | Mis à jour le 25/01/2021 à 04:08
Martin Venzky-Stalling

Comme ailleurs, la ville de Chiang Mai souffre de la crise du Covid, mais pour Martin Venzky-Stalling, consultant en technologies et innovations, la nouvelle normalité offre de nombreuses opportunités

Résident en Thaïlande depuis 2006, Martin Venzky-Stalling fait partie de ces figures incontournables, ou presque, de la communauté de Chiang Mai. Organisateur des événements TEDxChiangMai et des Chiang Mai Design Awards, Martin travaille avant tout comme conseiller principal pour le Parc scientifique et technologique de l'université de Chiang Mai (www.step.cmu.ac.th). Il est également consultant à travers l’Asie du Sud-Est sur les questions relatives aux technologies de l’information et de la communication, aux innovations et au développement de villes créatives et intelligentes. En 2010, il a participé à la mise en place de Creative Chiang Mai, une plateforme ayant pour objectif de promouvoir la créativité et l'innovation dans le développement de la ville. 

En ce début d’année 2021, un an après que la Thaïlande ait enregistré ses premiers cas de coronavirus et alors que le pays connaît un retour de l'épidémie, Lepetitjournal.com a rencontré cet Allemand d’origine pour parler du futur de Chiang Mai et des opportunités liées à la crise économique. 

Quelle est votre définition de la nouvelle normalité à Chiang Mai ? 

Beaucoup de personnes ont perdu leurs économies, les inégalités sont encore plus accentuées qu’avant, les riches encore plus riches et les pauvres encore plus pauvres. Par nouvelle normalité, je dirais que nous avons passé la première période de changements, nous avons pu prendre conscience de la place du tourisme, de la santé dans notre vie.

La "New Normal" va créer des opportunités, mais cela ne sera pas facile, car la situation économique est particulièrement affectée. Pour cela, nous devons être plus intelligents en tant que ville et en tant que société, pour développer Chiang Mai en ville intelligente où les gens travaillent ensemble. 

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Il y a cette expression : “Ne gaspillons pas une bonne crise”. Basiquement, cela veut dire qu’il faut pouvoir se poser la question de savoir comment utiliser cette période pour qu’elle devienne une opportunité, pour faire les choses différemment. Même si nous avons le vaccin, nous ne reviendrons jamais à la situation d’avant le Covid-19, il faut déjà penser au futur, à l’après.

Quel futur pourrions-nous envisager pour Chiang Mai ?

Un bon début, serait de rendre la ville plus accueillante pour les vélos, les piétons, les personnes à mobilité réduite, etc. 

Avant le Covid-19, nous étions dans une course, aujourd’hui, nous sommes dans une sorte de pause, nous avons le temps de réfléchir à ce que nous pouvons faire en tant qu’individus, en tant que société, en tant que municipalité, en tant que gouvernement. Il faut pouvoir se poser la question : comment puis-je rendre une ville, en l'occurrence Chiang Mai, plus attractive pour les habitants, mais aussi les entreprises, les investisseurs et les touristes. 

Nous sommes d’accord pour dire que Chiang Mai est une ville magnifique. Mais il y a aussi pas mal de problèmes et de défis à résoudre tels que l’environnement, la gestion du trafic, la gestion des déchets, le manque d’accessibilité pour les personnes handicapées, etc. Nous avons l'occasion de réfléchir à tout cela.

En augmentant le nombre d’espaces verts ou en ayant une ville accueillante pour les piétons, souvent, les autorités pensent que cela ne va pas générer d’argent. Pourtant en regardant sur une échelle plus large, si vous avez une ville agréable pour les habitants, indéniablement vous attirez les visiteurs et les investisseurs. 

Quelles sont les initiatives déjà en cours ?

Il existe des projets avec les communautés locales comme la ferme urbaine à côté du canal Mae Kha, des projets d’aménagement du canal Mae Kha pour l’embellir, la faculté d’architecture travaille aussi avec la municipalité au niveau de l’urbanisme, etc. Mais beaucoup de ces initiatives sont des projets pilotes, il manque une vision holistique. L’initiative de la ferme urbaine est très bonne, mais pour aller plus loin, il faut se poser plus de questions : comment peut-on faire pour avoir ce genre de potager dans une dizaine de lieux à Chiang Mai? Comment peut-on repenser le jardinage ? Comment élever ce genre de projets ?

La ville doit aussi prendre plus de risques, si vous n’êtes pas prêts à prendre des risques ou à faire des expériences, vous ne pourrez pas rencontrer le succès. À Chiang Mai, il y a de nombreuses initiatives pour cesser d’utiliser les sacs en plastique, les pailles, etc. Malheureusement pour certaines personnes ou entreprises, cela reste difficile de s’en passer; Pour cela, il ne faut pas se contenter d’initiatives, il faut également un désir de changement et c’est là que les autorités peuvent intervenir, car elles peuvent réguler cela. Pour le gouvernement, ce n’est qu’un petit risque, mais il faut déjà pouvoir le prendre. Certaines personnes disent qu’il faut oublier le gouvernement et avancer sans eux. Je ne crois pas à cette solution, je pense qu’il faut travailler ensemble avec le secteur privé, la municipalité, les agences gouvernementales, etc.

