Samedi 18 septembre 2021

PORTRAIT - Claude, un homme à la mer

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 08/03/2010 à 00:00 | Mis à jour le 08/02/2018 à 12:52

Claude Du Dinh Tan est le premier expatrié de Sihanoukville. Pionnier de toutes les découvertes dans la baie,  il trône aujourd'hui sur ce que certains surnomment désormais avec malice  "la montagne de Claude". Plongée au c?ur de l'histoire de cet amoureux des eaux cambodgiennes.

Claude n'a rien perdu de sa passion pour Sihanoukville (JT)

En arrivant sur les lieux, rien n'en dément le surnom : La montagne de Claude. Ce dernier habite un véritable fort à Sihanoukville, un fort qui a bien des charmes. Impossible de lui rendre visite sans  braver les marches qui montent jusque haut dans la  colline. Prendre son drôle ascenseur ouvert sur le ciel demande finalement presque autant de courage. Il faut fermer les yeux, s'accrocher à la rambarde et ne pas penser au moteur de la nacelle sur laquelle on est propulsée, un modeste tracteur lancé à pleine vitesse. Au sommet, la petite affaire de Claude tourne bien, restaurant comme guesthouse!  Le New York times avait même parlé du lieu comme du "meilleur restaurant du Cambodge". Rien de moins!  La tranquillité, l'authenticité et surtout la vue enchantent les visiteurs en quête de repos. "L'île sur le toit du monde" décrit  avec justesse un fidèle client.  Et si les hôtes n'avaient pas été suffisamment envoutés par la poésie du lieu, la renommée des virées en plongée de Claude  dans les iles reste, elle, de toute manière incontestable.

Embarquement à bord
Tout aussi palpitante qu'un roman d'aventure, l'histoire du franco vietnamien avec le Cambodge est des plus rocambolesques. Elle commence en 1992 soit deux ans avant que  la première guesthouse voit le jour à Sihanoukville. A l'époque, seuls les humanitaires de l'ONU dénotent avec la population locale de Sihanoukville. C'est avec fierté qu'il se présente aujourd'hui comme le premier expatrié de la ville. Il a vu  en effet la ville balnéaire grandir et vieillir avec lui. L'aventurier de la mer avait pourtant  bien failli passer à coté de ce titre honorifique. Au début des années 1990, c'est par hasard, qu'il tombe amoureux d'un catalogue de plongée des îles Célèbes. Son choix  est désormais fait, il quittera la monotonie de  la récupération industrielle pour vivre de "plongée et d'eau fraiche". Il y a peut être là aussi  l'envie de se rapprocher d'un passé vietnamien nostalgique qu'il n'a jamais connu.  L'Indonésie devait être sa terre d'accueil. Un ami lui donne  un précieux conseil qui changera tout  "Il y a tellement à faire au Cambodge". Claude se rend  alors sur place et découvre la baie de Sihanoukville.  C'est le révélation. Pris au piège, il ne peut déjà plus repartir. Après la saison des pluies,  eaux et îles sont magnifiques. "Je suis toujours amoureux, aucunement lassé. Je n'ai pas envie de partir".

Face à de  telles beautés naturelles, il se lance sans réfléchir dans des investissements. Pionnier de la station balnéaire, le loup de mer est   l'un des  tout premiers à croire  au  potentiel touristique de la baie. En avance sur son temps, il achète  rapidement du matériel pour les loisirs de la plage alliant ainsi gagne pain et passion de la mer. Jet ski, plongée, planche à voile, Hors bord...  Le passionné de plongée  se souvient "A l'époque, il n'y avait pourtant pas de tourisme, uniquement des gens de l'ONU. Ils trouvaient mes prix bien trop chers". Pourtant, le c?ur sur la main, il ne rechigne pas à épauler armée et médecins du monde.  Unique possesseur de matériel de plongée et de bateau, son apport est presque indispensable. Grâce à sa passion pour la plongée sous marine, il a l'occasion de se rendre sur  de nombreuses îles, d'en connaître les reliefs et la population. Lorsque la première campagne de vaccination de l'ONU démarre, Claude répond présent "Je les ai aidé à voyager. J'avais le matériel et la connaissance des lieux ". C'est à la hauteur de la vie pleine d'aventures qui l'attend sur les rives du royaume, qu'il se marie la même année avec une demoiselle khmer à bord du bateau de médecins du monde.


Mal de mer
Rapidement le plongeur voit plus grand  "On ne peut pas vivre que de plongée". En échange de sa participation à la construction d'un hôtel, le franco-vietnamien  devait obtenir la possibilité de monter son affaire sur Indépendance Beach. Il apporte le bois prédécoupé, obtient l'aide de la légion pour le montage et engage même un garde qui déniche aussi de menus objets comme les boulons. La police vient tout démonter. Claude est déçu mais n'abandonne pas! A l'époque, s'installer à Sihanoukville relève plus de l'aventure que de l'investissement. Avec humour, il raconte que cet entêtement lui vient de sa maman, une lorraine!

