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HISTOIRE - Le Baiser de Brâncuşi, au coeur de toutes les passions

Par Grégory Rateau | Publié le 19/02/2019 à 00:00 | Mis à jour le 19/02/2019 à 11:10
Photo : Wikipedia.ro
constantin brancusi Le Baiser passion conflit

Pour la date de son anniversaire, le 19 février 1876, notre rédaction vous raconte aujourd’hui l’histoire d’une œuvre de Brâncuşi qui déchaîne toutes les passions, Le Baiser. Cette sculpture se trouve actuellement au cimetière Montparnasse où elle a été mise sous scellés. En effet, une incroyable guerre financière oppose l’Etat français à une famille russe car les enjeux sont énormes. Selon les connaisseurs, cette sculpture serait actuellement la plus chère sur le marché de l’art mondial.






Les nombreux visiteurs qui, chaque jour, se pressent sur les célèbres tombes de Gainsbourg, Baudelaire ou encore Maupassant sont plutôt étonnés en passant devant une étrange caisse en bois en guise de stèle. Sous cette caisse, se trouve la fameuse œuvre de Brâncuşi ornant la tombe d'une jeune femme Russe qui, hier encore, était totalement inconnue. Elle s'appelle Tatiana Rachewskaia. Cette sculpture, Le Baiser, a fait couler beaucoup d'encre depuis, car, elle représente un couple tellement fusionnel que les deux amants sont représentés comme imbriqués l’un dans l’autre dans l’éternité d’un baiser. Une expression de l’amour fou qui trouve un écho troublant dans l’histoire de cette jeune femme russe entourée d’un aura de mystère, que Brâncuşi a, bien malgré elle, rendu aussi immortelle que son œuvre.

 

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wikipedia /Julien 31




Qui était cette Tatiana Rachewskaia?


Son histoire a eu un dénouement tragique, la jeune femme se suicidant à Paris en 1910 à l’âge de seulement 23 ans. Les rumeurs vont bon train à propos de ce personnage énigmatique qui fascine et enflamme les imaginations. On la dit parente du grand Tolstoï, elle apparaît même dans le roman de l’écrivain révolutionnaire Ilya Ehrenbourg, Les Années et les hommes. Elle y est décrite comme une femme étant allée en prison pour fuir ensuite à Paris et faire ses études de médecine. C’est d’ailleurs là-bas qu’elle tombera amoureuse d’une médecin d’origine roumaine, Solomon Marbais. Une passion amoureuse va naître et tout ravager sur son passage, là encore on ne peut que faire le lien avec la grande littérature russe qui, comme le veut la tradition, se terminera inévitablement dans le sang et les larmes. C’est la sœur du docteur qui, un jour de pluie drue et de rebonds glacés de la fin novembre 1910, retrouvera la jeune femme pendue dans sa chambre du boulevard de Port-Royal. C’est donc sa famille venue spécialement de Russie qui aura l’idée, pour honorer la mémoire de leur fille, de lui faire ériger une stèle unique en son genre. Ami du docteur Marbais, Constantin Brâncuşi était encore un inconnu à cette époque, n'étant qu'un simple apprenti parmi d'autres du célèbre sculpteur Rodin. Brâncuşi venait justement de terminer une sculpture représentant deux amants enlacés, Le Baiser. La suite vous la connaissez...

 

 

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Facebook / Le Baiser-Rachewskaia



Fascination pour cette sculpture

Brâncuşi a réalisé de nombreux exemplaires de cette œuvre mais celle-ci est unique car elle représente les amants en entier et fait 90 centimètres de hauteur. De plus, son installation en plein air, sous le regard de tous et de toutes, lui confère une sensualité particulière. Cette tombe, qui aurait été parfaitement ignorée en d’autres circonstances, est devenue le lieu de rendez-vous des amoureux du monde entier, des couples clandestins pouvant se rendre devant la sculpture pour y célébrer en toute discrétion la force de leur amour et ainsi se jurer, de manière épique, un amour éternel. Pendant longtemps personne n’en avait plus entendu parler jusqu’au jour où l'écrivain Marc-Edouard Nabe raconte dans son journal ses ébats passionnés au pied de la sacro-sainte sculpture, la remettant ainsi au centre de toutes les attentions.




La bataille financière

Autrefois payée 200 francs à Brâncuşi, la valeur de l’œuvre atteindrait aujourd’hui des sommets sur le marché de l’art. Tout a commencé le 4 mai 2005, à New York plus précisément, Chez Christie's. L'Oiseau dans l'espace, un marbre de Brâncuşi, atteint la somme pharaonique de 27,5 millions de dollars. Un record mondial pour une sculpture et un véritable déchaînement de passions dans le milieu du marché de l’art. Six semaines plus tard, les héritiers de Tatiana Rachewskaia débarquent de Russie bien décidés à faire valoir leurs droits et à récupérer la sculpture qui représente leurs espoirs les plus fous de faire fortune. C’est le marchant de l’art, Guillaume Duhamel qui en est à l’origine. Sentant le gros coup, il se rend auprès de la famille pour les engager à lutter pour récupérer la sculpture. Son projet est de faire remplacer Le Baiser dans le cimetière par une copie et de vendre ainsi l’original aux enchères. Le ministre de la Culture de cette époque, Renaud Donnedieu de Varbres, s’y oppose fermement.

 



L’œuvre formerait un tout comme ses deux amants enlacés.


L’Etat français affirme que la tombe et la stèle formeraient un tout indissociable. Les avocats de la famille Rachewskaia affirment au contraire que l’œuvre existait avant d’être posée sur la dite stèle et que Brâncuşi aurait été payé pour l'installer. Le 12 avril 2018 le tribunal administratif de Paris rejette une nouvelle fois toutes les demandes de la famille. Pour eux aussi l’œuvre est indissociable de la tombe prenant prétexte que la stèle de pierre verticale sur laquelle repose Le Baiser est signée de la main du maître et dédiée tout spécialement à Tatiana à travers l’épitaphe suivante : «Chère aimable chérie». Les experts ne sont pas tous d'accords mais certains affirment que la signature ne serait pas du maître lui-même.

 

 

Que devient Le Baiser aujourd'hui?

Toujours sous vidéosurveillance, la sculpture de Brâncuşi inquiète les experts qui ont peur que l’œuvre se dégrade, qu'elle soit vandalisée ou pire, qu’elle soit volée. Cela serait une véritable tragédie pour le marché de l’art et pour tous les admirateurs de l’œuvre du grand sculpteur. Une chose est sûre, Le Baiser n’appartient plus à personne tant que cette bataille n’aura pas pris fin car même les amoureux ne peuvent plus à présent la contempler en toute liberté, loin des musées, comme bon nombres d'œuvres du grand farceur Brâncuşi qui, à l'heure qu'il est, doit surement regarder tout ce ramdam avec un sourire ironique, un peu comme son compatriote, Cioran.

grégory rateau

Grégory Rateau

Rédacteur en chef du site lepetitjournal.com/Bucarest, chroniqueur à Radio Roumanie Internationale et écrivain
1 Commentaire (s)Réagir
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Dominique mar 19/02/2019 - 13:38

Quelle belle histoire....J'adore.... L'art et l'argent....Quelle ironie quand on pense que la plupart des artistes sont morts pauvres.

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