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La légendaire île Ada-Kaleh, véritable paradis perdu

Par Sarah Taher | Publié le 14/05/2019 à 00:00 | Mis à jour le 14/05/2019 à 08:32
Photo : Photo prise du train Timișoara-Craiova à l'époque austro-hongroise - Wikipedia
Ada Kaleh

Il était une fois une île singulière, surgie au milieu des montagnes et des eaux, baignées par les flots du Danube, véritable oasis méditerranéenne. On y respirait l’arôme délicieuse du café, le parfum des roses et les effluves des narghilés. Engloutie par les eaux, l’île git aujourd’hui à 30 mètres de profondeur. Voici son histoire incroyable...

 

 

Décrite par Hérodote sous le nom de Cyraunis comme étant „remplie d'oliviers et de vignes”, l’île était déjà à l’époque un petit paradis jouissant d’un climat méditerranéen. Mais, c’est sous le nom turc de de „Ada Kaleh” qui signifie „l'île forteresse” que l’île est rentrée dans la légende. Située à la frontière entre l’empire ottoman et celui austro-hongrois, à un endroit où la largeur du Danube était restreinte, l'île représentait un intérêt stratégique dont l’Empire des Habsourg avait perçu l’intérêt, son emplacement lui permettant de contrôler la navigation sur le fleuve. Ainsi, les Autrichiens y construisirent une forteresse en forme d’étoile, de type Vauban, avec des murs épais de pierre, des canons et des catacombes lui permettant de se protéger contre les attaques ottomanes. Ce n’est qu’après la première guerre mondiale que l’île devient officiellement un territoire roumain et que des centaines de turcs s’y installèrent, la transformant en un petit paradis exotique où tous les délices de l’orient étaient réunis dans une torpeur qui respirait la douceur de vivre.

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Sur ce petit bout de terre d’à peine 1,7 km de long sur 500 mètres de large, il y avait tout ce dont pouvait rêver une ville: une école officiant en roumain et en turc, une église orthodoxe pour les chrétiens de l’île, une mosquée, une mairie, un bureau de poste, une bibliothèque, un cinéma, des fabriques de cigarettes, de loukoums, de nougats, des ateliers de couture et même une station de radio ! La mosquée de l’île abritait aussi le plus grand tapis de mosquée de Roumanie, qui se trouve aujourd’hui dans la mosquée de Constanta et qui n’est déployé qu’à moitié à cause de ses dimensions hors norme. Ainsi, les locaux, artisans ou commerçants, vivaient des marchandises qu’ils fabriquaient sur place et vendaient dans leurs échoppes: bijoux, tabac, confitures, huile et parfum de roses, fruits séchés, nougats, halva, sorbets parfumés et les fameux loukoums d’Ada Kaleh à l'abricot, à la pêche ou à la rose, dont la recette était soigneusement gardée par les habitants. A l’ombre des figuiers on pouvait déguster un boza frais (boisson fermentée à base de céréales) ou un café turc fumant.

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Le bazar de l'île d'Ada Kaleh - Wikipedia

Les autorités roumaines d’alors donnèrent à l’île un statut fiscal avantageux, qui encouragea la contrebande, on raconte même que des tunnels auraient été creusés par des trafiquants de marchandises sous le fleuve pour rejoindre la rive droite yougoslave. Exempté de droit de taxes et d’impôts, on pouvait y acheter des produits à bas prix. La réputation grandissante de l’île lui permettait d’attirer alors de nombreux visiteurs et de devenir une escale exotique prisée par les peintres, les poètes et les compositeurs. Même le roi Carol II et plusieurs dignitaires du régime communiste y firent un séjour prolongé.

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Boîte de cigarettes Ali Kadri
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Boîte de loukoums

 

Après des décennies de prospérité, l’île vit son destin scellé en 1971. Un projet imposant devait voir la jour: la construction de l’hydrocentrale roumano-serbe des Portes de Fer, une remarquable réalisation en ingénierie à l’époque. Ainsi en 1963, les habitants furent annoncés par l’imam et en 1964 la construction du barrage démarra. Le coeur serré, les habitants quittèrent l’île pour s’établir à Orsova, Turnu Severin ou à Constanta, tandis que d’autres partirent pour la Turquie. Une partie de la forteresse fut déplacée ainsi que les monuments funéraires sur l’île Simian. En 1971, la légendaire île disparut à jamais sous les eaux du lac artificiel de l’hydrocentrale.

 

Certaines personnes racontent qu’aujourd’hui, à certains moments, quand le niveau du Danube baisse, on pourrait encore apercevoir le minaret de la mosquée... et on ne peut plus qu’imaginer l’ambiance qui y régnait: les petits cafés, les bazars, les ruelles pittoresques et les jardins parfumés.

 

Reportage réalisé par Sahia Films: Le dernier été à Ada Kaleh (1968) (voir à la minute 8:45)

 

1 Commentaire (s)Réagir
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Dominique mar 14/05/2019 - 21:01

Belle histoire...Merci Sarah.

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