Mardi 26 octobre 2021
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Les Cambodgiennes : colonne vertébrale de l’économie du pays

Par Juliette FONTAINE | Publié le 08/03/2021 à 23:58 | Mis à jour le 09/03/2021 à 10:58
Photo : Paul Szewczyk
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Si l’esprit de leader des Cambodgiennes ne peut être contesté, des écarts significatifs entre femmes et hommes en matière d’entrepreneuriat entravent le développement de leurs entreprises.

 

Les entrepreneuses cambodgiennes face aux stéréotypes sexistes

Au coeur du développement économique du pays, les femmes d’Asie du Sud-Est sont à la tête de 65% des entreprises du pays, soit environ 23,9 millions d’entrepreneuses, selon l’étude menée par Women’s World Banking au Cambodge, en Birmanie, en Indonésie, aux Philippines étau Vietnam. Colonne vertébrale de l’économie cambodgienne, 96% de ces entreprises sont cependant de petite taille puisqu'elle emploient moins de 4 personnes.

Alors que le Cambodge affiche l’un des taux les plus élevés de la région en ce qui concerne la participation des femmes sur le marché de l’emploi, Mme Kantha Phavi Ing, ministre des Affaires féminines et Présidente du Conseil national pour la femme, a indiqué que le pays  continuera de s’attaquer aux normes sociales négatives et aux stéréotypes sexistes qui limitent leur autonomisation dans les domaines économique et social.

 

Mme Kantha Phavi Ing
Mme Kantha Phavi Ing, ministre des Affaires féminines et Présidente du Conseil national pour la femme - AKP

 

Ainsi, sur l’important pourcentage de femmes possédant des petites entreprises, plus de 80% d’entre elles n’ont pas accès au crédit.

La faible connaissance des procédures, l’accès limité aux technologies de l’information et de la communication, les normes juridiques et socioculturelles discriminatoires entravent la capacité des femmes entrepreneuses à développer leurs activités.

Le Cambodge s’engage dans voie de la parité

La situation semble pourtant s’améliorer puisque ces dernières années ont vu émerger un certain nombre de femmes sur la scène politique. En 2018, 20% des membres de l’Assemblée nationale et 19% des membres du Sénat étaient des femmes.

Par ailleurs, présentant son rapport au Haut Commissariat des Droits de l’Homme des Nations Unies (HCDH), Mme Ing insiste sur les progrès faits ces dernières années. En 2015, la parité des sexes dans l’éducation de base et dans l’enseignement supérieur est atteinte et le taux d’alphabétisation des femmes entre 15 et 24 ans s’est élevé à  96% en 2017.

Face aux défis auxquels sont confrontées les femmes dans le monde du travail, de nombreuses initiatives sont menées.

Favoriser l’investissement : le plus grand défi des entrepreneuses cambodgiennes

La Commission Économique et Sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP) a ainsi lancé en 2019 un projet d’appui au développement des activités économiques des Cambodgiennes. Intitulé « Encourager l’entrepreneuriat féminin : instaurer un climat propice à la création d’entreprises tenant compte des questions de genre », ce projet vise à instaurer un climat politique et économique favorisant l’accès des entrepreneuses au capital. Des mécanismes de financement innovants, des technologies de l’information et de la communication et des solutions numériques sont mis en place afin d’atteindre cet objectif.

 

Armida Alisjahbana
Armida Alisjahbana, Secrétaire exécutive de la CESAP

 

Armida Alisjahbana, la Secrétaire exécutive de la CESAP a déclaré :

De toute évidence, il est indispensable d’investir dans les femmes cheffes d’entreprise, car elles sont de véritables agents du changement et leur capacité d’innovation peut être un facteur de progrès pour les entreprises, les communautés et les pays.

La CESAP et le Fonds d’équipement des Nations Unies ont également lancé un fonds d’innovation en faveur des Micro, Petites et Moyennes Entreprises (MPME) dirigées par des femmes dans le but d’améliorer l’accès au financement de ces structures.

Avec le même objectif, l’association française Entrepreneurs de Monde a mis en place le programme Chamroeun en 2006, littéralement « progrès » en khmer, qui octroie des microcrédits à plus de 400 000 femmes.

Women Take The Micro, une association d’étudiants s’est aussi créé afin de trouver une solution au contact des femmes entrepreneuses, les principales intéressées puisque qu’elles représentent 85% des utilisateurs de ce système. Le programme se lance alors au Cambodge, au Pérou et au Sénégal. En échangeant avec ces femmes, ils complètent l’apport financier des micro-crédits par un apport en compétences.

De même, l’entreprise sociale She Investisment, soutenant les femmes entrepreneuses, et Khmer Enterprise, ont lancé un Centre de Ressources Numérique et l’application Kotra Riel afin d’offrir un soutien à ces femmes en leur apportant des solutions commerciales accessibles et des opportunités d’investissement.

 

Par ailleurs, le projet Shine Buisness Academy proposé par la Bred Bank Cambodia permet l’élaboration d’ateliers regroupant une trentaine de jeunes entrepreneuses khmères. Ces sessions visent la montée en compétences nécessaires au développement de leurs affaires. Les formations reposent sur trois piliers principaux : aider les entrepreneurs à améliorer l’engagement, la loyauté et les compétences de leurs salariés.

 

Shine Buisness Academy
Shine Buisness Academy

 

Développer un réseau de mentors pour les plus jeunes

Traditionnellement, les femmes ne sont que très peu représentées lors les conseils communaux, les collectivités locales du gouvernement. C’est pourquoi, Un Enfant par la Main et son partenaire ChildFund Cambodge travaillent à améliorer l’esprit d’initiatives, les opportunités et l’influence des femmes au sein de leurs communautés. Tel, une jeune femme rencontrée par l’association devient  en 2012, la seule femme élue membre du conseil de sa communauté, devenant ainsi un mentor, un modèle pour les femmes de sa communauté.

 

Servir de mentor à d’autres femmes, c’est l’initiative qu’à développé Angie Murimirwa en Afrique. Puisque le risque de non remboursement et de faillite  existe pour chaque crédit, Mme Murimirwa a mis en place, avec d’autres, ce qu’on appelle les « intérêts sociaux ». Ces derniers permettent de rembourser les intérêts d'un prêt grâce à des services plutôt qu'à de l’argent. Par le biais du mentorat, du soutien scolaire, de la formation entrepreneuriale, c’est le partage de connaissance qui est la base de ce projet. L’impact d'un prêt est alors ressenti, non par une seule personne, mais par nombre d'entre elles. 

 

 

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Juliette Fontaine

Juliette FONTAINE

Étudiante à Sciences Po Aix en Provence, j’effectue un stage au sein de la rédaction du Petit Journal Cambodge. Passionnée d’équitation, de nature et de voyages, je découvre Phnom Penh pour la première fois.
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