Édition internationale

MIGRATION – L’exode des travailleurs Cambodgiens accéléré par les relations entre la Thaïlande et le Cambodge ?

Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 25 juin 2014

Depuis le 6 juin, plus de 200 000 travailleurs Cambodgiens ont fui la Thaïlande, suite au climat régnant depuis le coup d'Etat du 22 mai dernier. Pour certains, cet exode aurait des raisons politiques et historiques.

Il n'est pas aisé de connaître les raisons qui mènent les Cambodgiens à revenir dans le pays. Certains d'entre eux ont confié à l'Association Cambodgienne de défense des Droits de l'Homme et du Développement (ADHOC) qu'ils ont été témoins d'homicides de leurs compatriotes par l'armée thaïlandaise. Forte de ces interviews, ADHOC a publié un communiqué de presse le 11 juin dans lequel l'organisation fait état de neuf morts et qualifie le phénomène de rapatriement ? forcé ou volontaire ? de « campagne virulente » envers les Cambodgiens. Le lendemain, l'ambassadeur de Thaïlande au Cambodge a nié ces allégations, déclarant qu'une enquête serait menée pour éclaircir la situation. « Nous avons des preuves et des témoins » explique Thun Saray, le président de l'Association, « mais retrouver les témoins reste difficile ». L'un d'entre eux, Rith[1], 30 ans, travaillait sur un chantier depuis un mois à Pattaya dans la région de Chonburi et a confié qu'il a entendu trois coups de feu sur le chantier adjacent au sien où il y avait des ouvriers cambodgiens. «Je n'ai pas vu qui a été tué mais beaucoup d'ouvriers ont accouru sur notre chantier pour nous le raconter. D'après certains d'entre eux, trois corps gisaient sur le sol, qui ont été emmené à la pagode voisine pour être incinérés ». C'est pour cette raison que Rith est parti : « nous devons fuir pour rester saufs », dit-il. Beaucoup d'autres s'avouent apeurés à l'idée de retourner en Thaïlande mais veulent s'y résoudre car ils y trouveront du travail. Rith vit aujourd'hui avec sa maman, sans terre à cultiver et ne veut pas rester au Cambodge dans ces conditions.

Les Cambodgiens qui travaillent illégalement ou légalement en Thailande représentent une part considérable de la main d'?uvre du pays et les répercussions de leur exode se font déjà sentir dans certaines entreprises thaïlandaises. Jakrapob Penkair, ancien porte-parole du gouvernement thaïlandais et l'un des leaders de la communauté thaïe en exil, a confié au Petit Journal à Phnom Penh que le pays ne saurait survivre sans ses voisins et que les travailleurs cambodgiens y étaient considérés les « meilleurs » de la région. « La demande de travailleurs cambodgiens vient en fait des patrons thaïlandais, explique-t-il. Les ouvriers cambodgiens ne font pas de vague, ne se plaignent pas et ils sont également particuliers car ils préfèrent travailler dans des usines, à cent ou mille, pour pouvoir parler leur langue et se sentir chez eux. Les Thaïlandais devraient leur être reconnaissants ».

La pression s'exercerait particulièrement sur les Cambodgiens.

David Camroux, maître de conférences à Sciences Po et chercheur au Centre d'Etudes et de recherches internationales, comprend la réaction des Cambodgiens. « Historiquement, l'ethnie thaïe est d'une xénophobie prononcée. Aujourd'hui, ce coup fonctionne en jouant beaucoup plus sur la fibre xénophobe que la fibre bouddhiste. Dans une telle période, il faut trouver un bouc émissaire. On trouve cela n'importe où dans un climat de prise de pouvoir », a-t-il déclaré. Toutefois, Jakrapob Penkair explique que la pression s'exerce particulièrement sur les Cambodgiens pour des raisons politiques du fait de « la collaboration passée et récente des autorités cambodgiennes avec les chemises rouges [qui ont soutenu le gouvernement renversé]», dit-il en ajoutant que « la junte a joué un jeu psychologique jusqu'à ce que les Cambodgiens aient ce sentiment de peur et partent ».

Pour David Streckfuss, historien et spécialiste de la Thaïlande, la  peur est le « fondement de la relation entre les deux pays». Il l'explique par des facteurs historiques. Ainsi, quand le Royaume de Siam est devenu prédominant en Asie du Sud-Est, tout s'est fondé sur l'importance de l'ethnie Thaïe et le refus de l'étranger. Selon lui, les Cambodgiens sont aujourd'hui souvent méprisés par les Thaïs. « Le Cambodge a toujours été le souffre-douleur de l'establishment de Bangkok, parfois de manière complètement incongrue », déclare David Streckfuss. Selon lui, « les relations entre les deux pays sont tendues depuis ces vingt dernières années et comme la Thaïlande est en quelque sorte restée bloquée dans le temps, son attitude vis-à-vis de ses voisins et du reste du monde n'a jamais vraiment évolué. », conclut-il.

Clothilde Le Coz ? www.lepetitjournal.com/cambodge - Mercredi 25 juin 2014

 



[1] Pour des raisons de sécurité, son nom a été changé car il souhaite revenir travailler en Thaïlande.

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Publié le 23 juin 2014, mis à jour le 25 juin 2014
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