Samedi 19 juin 2021
Chiang Mai
Chiang Mai

À Chiang Mai, la restauration en colère face à une mesure "ridicule"

Par Catherine Vanesse | Publié le 10/05/2021 à 00:00 | Mis à jour le 10/05/2021 à 03:06
Photo : Catherine Vanesse - Pour lutter contre l'épidémie du coronavirus, les autorités ont imposé l'interdiction de consommer sur place dans les restaurants de Chiang Mai et la vente de plats à emporter n'est possible que jusqu'à 21h
affiche dans un restaurant indiquant qu'ils ne font que des plats à emporter

L’interdiction de manger sur place dans les restaurants à Chiang Mai et les horaires réduits de livraison exaspèrent un secteur en sursis avec 50% d’établissements fermés et 50.000 employés au chômage, selon une association de professionnels qui a sollicité le gouverneur pour changer les choses

L’association des restaurants et bistrots de Chiang Mai (CMRB) réclame la fin de l’interdiction de manger sur place dans les restaurants. L’association estime que 50% des restaurants dans la province sont actuellement fermés, car pour beaucoup la vente de plats à emporter est très loin de pouvoir compenser les pertes engendrées par cette interdiction. 

“À Chiang Mai, il y a environ 14.000 restaurants, cafés et stands de street food qui emploient au total 80.000 personnes”, indique Thanit Choomsang, président de l’Association des restaurants et bistrots de Chiang Mai. “Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, 10% de restaurants ont d'ores et déjà définitivement fermé. Avec la troisième vague qui a commencé en avril, j’estime que 50% des restaurants sont temporairement fermés et 50.000 personnes sont au chômage temporaire, c’est beaucoup trop!”, explique-t-il avec une pointe de colère dans un entretien téléphonique accordé à Lepetitjournal.com. 

Depuis l’apparition d’une nouvelle poussée épidémique en avril, les autorités de la province de Chiang Mai ne cessent d’imposer de nouvelles mesures. Le 9 avril, les bars et les lieux de divertissements devaient fermer leurs portes tandis que la consommation d’alcool était interdite dans les restaurants et qu’ils ne pouvaient ouvrir que jusqu’à 23h. 

Incompréhension et lettre ouverte au gouverneur

Classée en “zone rouge foncé” depuis le 30 avril, Chiang Mai est considérée comme une "zone de contrôle maximal et strict". Dès lors, pour endiguer l’épidémie, les autorités provinciales ont interdit depuis le 1er mai de manger sur place dans les restaurants et cafés, et la vente de plats à emporter n’est possible que jusqu’à 21h. 

les restaurants ne peuvent faire que de la vente à emporter
Depuis le 1er mai, les restaurants ne peuvent faire que de la vente à emporter. Photo Catherine Vanesse

“Le nombre de cas est en diminution de manière naturelle et non grâce à la fermeture des restaurants”, s’insurge Thanit Choomsang qui a décidé de fermer temporairement son vaste restaurant, le Goodview Village à Hang Dong, au sud de Chiang Mai. 

Le plus grand nombre de cas d’infection quotidien au coronavirus Sars-Cov-2 a été de 281 personnes testées positives dans la journée du 11 avril. Depuis, ce nombre n'a cessé de diminuer pour atteindre seulement 59 cas au 30 avril, jour où la province s'est vue placée parmi les “zones rouge foncé”, suscitant l'incompréhension d'une partie de la population. Au 9 mai, le nombre d'infection était de 25 pour l'ensemble de la province.

Dans l'espoir de faire descendre Chiang Mai dans une catégorie permettant la réouverture des restaurants et cafés, la CMRB, qui rassemble 424 membres, a soumis une lettre ouverte auprès du gouverneur de Chiang Mai, Charoenrit Sanguansat, pour qu’il agisse en faveur d’une consommation sur place dans les restaurants, cafés et bistrots. “Le gouverneur n’a absolument rien dit en recevant notre lettre et pour le moment, nous n’avons eu aucun retour, j’espère que cela ne va pas durer plus d’une dizaine de jours. Si la situation perdure jusqu’à la fin du mois de mai, cela risque de porter un coup fatal à beaucoup d’entre nous”, ajoute l’homme d’affaires. 

