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Dans le cœur des bénévoles : les missions médicales d'urgence de Mona Tep

Dans la province frontalière de Banteay Meanchey, une mission médicale coordonnée par Mona Tep et le docteur Thierry Chhuy a permis de soigner près d'un millier de déplacés en une journée et demie. Organisée par l'AEMC et la Pharmacie de la Gare à Phnom Penh, cette opération humanitaire mobilise bénévoles, médecins et logisticiens autour d'un même objectif : apporter des soins là où rien n'existe.

Dans le cœur des bénévoles : les missions médicales d'urgence de Mona TepDans le cœur des bénévoles : les missions médicales d'urgence de Mona Tep
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 28 mars 2026

Mona Tep, directrice de la Pharmacie de la Gare à Phnom Penh mais aussi de l'Advance European Medicare Center (AEMC), ainsi que le docteur Thierry Chhuy, médecin franco-cambodgien, manager de la clinique AEMC à Phnom Penh et co-pilier du programme humanitaire, ont organisé une nouvelle mission d'aide médicale d'urgence, dans la province de Banteay Meanchey, zone frontalière sensible du Cambodge.

Dans un camp de déplacés, situé au sein d'une pagode, quelque 5 000 personnes pour 1 089 familles ont trouvé asile. Une seule journée et 52 personnes engagées sur la mission auront « suffi » à soigner 653 personnes au total, entre environ 8 h 30 et 16 h 30. En une journée et demie, 956 ont pu recevoir des soins et des médicaments.

Bien que ces chiffres apportent des résultats précis aux missions menées par Mona et Thierry, le bilan d'une telle expérience, vécue par les volontaires, représente bien plus que n'importe quelle donnée ne saurait l'exprimer.

Immersion dans une journée d'aide humanitaire portée par les soins médicaux, la solidarité et — l'ultra-résilient — sourire cambodgien.

Une mécanique bien rodée

Au petit matin, toute une équipe s'affaire déjà dans le hall d'un hôtel à Siem Reap où séjourne l'équipe de volontaires de la mission. Départ prévu à 5 h 00, pour une arrivée sur le camp vers 8 heures. L'ouverture des consultations de cet « hôpital de campagne ambulant » débutera 30 minutes plus tard.

À l'arrivée du bus des membres de cette nouvelle opération humanitaire, l'effervescence est palpable. Une salle d'attente de fortune, mise en place par les déplacés, est déjà remplie et installée face à ce qui servira de cabinet médical géant, mais également de bloc opératoire. En l'espace de 30 minutes, une véritable fourmilière s'active pour tout installer. Chaque bénévole, qu'il soit médecin, infirmier, pharmacien, traducteur, assistant médical ou logisticien, sait ce qu'il doit faire. La journée peut débuter.

Au-delà de l'aspect médical de la mission, une distribution de dons de vêtements, de chaussures mais aussi de lessives et de jouets est prévue dans l'après-midi. Durant la matinée, il faut donc préparer minutieusement chaque sac, à destination des femmes, hommes, petites filles, petits garçons et bébés vivant sur ce camp.

En ce samedi, c'est Frédéric Tello, responsable des ventes chez AVIS Cambodia — précieux soutien du programme humanitaire — qui supervise la répartition de ces dons. 

 

Dans le cœur des bénévoles : les missions médicales d'urgence de Mona Tep

 

Selon lui, si l'organisation des tâches de chacun et l'installation de cet hôpital de fortune sont aussi efficaces, c'est parce que le retour des mêmes bénévoles finit par créer de véritables automatismes.

De la résilience

Néanmoins, pour Nathalie et Jean-Luc, installés à Siem Reap depuis août 2025, c'est une première. Tombés amoureux du royaume à la suite d'un voyage, ils bousculeront leur envie de s'installer en Thaïlande pour le très célèbre sourire cambodgien.

Mais pourquoi l'humanitaire ? « On veut rendre aux Cambodgiens ce qu'ils nous donnent. Si on peut donner une journée de notre temps pour eux, alors c'est normal ; ces gens vivent dans des conditions difficiles et malgré tout leur résilience demeure à toute épreuve. Ils sont un exemple. »

De la résilience, c'est bel et bien ce qui caractérise au mieux la mentalité des habitants de ce camp de fortune.

La journée est rythmée par le rire des enfants qui tentent de négocier à Frédéric, qui parle couramment le khmer, des ballons de foot avant que la distribution de dons ne débute. Par les permanents sampeah des patients, qui, par ce geste de gratitude — la salutation traditionnelle cambodgienne, qui consiste à lever les deux mains et joindre les paumes en forme de lotus tout en s'inclinant légèrement — ne se rendent pas compte qu'ils nous donnent bien plus qu'ils ne reçoivent.

 

Dans le cœur des bénévoles : les missions médicales d'urgence de Mona Tep

 

Une grand-mère, chargée de sacs de dons et de médicaments pour elle et sa petite-fille, prendra une bénévole dans ses bras, posant son front contre le sien, témoignage de sa reconnaissance.

Conditions de santé dans un camp

Si ces gens continuent de vivre avec le sourire, les conditions d'hygiène dans ces camps de fortune rendent la tâche inévitablement compliquée. Bien qu'ils aient aménagé la pagode avec « les moyens du bord », la nécessité pour eux de vivre dans des conditions d'hygiène plus décentes est urgente. Malgré cela, leur force reste inébranlable.

