Le 18 mars 2026, à Siem Reap, l’École française d’Extrême-Orient (EFEO) a présenté l’aboutissement d’un chantier d’envergure : la restauration du Shiva dansant de Koh Ker. Derrière cette renaissance se dessine le rôle central joué par l’institution française, engagée depuis plus d’une décennie dans un travail mêlant recherche, coordination scientifique et intervention technique.


Une œuvre fragmentée face à une méthodologie scientifique rigoureuse
Lorsque les équipes de l’EFEO intervinrent sur le site de Koh Ker, la statue était réduite à des milliers de fragments dispersés. Plus de 10 000 pièces étaient collectées, dont environ 2 750 éléments sculptés identifiés et documentés.

Face à cet état de fragmentation extrême, l’EFEO engagea une phase de travail préparatoire approfondie entre 2012 et 2019. L’objectif était clair : transformer un ensemble de vestiges instables en un corpus scientifique structuré.
« Ces investigations ont transformé des milliers de fragments vulnérables en un corpus documenté et exploitable », souligne l’EFEO.
L’EFEO, pilier de la coordination scientifique
L’EFEO ne se limita pas à intervenir sur le terrain. Elle assura la direction scientifique du projet, en structurant les données, en coordonnant les partenaires et en définissant les choix méthodologiques.
Sous la direction d’Éric Bourdonneau, l’institution mit en place une base de données complète intégrant relevés, photographies et modélisations numériques. Ce travail permet d’identifier près de 700 connexions entre fragments, ouvrant la voie à une reconstitution partielle de l’œuvre.
Ce rôle de coordination s’étendit également à la mise en place d’un comité scientifique et technique, chargé de valider les orientations du chantier.
L’apport décisif des technologies numériques
L’un des apports majeurs de l’EFEO résida dans l’intégration des outils numériques au processus de restauration.
Chaque fragment fut numérisé en trois dimensions, permettant de tester virtuellement les assemblages. Cette approche limita les manipulations physiques et permit de vérifier les hypothèses avant toute intervention.

Grâce à ces analyses, entre 70 et 75 % de la surface du torse a pu être repositionnée, rendant l’opération techniquement envisageable.

Une ingénierie maîtrisée au service de la stabilité
La phase opérationnelle, menée à partir de 2019 à Angkor Conservation, repose sur des choix techniques précis.
L’EFEO supervisa la conception d’une structure interne en métal, organisée autour d’un mât central ancré dans une base en acier. Ce dispositif assure la stabilité de l’ensemble tout en restant discret.
Les fragments sont consolidés à l’aide de tiges métalliques et assemblés avec des mortiers adaptés, composés notamment de poudre de grès et de chaux. Un travail spécifique est mené sur l’intégration des teintes afin de préserver la cohérence visuelle de l’ensemble.
Une approche éthique revendiquée
L’EFEO adopta une ligne claire : intervenir sans reconstituer artificiellement l’œuvre.
Les restitutions ne furent réalisées que lorsque les données étaient suffisamment fiables. Dans le cas contraire, les lacunes furent conservées, afin de rendre visibles les transformations et les destructions subies au fil du temps.
« L’objectif est de restaurer la lisibilité et la monumentalité de l’œuvre tout en laissant visibles les traces de son histoire. »
Transmission, moyens et mobilisation
Au-delà de la restauration, l’EFEO inscrit son action dans une logique de transmission.
Plus de vingt restaurateurs en formation ont participé au chantier, à travers cinq sessions dédiées à la conservation des sculptures. Cette dimension pédagogique contribue à renforcer les compétences locales et à inscrire les savoir-faire dans la durée.
Le chantier coûta un budget d’environ 480 000 euros, mobilisé avec le soutien de partenaires internationaux.
Sous la coordination de l’EFEO, 11 métiers différents ont été impliqués, réunissant restaurateurs, archéologues, ingénieurs, historiens, conservateurs ou encore géologues. La restauration a nécessité 600 journées de travail, auxquelles s’ajoutent 215 journées consacrées à la conception de la structure.
Cette diversité de compétences illustre l’ampleur du travail coordonné par l’institution.
Une intervention inscrite dans la durée
À travers ce chantier, l’EFEO confirme son rôle historique dans l’étude, la préservation et la transmission du patrimoine en Asie du Sud-Est.
La restauration du Shiva de Koh Ker s’inscrit ainsi dans une continuité : celle d’une présence scientifique ancienne, qui associe recherche de terrain, innovation méthodologique et coopération avec les institutions cambodgiennes.
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