Mesure jugée "ridicule"

D’après la CMRB, en autorisant uniquement la vente à emporter jusqu’à 21 heures, les restaurants perdent entre 50% à 90% de leur revenu. “J’ai fait un sondage auprès de nos membres, ils m’ont dit que cette restriction de la livraison jusqu’à 21 heures était ridicule, il y a déjà moins de clients donc si on limite le temps, cela n’aide absolument pas. D’autant plus que si la livraison est une alternative, elle n’avantage que les grosses compagnies qui sont dernières en chargeant 35% de commission, c’est beaucoup trop, mais les restaurants n’ont malheureusement pas vraiment le choix”, explique Thanit Choomsang. 

livreur en scooter à chiang mai
Les services de livraisons connaissent une croissance importante depuis de début de l'épidémie du coronavirus. Photo Christopher Venzky-Stalling

Selon le Bangkok Post, les applications de livraisons auraient connu entre avril et mai 2021 une croissance allant de 26 à 60% en Thaïlande. 

À Chiang Mai, le marché de la livraison se partage entre cinq entreprises, dont les trois géants nationaux que sont Foodpanda, Grab et LineMan qui prennent en général entre 30 et 35% de commission, tandis que deux applications locales, Tuk et Wheels on Wheels, tentent d’offrir des conditions plus équitables. 

L’application Tuk confie ainsi à Lepetitjournal.com connaître une augmentation de 200% du nombre de restaurants souhaitant rejoindre son service. “Nous comptons désormais 400 restaurants sur Tuk. Certains sont présents sur d’autres apps et veulent diversifier les plateformes. Pour d’autres, c’est la première fois qu’ils s’inscrivent à un service de livraison parce que cette fois-ci, ils n’ont vraiment pas d’autres choix pour survivre”, confie Sumner Murphy directeur de Tuk. 

Néanmoins, pour aider les restaurateurs de Chiang Mai, ce dernier a décidé d’annuler sa commission sur le service "pick-up", c'est-à-dire lorsque le client va lui-même chercher ses plats commandés via l’application.

"Ne passez pas par les applis !" 

Pour éviter de payer des commissions, certains restaurants proposent leur propre service de livraison, une manière de faire travailler leur personnel, mais aussi de limiter l’utilisation de plastique. Nichapa “Ribbin” Nisabodee, patronne du restaurant végétarien Samata, propose des formules où il est possible de commander une semaine de repas et de se faire livrer tous les deux jours. Lors des livraisons, les clients lui remettent des récipients pour les prochains repas.

livraison sans plastique à usage unique
Le restaurant Samata propose son propre service de livraison pour éviter, entre autre, la consommation de plastique à usage unique. Photo Nichapa “Ribbin” Nisabodee

Pour autant, si l’alternative est louable, elle rencontre encore peu de succès avec seulement une dizaine de personnes qui y ont souscrit. En fait, selon Ribbin, depuis le 1er mai, elle estime ne pas avoir plus de commandes qu’avant l’interdiction de manger sur place dans les restaurants. “Je m’attendais à avoir davantage de commandes, mais ce n’est pas le cas. Avec l’interdiction de manger sur place, je perds 50% de mon chiffre”, détaille Ribbin. 

Absent des services de livraison, le propriétaire du French Garden, Thierry Holemans, espérait pouvoir passer cette période sans trop de problèmes, d'autant que le restaurant avait enregistré un nombre satisfaisant de commandes en direct les deux premiers jours de l’interdiction de manger sur place. Mais il a rapidement déchanté. “Pour nous, cette fermeture est dure. Tous nos produits périssables sont à jeter. Comme d'habitude, le gouvernement ne préviendra qu'à la dernière minute pour l'éventuelle réouverture, on ne sera pas prêt pour nos clients. Heureusement que nous avons lancé la vente de vins à emporter qui fonctionne plutôt bien”, confie le Belge. 

De son côté, le président de la CMRB invite les clients à soutenir leurs restaurants favoris en commandant directement sans passer par les applications : “Malgré l’interdiction de manger sur place et les difficultés pour le secteur, il n’y a pour le moment aucune aide de la part du gouvernement. Même si la livraison est devenue une habitude fortement ancrée chez les gens, en tant que client, si vous ne voulez pas voir certains restaurants disparaître, commandez directement, passez un coup de fil et allez chercher vos plats, c’est finalement la seule option viable actuellement”

catherine_vanesse-LPJ-Bangkok

Catherine Vanesse

Installée en Thaïlande depuis 2013 après avoir travaillé pendant 8 ans pour RTL Belgique, Catherine a collaboré avec des médias francophones locaux avant de devenir co-rédactrice en chef pour Lepetitjournal.com Bangkok (et correspondante RTL Belgium)
0 Commentaire (s)Réagir