Le franco-vietnamien part alors  s'installer sur Koh Pos, l'île aux serpents. Il se rappelle cette expérience unique, loin de toute civilisation "A l'époque, on était vraiment tout seuls, on se faisait appelé: les robinsons de Koh Pos". Malgré une lettre du roi  autorisant une location qui n'est  même pas sur la plage, il est contraint de déguerpir au bout d'un an. Le gouvernement reprenait alors ses droits sur les territoires insulaires. Toujours aussi têtu, le plongeur se pose alors à Ocheteal Beatch. Cumulant les malchances ou victime du manque de coopération  des autorités, là encore les choses vont mal se passer. Alors qu'il avait signé un contrat  de 6 ans, le tribunal de Sihanoukville lui assigne l'ordre de quitter la plage au bout de deux.  Encore aujourd'hui, le gérant est amer. Il  se souvient avoir claqué la porte devant l'iniquité  du procès et montre encore les cicatrices du combat qui s'en sont suivies. Il explique la difficulté à l'époque d'investir dans la baie "Dés que le succès était au rendez vous, on était  facilement considéré comme des étrangers qui viennent manger le pain de la bouches des khmers". Claude évoque pourtant le soutien d'amis khmers qui lui ont donné la force de continuer et de rester malgré les défaites  "Quand ca allait mal, des khmers m'ont aidé!". Il se sentait de toute manière bien trop investi au Cambodge pour ne pas y rester.

Claude croqué en amiral du 18e par un ses clients et amis... (JT)

Terre en vue!
Les aventures de Claude finissent bien.  Le succès est au rendez-vous avec  l'installation de la guesthouse et du restaurant en haut de la colline, connu par tous comme 'Chez Claude'.  Sa position géographique lui permet d'éloigner d'éventuels jaloux avides de prendre leur part du gâteau. En Plaisantant, Claude raconte "Lorsque cela arrive, mon personnel raconte que je ne suis pas là. Ils se sont  fatigués  à monter jusqu'en haut. Je ne vais pas non plus leur mettre l'ascenseur !". Cette audace de situation géographique a également un prix.  Le plongeur évoque notamment la difficulté à monter les matériaux en haut  de la colline au tracteur et au quad lors de la construction des bâtiments.  Le soutien des khmers lui a encore une fois été d'un grand secours: l'un l'autorise à dormir sous sa maison, l'autre lui prête sans reçu 1000 dollars afin qu'il puisse rentrer en France. A force de courage et de détermination, Claude réussit à se construire une fort où il se sente protégé  "je ne suis pas perdant d'esprit, je voulais faire quelque chose qui soit chez nous "

S'il s'est laissé charmer par les eaux de la baie,  il espère que d'autres plongeurs le seront aussi. Le Cambodge a plus d'un atout pour les passionnés. Son principal attrait est de posséder encore de nombreuses zones inexplorées. Claude admire la qualité de ses fonds "Il n'y pas une grande visibilité mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a rien à voir. Il y a autant à s'émerveiller qu'en Thaïlande mais eux sont meilleur que nous en Marketing". Avec des étoiles dans les yeux, il raconte ses meilleurs rencontres dans les eaux du royaume: un requin baleine en 2002,  des requins de récifs à plusieurs reprises et des dauphins venus jouer autour de son bateau tandis qu'il le nettoyait sur une plage de l'île aux serpents.  Le roi des plongeurs  évoque aussi les récifs escarpés qui rendent les épaves nombreuses dans les fonds marins du Condor Reef.  De quoi faire rêver les amateurs de chasse au trésor! Les fonds  marins regorgent de morceaux de vaisselles chinoises. En 1999, une jong du 17éme avait même été trouvée par une équipe, contenant possiblement or et porcelaine. Lorsqu'on lui parle de l'avenir du tourisme pour Sihanoukville, il ne revient pas sur sa nécessité .Le franco-vietnamien  a tout de même à c?ur de garder  une baie propre. Et de lancer l ?idée d'un-t-shirt provocateur "Before, we had killing fields, now we have plastic fields". Pragmatique. Il ajoute  aussi "Si on pouvait  éviter les drogues et pédophiles liés au tourisme, ce serait bien".

Sur son passé, Claude conclut en plaisantant "j'étais trop en avance". Pourtant depuis clubs de plongées, restaurants et guesthouses se multiplient sur les plages de Sihanoukville. Le visionnaire, n'est plus à une audace prés. Un nouveau projet  fait déjà  son chemin: celui d'un parc de loisirs sur Ocheteal Beach qui comprendra appartements privés, villas et toboggans... Encore un vent de nouveauté dans la baie soufflé par Claude! Reste à trouver les 12 millions de dollars de financements pour  ce projet ambitieux. .

Marion Le Texier (www.lepetitjournal.com/cambodge.html) lundi 8 mars 2010

Claude Du Dinh Tan
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