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Un fixeur cambodgien emprisonné, sa femme appelle Poutine à l’aide

Par Paul Vernois | Publié le 10/01/2019 à 20:00 | Mis à jour le 10/01/2019 à 20:00
Photo : Rath Rott Mony en 2014. Crédits : page Facebook
rath rott mony

Rath Rott Mony, un fixeur cambodgien ayant collaboré à un reportage sur la traite des êtres humains au Cambodge, est incarcéré depuis décembre pour achat de faux témoignage.

Mercredi 9 janvier, une manifestation a eu lieu devant l’ambassade de Russie à Phnom Penh pour protester contre l’incarcération de Rath Rott Mony pour sa participation dans la réalisation du documentaire controversé My mother sold me, produit par le média russe Russia Today. Deux autres manifestations avaient déjà eu lieu le 18 décembre et le 2 janvier devant l’ambassade russe de la capitale.

Rath Rott Mony était fixeur auprès du journaliste de Russia Today pour réaliser ce documentaire. Les fixeurs facilitent en général les déplacements des journalistes venant réaliser des reportages à l’étrangers, servant souvent de traducteurs et de guides.

Les poursuites à son encontre se fondent notamment sur le témoignage d’une femme affirmant devant la caméra avoir échangé la virginité de sa fille contre 1000 dollars. Un témoignage qui a conduit le 7 décembre dernier à son arrestation en Thaïlande à la demande du Cambodge. Rath Rott Mony s’y était réfugié avant de demander l’asile politique aux Pays-Bas. Les autorités cambodgiennes basent leurs accusations sur des plaintes des personnes interrogées dans le documentaire pour des faux témoignages, en échange desquels ils auraient reçu de l’argent.

Le 12 décembre dernier, Rath Rott Mony a été transféré dans une prison cambodgienne à la demande des autorités du royaume. La Cour municipale de Phnom Penh a prononcé le lendemain sa détention à la prison de Prey Sar dans la capitale. Il risque jusqu’à 3 ans de prison et une amende de 2 à 4 millions de riels.

Le fixeur a plaidé son innocence et minimisé son rôle dans la production du documentaire, limitant son implication à celle d’un simple interprète et intermédiaire. Son avocat a transmis au tribunal une demande de libération sous caution le 24 décembre, refusée par les juges. Il compte refaire une demande dans les prochains jours, et a annoncé saisir la juridiction d’appel si elle fait l’objet d’un nouveau refus.

La femme de Rath Rott Mony clame l’innocence de son mari, affirmant que les témoignages présents dans le documentaire sont bel et bien réels, et que les personnes interviewées ont affirmé avoir été payées par la production pour tenir un tel discours sous pression des autorités cambodgiennes.

La question sensible du trafic de virginité des jeunes filles cambodgienne abordée dans le documentaire est liée au développement de la prostitution dans le pays. Le lieutenant-général de la police cambodgienne Chhay Kim Khoeun a cependant affirmé que ce documentaire est une invention destinée à discréditer la culture et la réputation du Cambodge.

Le réalisateur du documentaire Pavel Burnatov a affirmé avoir reçu absolument toutes les autorisations nécessaires de la part des autorités, qui étaient de fait en totale connaissance de son existence. Russia Today aurait par ailleurs envoyé un communiqué à l’ambassade Russe de Phnom Penh afin de défendre la cause de Rath Rott Mony. L’absence de réponse de l’ambassade aurait poussé l’épouse du journaliste cambodgien à manifester pour demander son soutien.

Rath Rott Mony, par ailleurs président d’un syndicat (Cambodian Construction Workers Trade Union Federation) demeure en prison dans l’attente de son jugement. Son avocat a affirmé continuer à tout mettre en œuvre pour obtenir sa libération.

Selon Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières (RSF), « au vu des informations que nous avons recueillies sur cette affaire, nous demandons sa libération immédiate et inconditionnelle ».  Le Cambodge se classe actuellement en 142e position sur le classement mondial de la liberté de la presse de RSF. Dans un rapport publié en février 2018, l’ONG estimait que la presse indépendante était « plus que jamais en péril dans l’histoire récente du Cambodge ».

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1 Commentaire (s)Réagir
Commentaire avatar

ManuH01 ven 11/01/2019 - 06:33

Tout le monde connaît l'existence de ce trafic cruel de jeunes filles vierges ! Et depuis longtemps : quand je travaillais au Cambodge (fin des années 1990), en mission à Kompong Cham, mon collègue cambodgien me dit mi-dépité, mi-scandalisé : <> ! Et, il est bien arrangeant d'accuser de corruption un syndicaliste... ça fait une double raison pour attaquer ce courageux "fixeur" (je découvre le mot, merci !). Je lui souhaite à lui, ainsi qu'à sa famille, du courage.

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