Lydie Nay, volontaire et femme du docteur Pharada Nay qui agit également sur cette mission, confie : « La plupart des cas que retrouve aujourd'hui mon mari, ce sont des symptômes de stress, des contractures. Il y a également beaucoup de problématiques liées à la qualité de l'eau qu'ils consomment. »

 

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Dans le bloc opératoire artisanal, dans lequel pratiquent Yanick Mounier, ancien légionnaire, cadre infirmier et président de la Fédération des anciens combattants au Cambodge, mais aussi le docteur Thierry Chhuy, à la tête de l'équipe médicale pour cette journée, les cas s'enchaînent. Plaies béantes, abcès, tumeur…

Yanick Mounier, son passé d'ancien légionnaire marqué par plusieurs missions en Afrique et au Moyen-Orient l'a confronté très tôt à la misère et à l'urgence. De ces expériences, il a surtout gardé une capacité à agir vite, avec méthode et efficacité, pour aider à rétablir un cadre stable et permettre la prise en charge des populations civiles après les crises.

S'il confie une présence déjà importante de bénévoles sur ce type de mission, il exprime tout de même : « Ces gens ont besoin de tout. Ils vivent sous des tentes ou des bâches en plastique, sans eau potable ni moyens d'hygiène corrects, donc il reste énormément de choses à faire. On a besoin de dons, de moyens financiers. Les médicaments coûtent cher et il est inenvisageable de leur en procurer des périmés. Il faut assurer un renouvellement fréquent des stocks et donc des moyens financiers pour soutenir cela. »

« Venez, soyez curieux, et vous comprendrez de vous-même »

Au vu de ces conditions de vie compliquées, la journée pourrait se dérouler dans un climat tendu et complexe. Il n'en est rien.

Mona Tep zigzague entre les allées, s'assurant du bien-être des déplacés reçus mais aussi de ses bénévoles, veillant à la bonne cadence du travail de chacun.

 

Dans le cœur des bénévoles : les missions médicales d'urgence de Mona Tep

 

Thierry Chhuy, à l'origine de cette idée de programme humanitaire, laisse échapper de grands rires échangés avec ses patients. Des peluches sont distribuées aux plus petits, pouvant parfois s'impatienter dans les différentes salles d'attente.

Nous avons l'occasion avec certaines bénévoles d'arpenter la pagode, pour observer et « comprendre » (est-ce vraiment possible ?) dans quelles conditions vivent les déplacés. La visite est rapidement interrompue par un groupe de petites filles : d'abord très timides, leur étonnement a bien vite laissé place à des éclats de rire ; amusées de nous voir là, les fillettes voulaient jouer avec nous.

Sous le regard attendri de Nathalie et Lydie, ces deux volontaires me confient : « Ces missions, elles n'apportent que de l'amour. » « Ça oui, de l'amour avec un grand A ! »

 

Dans le cœur des bénévoles : les missions médicales d'urgence de Mona Tep

 

En tant qu'étudiante en journalisme, je ne pouvais qu'imaginer ce que j'allais ressentir ce jour-là. Ce n'est pas quelque chose que l'on apprend à l'école. Le journalisme humanitaire, les reporters de guerre… Ces professionnels ne peuvent que, par leurs mots, leurs photos, transmettre les émotions et l'expérience qu'ils ont traversées. Vivre cela est tout autre.

La vérité, Lydie l'affirme : « Si vous songez à faire du bénévolat, venez. Soyez curieux, et vous comprendrez de vous-même sur le terrain. »

Alex, un autre volontaire, assure : « Si vous n'avez pas de temps, donnez un peu d'argent, et si vous n'avez pas d'argent, donnez de votre temps. Énormément de personnes ont encore besoin d'aide, il reste encore beaucoup de zones minées, inaccessibles, beaucoup de gens qui ont perdu leur domicile. On a encore besoin de vous, plus que jamais. »

Comment rejoindre les volontaires ?

Pour encadrer ce type de mission, le coût s'élève entre 7 000 et 8 000 dollars par week-end, incluant la logistique et les médicaments. Pour les volontaires, tout est pris en charge. Les missions médicales d'urgence de Mona Tep et Thierry Chhuy, organisées par l'AEMC et la Pharmacie de la Gare, sont soutenues par de nombreuses structures, telles que Hamariya, CIA First International School, RMA Cambodia, IU Université, La Bred Bank, Women International Group, Cambodian Children Funds, Centre Éducatif de Kep…

 

Dans le cœur des bénévoles : les missions médicales d'urgence de Mona Tep

 

Les personnes souhaitant s'engager peuvent contacter directement la Pharmacie de la Gare ou l'AEMC, qui sont les coordinateurs. Mona et Thierry ont déjà planifié une prochaine mission prévue en mai 2026.

Dans le bus du retour, le silence, marqué par la frénésie, l'intensité et la fatigue de cette longue journée, plonge la plupart des bénévoles dans un sommeil profond.

Mais à l'approche de la saison des pluies, une autre bataille se profile déjà : celle de l'hygiène, que l'humidité ambiante promet de rendre encore plus difficile.

Par Eléonore Beltran

 

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