Un artisan cambodgien préserve les techniques traditionnelles de l’argenterie khmère et transmet son savoir aux jeunes générations.


Dans le village de Kampong Luong, situé à environ 30 kilomètres de Phnom Penh, Sieng Touch s’attache à préserver les techniques traditionnelles de l’argenterie khmère. À 59 ans, il vit entouré de ses créations et consacre sa vie à cet artisanat hérité de son père. « Je n’ai pas étudié dans une école d’art, ni même été à l’école », confie Sieng Touch. Il a appris ce métier directement auprès de son père, perpétuant ainsi une tradition familiale. Son parcours est évoqué par Kong Vireak, ancien directeur du Musée national du Cambodge, dans son ouvrage Khmer Silverwares, publié en 2009. Selon cet ouvrage, les techniques anciennes de fabrication de l’argenterie restent encore peu connues des chercheurs.

Étape 1 : dessin sur papier pour se familiariser avec les formes.
Une transmission fragilisée mais toujours active
Pour Sieng Touch, l’apprentissage repose avant tout sur la transmission. Il a commencé dès l’enfance, mais fut forcé d’interrompre sa formation durant la période des Khmers rouges. Ensuite, les survivants ont repris leur activité et relancé progressivement leur entreprise familiale, développant leurs ventes à Phnom Penh et Siem Reap. Aujourd’hui, Sieng Touch et son épouse accueillent des enfants du village afin de leur enseigner cet artisanat. Leurs propres enfants et plusieurs membres de leur famille poursuivent également cette voie. « Ma fille a fait cela. Cela lui a pris presque trois mois », dit Touch en pointant un bol cérémoniel en argent.

Étape 2 : apprentissage de la mise en forme sur des canettes.
L’apprentissage est long et exigeant. Dans l’atelier, qui fait aussi office de boutique, certains enfants dessinent tandis que d’autres s’exercent à graver sur des canettes. « La première étape consiste à dessiner des formes de base sur papier », indique Sieng Touch. « Cela peut être des pétales de romdoul ou des motifs kbach, typiques de l’ornementation khmère. » Une fois ces formes maîtrisées, les élèves utilisent des outils métalliques et des marteaux pour reproduire les motifs sur des canettes. Ce n’est qu’après cette étape qu’ils peuvent travailler l’argent. Sieng Touch observe toutefois une évolution des comportements : « Les enfants sont moins concentrés aujourd’hui ». Malgré cela, il espère que les jeunes générations continueront à s’intéresser à cet art.

La maîtrise de la gravure sur des canettes garantit la précision sur le véritable argent.
Une dimension culturelle et symbolique forte
Selon Kong Vireak, l’usage de l’argenterie occupe une place importante dans la société khmère, tant dans les pratiques sacrées que dans la vie quotidienne. Dans l’atelier, cette dimension est palpable : les objets en argent ne sont pas de simples éléments décoratifs, ils portent une signification culturelle. Sieng Touch évoque ainsi certains symboles : « La citrouille, le porc et la chèvre ont tous une signification lorsqu’ils sont placés dans une maison ou utilisés lors de cérémonies. » Pour lui et sa famille, la gravure dépasse la simple activité économique. Il s’agit d’une passion profonde qu’il souhaite partager. Il souligne également la diversité de ses réalisations : « Nous avons fabriqué la plaque ministérielle pour le ministère des Mines et de l’Énergie ».
Article et photos par Elise Roy
Avec l'aimable autorisation de Cambodianess, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.
Sur le même sujet

