Vous dites que la ville manque d’une vision holistique, d’une vision plus globale, est-ce là l’un des défis pour Chiang Mai ?

Que ce soit à Chiang Mai, ou même en Thaïlande, il n’y a pas vraiment d’agence pour promouvoir le développement urbain. Le nombre d’intervenants ou d’agences est assez fragmenté, vous avez la TAT (Office du tourisme), TCEB (Thailand Convention and Exhibition Bureau), BOI (Board of Investments), etc., mais ils sont tous spécialisés dans diffrentes choses. Il n’existe pas d’organisme qui pourrait promouvoir la ville dans son ensemble, présenter aux investisseurs ou au business les avantages de telle ou telle ville. À cause de ce manque, en particulier pour les étrangers, il est difficile de trouver quelqu’un à qui parler. Il y a une forme d’opacité dans le nombre d’instances à contacter. Et à cela il faut ajouter que certains organismes ne parlent pas anglais ou simplement qu’ils ne répondent pas aux emails. 

Nous sommes régulièrement contactés à Creative Chiang Mai, parce qu’il y a des personnes qui ne savent pas à qui demander ou qui ne reçoivent pas de réponse. Quand nous avons lancé Creative Chiang Mai il y a 10 ans, l’idée était vraiment d’apporter une troisième jambe à l’économie de Chiang Mai avec un focus sur la créativité et les technologies. Nous sommes un canal pour approcher ou connecter les gens ou les investisseurs vers d’autres personnes ou organisations. Depuis deux ans, Creative Chiang Mai est intégrée au sein du Sciences and Technology Park qui a pour volonté de connecter et d'échanger les travaux entre les universités, le secteur privé et les agences gouvernementales. 

Quels sont les secteurs d’activités qui présentent le plus d’opportunités ?

Je crois vraiment que le secteur du tourisme présente encore beaucoup d’opportunités. Il faut juste pouvoir le réinventer, ne pas revenir sur le modèle du tourisme “cheap - bon marché” comme avant. Le tourisme a toujours été une part importante dans l’économie et la vie de Chiang Mai et nous pouvons voir quel impact la fermeture des frontières et les restrictions ont sur l’économie.

Aujourd’hui, c’est un secteur qui ne va pas bien. Dans le futur, il y aura probablement moins de touristes, les vols bon marché ne vont sans doute pas revenir dans l’immédiat, le type de voyageur va certainement changer et, surtout, au début de la reprise, nous ne serons plus dans un tourisme de masse. Il faut donc repenser et innover, aller plus vers des expériences et ne pas compter que sur ce qui est acquis. 

Le Night Bazaar, par exemple, il y a peu de chance qu’il revienne à son niveau d’activité d’avant le Covid-19 parce que c’est une structure ancienne, que les touristes ne seront plus les mêmes. Il faut donc pouvoir adapter et changer cette zone, car elle est au milieu de la ville. Sur d’autres marchés, on constate un retour vers plus d’authenticité et cela fonctionne, c’est intéressant. 

Les secteurs médical, du bien-être et de l’environnement pourraient être beaucoup plus développés. Chiang Mai bénéficie d’un magnifique environnement et de beaucoup de ressources, mais les gens ne sont pas vraiment en bonne santé, le niveau de conscience sur ces questions est très bas, beaucoup plus bas qu’à Bangkok. Je parle des Thaïlandais, car les étrangers à l’inverse sont très conscients de cela, ils prennent beaucoup plus soin de leur santé, veulent changer sur les questions environnementales, etc. C’est d'ailleurs l’une des raisons pour lesquelles ils viennent ici.

Si nous parlons de la communauté dans son ensemble, la ville pourrait vraiment augmenter sa valeur, son pouvoir d’attractivité en créant une plus grande conscience environnementale. 

Il y a également d’autres secteurs où les opportunités sont nombreuses. Chiang Mai est éloignée de la mer, des réseaux de transports ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas possible d'y faire des affaires ou développer des activités : l’alimentaire, la biotech, le digital, les cosmétiques, les services, etc. Chiang Mai doit vraiment diversifier son économie. 

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Catherine Vanesse

Installée en Thaïlande depuis 2013 après avoir travaillé pendant 8 ans pour RTL Belgique, Catherine a collaboré avec des médias francophones locaux avant de devenir co-rédactrice en chef pour Lepetitjournal.com Bangkok (et correspondante RTL Belgium)
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