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Pascal Brèthes : « Le football devrait véhiculer de très belles choses »

À l’occasion de la sortie du livre La Ligue des homophobes, Julien Pontes revient sur le parcours de Pascal Brèthes, acteur de la lutte contre l’homophobie dans le football français. À Paris puis à Siem Reap, au Cambodge, il dénonce les discriminations persistantes dans les stades et appelle les institutions sportives à renforcer leur engagement.

cc: Pascal Brèthescc: Pascal Brèthes
Alain Cayzac et Pascal Brethès
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 29 août 2026

À l'occasion de la sortie du livre La Ligue des homophobes, écrit par Julien Pontes, nous avons rencontrés de Pascal Brèthes, acteur de la lutte contre l'homophobie dans le football français. Cité à plusieurs reprises dans l'ouvrage, il revient sur son expérience et sur les enjeux liés à l'homosexualité dans le monde du football.

Pascal Brèthes commence à jouer au football dès l'enfance à Dax. En grandissant, il nourrit une véritable passion pour ce sport, sans envisager une carrière professionnelle. À son arrivée à Paris, il a poursuivi sa pratique dans plusieurs clubs du 15e arrondissement.

À cette époque, il ne parle pas de son homosexualité. « Je ne voulais pas que les autres me regardent différemment », raconte-t-il.

Lorsqu'il découvre dans le magazine Têtu l'existence d'Arc-en-Ciel, un club de football homosexuel créé à Paris, il a décidé de passer un essai.

« C'était une véritable bouffée d'oxygène. Pour la première fois, je pouvais jouer au football sans avoir à surveiller ce que je disais ou à cacher une partie de moi-même », se souvient-il.

La création du Paris Foot Gay à Paris

À Arc-en-Ciel, les joueurs venaient avant tout pour pratiquer leur sport dans un cadre où ils pouvaient être eux-mêmes. Le club n'a pas de vocation militante, mais l'idée d'un collectif engagé contre l'homophobie dans le football a commencé à prendre forme.

En décembre 2003, Pascal Brèthes a créé le Paris Foot Gay avec Bruno Laurent et Florian Bohème. Dès ses débuts, l'association est sollicitée par le Paris Saint-Germain après le déploiement d'une banderole homophobe au Parc des Princes.

Le Paris Foot Gay s'est développé progressivement, notamment grâce à l'élaboration d'une charte contre l'homophobie dans le football en 2007. L'association a été contrainte de se dissoudre en 2015.

Après cette première expérience, Pascal Brèthes et Julien Pontes lancent en 2017 le collectif Rouge Direct , dont le fonctionnement est plus léger. Le collectif s'appuie principalement sur les réseaux sociaux, les communiqués et les actions de plaidoyer auprès des responsables politiques pour dénoncer les discriminations dans le football et demander la mise en place d'un vrai plan national d'actions concrètes, équilibré entre prévention efficace et sanction dissuasive.

Les chants homophobes dans les stades français

Dans son livre La Ligue des homophobes, Julien Pontes met en lumière un phénomène toujours présent dans les stades français : les chants homophobes.

« Les supporters nous répondent souvent que ce ne sont pas des chants homophobes, qu'ils les chantent depuis toujours et que des homosexuels les reprennent aussi. Mais certains mots restent extrêmement violents », souligne Pascal Brèthes.

Il dénonce une communication de façade, dépourvue d'engagement durable, notamment auprès des jeunes générations.

« Pour un jeune qui cherche à comprendre qui il est, entendre ces chants dans un est particulièrement difficile, et d'autant plus blessant qu'ils sont banalisés, jamais sanctionnés donc “validés”. Le football est souvent associé à la virilité et au machisme. Cela ne donne pas forcément envie de parler », estime-t-il.

Le risque de « pinkwashing » dans le football français

Des campagnes ponctuelles sont organisées pour donner davantage de visibilité aux personnes LGBT+. Sur les terrains de football, certains joueurs portent ainsi des lacets ou des brassards aux couleurs de l'arc-en-ciel, mais beaucoup d'entre eux le refusent.

« Des opérations “arc-en-ciel” bâclées ont été mises en place, donnant lieu à des fiascos à répétition, et finalement tout s'est arrêté. Cela permettait surtout de se donner bonne conscience », dénonce-t-il.

Ces actions restent peu relayées et peuvent même être contredites par des joueurs qui affirment pourtant défendre une société plus ouverte.

Pascal Brèthes installé à Siem Reap, au Cambodge

Pascal Brèthes vit aujourd'hui à Siem Reap, au Cambodge. Loin de l'agitation parisienne, il continue de suivre les évolutions du monde du football et de défendre les valeurs auxquelles il est attaché.

« Ici, il n'y a pas le même rapport au machisme qu'en France. Les hommes peuvent se tenir la main ou se montrer affectueux sans que cela provoque immédiatement des réactions », explique-t-il.

 

CC : Pascal Brèthes

 

Selon Pascal Brèthes, le football est un sport universel et accessible à tous. L'esprit communautaire peut toutefois ralentir l'évolution des mentalités chez les supporters et au sein des institutions sportives.

« Le football devrait véhiculer de très belles choses. Il en est capable, mais il faut encore se battre pour que cela devienne une réalité », conclut-il.

Dans La Ligue des homophobes, Julien Pontes raconte le parcours d'hommes longtemps contraints de dissimuler leur identité pour trouver leur place dans le football. Le parcours de Pascal Brèthes illustre ce combat toujours inachevé.

 

Ecrit par Ludivine Nicolas

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