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Au Cambodge, les droits des détenues en souffrance

Par Marion Joubert | Publié le 14/04/2019 à 20:00 | Mis à jour le 14/04/2019 à 20:00
Photo : Des détenues accompagnées de leurs enfants. Crédit : La LICADHO, rapport 2018
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Le premier ministre cambodgien a déclaré que les conditions de vie des populations vulnérables en détention provisoire devaient changer. Leur situation appelle en effet à une action urgente selon la LICADHO.

Lundi 8 avril, le premier ministre Hun Sen a exhorté le ministère de la Justice et le ministère de la condition féminine à reconsidérer la situation des femmes en détention provisoire. ll a rappelé quels étaient les nombreux défis auxquelles elles faisaient face, tels que le manque de nourriture, d'eau, de vêtements et de matériel hygiénique… Des problèmes aggravés par le recours excessif à la détention provisoire et la sous-utilisation des procédures judiciaires existantes, telles que la demande de libération sous caution.

La ligue cambodgienne pour les droits de l’homme (LICADHO), organisation non gouvernementale qui promeut les droits humains au Cambodge, adhère au discours prononcé par le premier ministre et appelle à une action urgente pour répondre aux besoins des populations vulnérables incarcérées.

Selon un rapport de l’ONG publié en octobre 2018 qui met en lumière la situation des jeunes mères et des femmes enceintes vivant derrière les barreaux, le nombre d'enfants en bas âge vivant en prison a augmenté de façon spectaculaire, passant de 30 enfants fin 2015 à 138 en juillet 2018. « Cette augmentation dramatique du nombre de détenus peut être attribuée à la guerre contre la drogue lancée par le gouvernement cambodgien le 1er janvier 2017 », explique Naly Pilorge, directrice de la LICADHO.

L'article 41 de la loi sur les prisons indique que les enfants qui accompagnent leur mère sont autorisés à rester avec elle jusqu'à l'âge de trois ans. Naly Pilorge confie que dans les faits, si ceux-ci atteignent l'âge de trois ans et que la mère a bientôt fini de purger sa peine d’emprisonnement, « le directeur du centre de détention peut décider, au cas par cas, de laisser l'enfant en prison ».

Des femmes renvoyées en prison un jour après leur accouchement

Selon la directrice de la LICADHO, la détention provisoire peut durer jusqu'à 22 mois. Le code de procédure pénale prévoit une durée de six mois qui peut être prolongée de six mois supplémentaires à deux reprises. Un mandat peut allonger la durée de détention de quatre autres mois dans l'attente du procès.

Les conditions de vie en détention provisoire sont particulièrement difficiles pour les mères avec leurs enfants et les femmes enceintes. Celles-ci n'ont pas accès à des soins particuliers avant ou après l'accouchement et dans certains cas, elles doivent retourner en prison dans la journée qui suit l'accouchement. Une femme incarcérée interviewée par la LICADHO raconte : « Même si j'étais enceinte, on ne m'a pas donné de nourriture supplémentaire ou des soins médicaux. Le lendemain de la naissance de mon bébé, les gardes m'ont fait retourner en prison ». Par ailleurs, le milieu carcéral nuit mentalement et physiquement aux enfants à un moment crucial de leur développement.

La libération sous caution est un droit dont dispose l’accusé présumé innocent. D’après la LICADHO, l’utiliser de manière appropriée en privilégiant les populations les plus vulnérables telles que les jeunes mères et les femmes enceintes préviendrait les dommages durables pouvant être infligés aux enfants en bas âge. Par ailleurs, cela éviterait aux mères d’élever des nourrissons dans des cellules surpeuplées. « Je vis dans une cellule de 134 personnes », révélait notamment l’une des détenues interrogée par la LICADHO.

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