À 42 ans, le lieutenant-colonel NHE Panha appartient à cette génération de militaires cambodgiens pour qui la langue française n’est pas seulement un héritage historique, mais un outil professionnel concret. Officier au Centre national de maintien de la paix du Cambodge (NPMEC), il a été déployé à plusieurs reprises en Afrique, notamment en République centrafricaine et au Mali. Dans ces missions, le français a joué un rôle déterminant.


Un choix encouragé par ses parents
Né en 1984, NHE Panha grandit dans un Cambodge encore marqué par les séquelles du régime des Khmers rouges. Ses parents, eux-mêmes privés d’une partie de leur scolarité durant cette période, accordent une importance particulière à l’éducation de leurs enfants.
« Ce sont mes parents qui m’ont encouragé à apprendre une langue étrangère, en particulier le français. Sans eux, je ne serais pas arrivé là où je suis aujourd’hui. »
Au collège puis au lycée, il doit choisir entre l’anglais et le français. Il opte pour la langue de Molière.
« J’ai choisi le français parce que mes parents me disaient que c’était une langue utile, notamment pour travailler au Cambodge. Et j’aimais cette langue. »
Il étudie le français pendant plusieurs années avant d’obtenir son baccalauréat.
De la restauration à l’armée
Après le lycée, il travaille quelque temps dans un restaurant français à Phnom Penh, où il met en pratique ses premières bases linguistiques.
En 2004, il intègre l’école des officiers de l’armée cambodgienne. À cette époque, la coopération militaire franco-cambodgienne est active, notamment dans la formation.
« Il y avait déjà une collaboration avec la coopération française dans l’école militaire. Cela m’a encouragé à rejoindre l’armée. »
De 2007 à 2011, il suit les cours de l’École des officiers d’active de Thmat Paung. En 2011, il est affecté au département des relations internationales du ministère de la Défense nationale du Cambodge.
Il rejoint ensuite le Centre national de maintien de la paix du Cambodge (NPMEC), structure chargée de former et de projeter les Casques bleus cambodgiens dans les opérations des Nations unies.
Le français, condition pour partir en mission
Au sein du NPMEC, le français constitue un atout stratégique. Le Cambodge déploie régulièrement des contingents dans des pays francophones, notamment en République centrafricaine et au Mali.
« Avant de partir en mission, nos soldats doivent apprendre le français. Ceux qui parlent français ont la priorité pour être déployés. »

Avec le lieutenant -général Balla Keïta, officier sénégalais, commandant de la Force de la Minusca, mission onusienne en Centrafrique.
La formation linguistique s’appuie sur un manuel intitulé En avant. Elle est soutenue par la coopération française et par la Francophonie, qui mettent à disposition des formateurs.
« La Francophonie nous fournit des professeurs français pour entraîner les Casques bleus cambodgiens avant leur projection. »
Le lieutenant-colonel NHE Panha a été déployé plusieurs fois en République centrafricaine et une fois au Mali, en 2023. Les missions durent généralement un an.
Officier de coordination en Afrique
Dans ces contextes, le français dépasse la simple communication opérationnelle.
« Je travaillais comme officier d’opérations dans une compagnie du génie, mais aussi comme officier de coordination avec les autorités locales. »
Il échange avec les maires, les préfets, les partenaires institutionnels et les autres contingents.
« Le français m’a permis de créer un lien direct avec les autorités locales. C’est essentiel pour réussir une mission. »
Pour lui, la langue française est un véritable passeport professionnel.
« Le français m’a permis d’aller en Afrique, de porter le casque bleu et de représenter mon pays. »
Une rencontre décisive à la bibliothèque
Son engagement linguistique se renforce encore après sa rencontre avec celle qui deviendra son épouse, en 2009, à l’université.
« Je l’ai rencontrée à la bibliothèque. J’avais un livre en français à la main. Elle m’a demandé si je parlais français. Je lui ai répondu que je l’apprenais. »

Le Lieutenant-colonel NHE Panha et son épouse
Son beau-père, M. Kung Kea, ancien directeur du Port autonome de Sihanoukville, était un francophile convaincu.
« Il faisait venir des enseignants de français à domicile pour ses enfants et leurs amis. Son exemple m’a donné encore plus de courage pour progresser. »
Quelle place pour le français au Cambodge ?
Conscient du recul relatif du français face à l’anglais et au chinois, il reste optimiste.
« Je vois que les jeunes commencent à revenir vers la langue française. »
Il insiste sur son importance dans plusieurs domaines.
« Le français est très important dans l’éducation, dans le domaine médical, dans la recherche. Et aussi pour comprendre notre histoire commune avec la France. »
Transmettre aux générations suivantes
Père de deux enfants, il tient à transmettre cet héritage linguistique.
« Mes deux fils ont appris le français. »
Il estime que le dynamisme de la Francophonie au Cambodge dépend d’un engagement conjoint.
« Il faut que la France et la Francophonie soutiennent davantage l’éducation, les bourses et les formations. »
Une gratitude assumée
En conclusion, il tient à exprimer sa reconnaissance.
« Je remercie d’abord mes parents, qui m’ont encouragé dès l’enfance à apprendre le français. »
Il remercie également Kea Danin, son épouse, ainsi que son beau-père, M. Kung Kea.
« Grâce à eux, j’ai trouvé la motivation pour continuer à apprendre et à pratiquer cette langue. »
Il rend aussi hommage au Général d’armée SEM Sovanny, aujourd’hui décédé, qui lui a permis d’effectuer sa première mission onusienne.
« C’est lui qui m’a envoyé pour la première fois en mission. Je ne l’oublierai jamais. »
« Merci aussi au lieutenant-général Phat Vibolsopheak, directeur du département des relations internationales du ministère de la Défense nationale, qui m’a envoyé faire un stage d’un an en France après avoir été sélectionné dans le cadre de la coopération de défense française au Royaume du Cambodge. »
Enfin, il souligne l’importance de la coopération de défense française et des conseillers français présents au sein du NPMEC, qui contribuent à maintenir vivante la langue française dans les forces armées cambodgiennes.

Le Cambodge accueille cette année le 26e Sommet de la Francophonie. Le Cambodge est-il pour autant un pays francophone ? La question reste posée et mérite un long développement.
Au Petit Journal, nous sommes allés à la rencontre de ces Cambodgiens qui font vivre la francophonie au quotidien. Ils sont issus de tous les milieux et leur histoire est, à chaque fois, singulière. Qu’ils exercent dans l’enseignement, les sciences, les arts ou au sein du gouvernement, leurs profils sont multiples, mais toujours passionnants.
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