Vendredi 25 septembre 2020

Carole Soulagnes, le lycée français Anna de Noailles fête ses 100 ans!

Par Grégory Rateau | Publié le 09/03/2020 à 00:00 | Mis à jour le 09/03/2020 à 09:41
Photo : Carole Soulagnes, proviseure du lycée français Anna de Noailles
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Ce mardi 10 mars aura lieu au lycée français Anna de Noailles la célébration du centenaire, 100 ans donc que ce lycée existe. L'occasion pour nous d'aller interroger Mme Carole Soulagnes, proviseure, qui a accepté de revenir pour nous sur les enjeux actuels de l'éducation et sur la très longue histoire franco-roumaine de cet établissement à présent centenaire.

 

 

Grégory RATEAU: Le lycée français s'apprête à célébrer ses 100 ans. Qu'est-ce que cela représente pour cette institution ?

Carole SOULAGNES: Fêter les cent ans de la présence de l’école française à Bucarest est un événement exceptionnel pour insister sur la grande tradition de cette école. Se retourner sur son passé permet aussi de mieux envisager l’avenir. Les témoins des années 40 insistent tous sur les valeurs, la formation de l’esprit, la qualité de l’enseignement reçu. C’est aujourd’hui encore ce qui anime le lycée français Anna de Noailles et qui devra l’animer dans les cent prochaines années.

 

Cet établissement a traversé 50 ans sous le régime communisme. Pouvez-vous revenir sur cette période de l'histoire de ce lycée?

Le lycée public français a été créé en 1940 en absorbant l’école française et deux autres institutions, comme une forme de résistance au régime fasciste, le Proviseur Georges Dementhon ayant fait allégeance au Général de Gaulle. Seule école mixte de Bucarest, le lycée public français accueillait le plus possible d’élèves israélites, et formait les élèves à développer un esprit humaniste et critique. Les communistes n’ont pas pu accepter ce mode d’enseignement et ont fermé le lycée en juin 1948. Dès lors, les élèves roumains qui n’avaient pas quitté le pays ont été soupçonnés d’opposition au régime, et certains ont été emprisonnés et sont même morts en prison comme Mariana Ionescu en 1954.

Le lycée français a pu rouvrir en 1960, comme école d’ambassade, interdite aux élèves de nationalité roumaine. Ce n’est qu’en 1990, après la révolution, qu’ils ont pu à nouveau fréquenter le lycée français de Bucarest.

 

Pensez-vous que la langue française, son apprentissage et son rayonnement, soient aujourd’hui en perte de vitesse?

La francophonie est certainement moins forte en Roumanie, mais toujours vivace. Dans tout le pays, le français continue à être beaucoup appris à l’école. Le nombre de lycées roumains labellisés Franceducation ne cesse de croître, et ce nombre est un des plus élevés au monde. Les Alliances françaises sont très dynamiques pour promouvoir la langue française aux côtés des Instituts français de Roumanie.

Le rayonnement de la langue française est toujours lié aux valeurs véhiculées par la langue française : humanisme, égalité, démocratie, justice, liberté.

 

Le lycée compte à peu près 45% d'élèves roumains. Que viennent chercher ces élèves et leurs parents?

Justement les familles roumaines viennent chercher avant tout un système qui correspond aux valeurs qu’elles souhaitent inculquer à leurs enfants, en opposition à ce qu’elles ont pu connaître enfants. Les parents recherchent aussi un enseignement d’une grande qualité académique, qui promeut l’initiative, l’autonomie, l’exercice du jugement critique et qui garantit une poursuite d’études dans les filières les plus prestigieuses. Certains parents, très mobiles, veulent aussi s’assurer d’une continuité de cursus (programmes et méthodes) dans le monde entier puisque le réseau de l’AEFE (agence pour l’enseignement français à l’étranger) offre dans tous les pays un enseignement équivalent à celui dispensé sur le territoire français.

 

Quelles différences y-a-il avec le programme en France, si différence il y a?

Comme je viens de le dire, les programmes, diplômes, méthodes sont équivalents. S’ajoute un plurilinguisme marqué puisque nos élèves étudient tous la langue roumaine en plus et bénéficient d’un enseignement plus important en anglais.

 

Bucarest compte de plus en plus d’écoles internationales, comment le lycée français fait face à cette concurrence?

Le lycée français Anna de Noailles se positionne avec une identité forte qui correspond depuis toujours à ce que viennent chercher les parents : tradition, valeurs, qualité de l’enseignement, réseau, éducation citoyenne, mais aussi un campus équipé de façon exceptionnelle et un cadre de vie en dehors du temps scolaire.

 

Le monde, et spécialement celui du travail, est dans un changement perpétuel, tout semble aller de plus en plus vite. Comment l’école peut-elle répondre à ce défi ?

L’école doit répondre à ce défi. L’enseignement français le fait à travers la refonte des programmes et notamment dans le cadre de la réforme du lycée qui accorde par exemple davantage de place au numérique. Le lycée français Anna de Noailles répond aussi en suivant les préoccupations du monde qui l’entoure, notamment à travers des projets liés au développement durable, mais aussi en s’ouvrant au monde professionnel en collaborant directement avec lui (stages, carrefours des métiers, visites d’entreprise, interventions en cours).

 

Le métier d'enseignant a besoin d'un nouveau souffle en Roumanie, comme en France. Avez-vous une stratégie pour attirer des professeurs et notamment ceux qui viendraient directement de France?

La plupart de nos enseignants viennent de France. Ils sont attirés par nos conditions de travail exceptionnelles et un projet d’établissement très dynamique.

 

 

 

Programme autour du centenaire à consulter ici

grégory rateau

Grégory Rateau

Rédacteur en chef du site lepetitjournal.com/Bucarest, chroniqueur à Radio Roumanie Internationale et écrivain
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