CULTURE - La Music Arts School : innovation pédagogique et préoccupation sociale

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 06/11/2011 à 15:05 | Mis à jour le 08/02/2018 à 13:03

Une nouvelle école de musique a ouvert ses portes en juin dernier à Phnom Penh. Située rue 370, la Music Arts School dénote dans le paysage de l'apprentissage musical

La Music Arts School, première école de musique au statut d'ONG, est née récemment d'une idée d'un homme d'affaires suisse passionné de musique. Celui-ci a voulu transformer un peu le paysage des écoles de musique à Phnom Penh, qui accueillent pour la plupart un public très aisé.

L'école de musique dispose d'instruments khmers et occidentaux. (Crédit photo : Laure Delacloche)

La volonté de la Music Arts School est au contraire de faciliter l'accès à la musique pour toutes les classes sociales cambodgiennes, comme en témoigne le niveau des prix. Elle veut aussi encourager les Cambodgiens à pratiquer leur musique traditionnelle. Pour l'heure, l'école accueille déjà plus de Cambodgiens que d'expatriés, qui pourraient être très attirés par le faible coût des leçons. Elle a également mis en place un système de bourse, dont bénéficient déjà 9 élèves. Ceux-ci ont été choisis en fonction de leurs talents musicaux et de leur volonté de devenir des musiciens professionnels. Tous avaient déjà appris à jouer d'un instrument auparavant, mais Andy Hawkings, le directeur musical de l'école, ne sait pas précisément quand et où ils ont eu accès à la musique. Certains d'entre eux viennent de The Building, un endroit branché de Phnom Penh où une communauté de musiciens s'est développée.
En plus de proposer des cours à des prix plus abordables (même s'ils représentent toute de même une somme considérable pour une famille cambodgienne de classe moyenne), l'école mise sur l'originalité. Elle dispense à la fois des cours de musique occidentale classique et des cours de musique khmère. Les uns apprennent donc à jouer du piano, du violon ou de la guitare, quand les autres s'exercent sur leur khem, leur skor, leur takeo ou leur tro. Les 90 élèves de l'école bénéficient d'une assez large variété d'instruments, à l'échelle de cette école de musique naissante.

Importations et contre-façon

Cependant, lancer une telle école de musique au Cambodge n'a pas été sans difficulté. Le pays ne compte pas d'artisans ni d'usines qui produisent des instruments de musique : tous les pianos de la Music Arts School ont du être importés. L'acquisition de guitares a posé un problème différent : s'il est possible d'acheter cet instrument à cordes pour un prix modique au Royaume, il faut cependant se méfier des contre-façons. Un autre problème de taille est progressivement en train d'être surmonté : les élèves, qui viennent en général de milieux assez populaires, n'ont pas la chance d'avoir un instrument qui leur appartienne. Or une des conditions du progrès d'un musicien est de pouvoir pratiquer chaque jour.

Pour pouvoir proposer des cours de guitare avec des instruments de qualité, il a fallu se méfier de la contre-façon. (Crédit photo : Laure Delacloche)

L'équipe pédagogique a donc décidé de permettre aux musiciens de venir pratiquer dans les locaux de l'école. Elle n'a pour l'instant pas les moyens de proposer des instruments à la location, comme tant d'autres écoles le font. Cependant, ce souci a ses bons côtés : les élèves qui viennent pratiquer dans les locaux de la Music Arts School participent à une ambiance sympathique. L'idée d'Andy Hawkings était de ?proposer un espace où les gens puissent se rencontrer et où ils puissent jouer ensemble.?

Innovation pédagogique

L'école présente un autre avantage : à l'image de la diversité des parcours de l'équipe, elle propose plusieurs méthodes d'apprentissage. Une méthode classique, comparable à celle dispensée dans la plupart des établissements occidentaux et une méthode moderne : la méthode du compositeur Kodàly. Andy Hawkings, qui assure la formation des élèves selon cette méthode, présente ainsi les avantages de cette approche développée dans le courant du XXe siècle : ?Elle permet de changer de tonalité immédiatement, car elle apprend la musique à partir d'un do ?mouvant?.? L'intérêt est alors que l'élève ne retient pas une note de par sa hauteur, mais il comprend une note par rapport aux autres : il intériorise la structure qui relie les notes entre elles. ?Les Cambodgiens, eux, apprennent toujours la musique avec un do fixe, ce qui rend l'improvisation beaucoup plus compliquée.?

La musique comme moyen d'expression et de communication

Plus qu'une simple manière d'apprendre la musique, le musicien, qui a reçu une formation classique, espère que les clés délivrées par la méthode hongroise permettront à ses élèves de s'exprimer en toute liberté. Plus largement, il croit en la musique comme un moyen de réduire les barrières culturelles. Il en a fait un engagement : son prochain projet est de donner une voix aux classes sociales les plus défavorisées, au sens propre du terme. Il a ainsi l'envie de former dix groupes de personnes, par corps de métier, et de les faire chanter sur le thème de leur choix. Une belle manière d'illustrer le pouvoir de la musique.

Aujourd'hui, les élèves viennent à l'école pour pratiquer leur instrument et pour partager des moments musicaux. (Crédit photo : Laure Delacloche)


Enfin, l'école est en passe de s'institutionnaliser. Sa reconnaissance est indispensable si elle veut former des musiciens professionnels ayant un avenir. En plus de se doter d'un studio de répétition, l'équipe a choisi de proposer à ses élèves de passer des examens. Ceux-ci seront conduits par John Howard, du London College for Music. Dans peu de temps, il conduira une batterie d'examens blancs à la Music Arts School. Il reviendra au mois de mars, cette fois pour faire passer des examens qui auront une valeur.

Laure Delacloche (www.lepetitjournal.com/cambodge) Lundi 7 novembre 2011

Site internet : www.music-arts-school.org

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Raphael Ferry

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