BUCAREST CENTENAIRE - Le génie universel de Mircea Eliade

Par Bucarest/Centenaire | Publié le 30/09/2018 à 00:00 | Mis à jour le 30/09/2018 à 09:34
Photo : IMDB
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L’apparition des dirigeables allemands dans le ciel de Bucarest pendant la Première Guerre mondiale, les bombardements répétés de la capitale et la ferveur patriotique de l’armée roumaine qui s’efforçait à résister sur le Front de l’Est, aux assauts des troupes des Empires centraux qui tentaient une percée vers le cœur de la Moldavie; tout cela a fortement marqué l’enfance du jeune Mircea Eliade. Il se trouve, encore aujourd'hui, parmi les plumes les plus prolifiques de la Roumanie au rayonnement international, étant aussi et surtout, l'un des fondateurs de l’histoire moderne des religions.

 

 


L’écrivain, philosophe et mythologue Mircea Eliade est né le 13 mars 1907, à Bucarest. Il se trouve être un enfant très précoce, solitaire et mélancolique, débordant d’une créativité remarquable et doué d’une sensibilité particulière. Comme dans le cas d’Emil Cioran, son confrère et ami, il considère son enfance comme une sorte de paradis perdu : si on en croit ses œuvres autobiographiques, on découvre l’existence de l’épiphanie qui l’a poursuivi pendant toute sa vie, restée inaccessible à cause de sa nature contradictoire. Pour décrire cela, Eliade évoquait une sensation de plénitude, estompée pendant ses dernières années de lycée, tandis qu’il luttait contre de profonds accès de mélancolie ; il réussissait de temps en temps à retourner dans le salon qu’une lumière verte-dorée transformait, pour quelques secondes, en un prototype du palais des contes de fées. Plus tard, il comprit que la béatitude de ces moments-là et le monde auquel appartenait le salon tenaient d’un univers chimérique, perdu à tout jamais.


Il publie ses premières œuvres littéraires (deux nouvelles), en 1921, à l’âge de quatorze ans : L’Ennemi du ver à soie et Comment j’ai découvert la pierre philosophale. Quatre années plus tard, il termine ses études au Collège National "Spiru Haret", et débute en tant que romancier Mircea Eliade, avec le Roman de l'adolescent myope, continué par le roman Gaudeamus, en 1928. La même année, il est diplômé de la Faculté de Philosophie de l’Université de Bucarest, se liant d’amitié avec deux grands noms de la dissidence roumaine - Emil Cioran donc mais aussi Eugène Ionesco.


Sa passion pour les sciences occultes lui permet d'obtenir une bourse pour partir en Inde, où il approfondira ses études en matière d’hindouisme et où il apprendra même le sanskrit, le persan et l’hébreu. D'ailleurs, Eliade était considéré parmi les plus brillants polyglottes du XXe siècle, parlant couramment cinq idiomes. Rentré dans son pays, il publie en 1935 le roman Les Hooligans. L’historien de la littérature, Mircea Handoca, évoque le succès de son œuvre d’inspiration orientale, Maitreyi (1933) : l’auteur, un jeune homme de 28 ans, était déjà célèbre, surtout grâce […] aux conférences données au cadre de Criterion et aux cours et aux séminaires soutenus à la Faculté de Lettres et de Philosophie de Bucarest, où il enseignait en tant qu’assistant honorifique de la Chaire de Logique et de Métaphysique. Il ne renonce pas à l’activité didactique, même pendant sa période d’exil. A partir de 1957, Eliade s’établit définitivement à Chicago, enseignant l’histoire comparée des religions à l’université.


L’écrivain meurt en 1986, aux États-Unis, ses cendres se trouvant dans le cimetière Oak Woods. Il est élu membre de l’Académie roumaine après sa mort, exactement une année après la Révolution. L’importance monumentale de son œuvre fut parfaitement synthétisée par son ancien collègue de lycée, le philosophe Constantin Noica : Ce que représente Mircea Eliade dans la culture du XXe siècle, ne peut être appréhendé, en première instance, qu'à travers la comparaison. À la fin de ses 12 volumes du « Rameau d’or », Frazer déclarait que l’histoire des humains n’est qu’une longue succession des crimes et de stupidités. À la fin d’un inventaire des croyances humaines, tout aussi avisé, sinon vaste, Eliade affirmait : "Tout a eu du sens...".

 

Sources : Universalis.fr, Stehly.chez-alice.fr     

 

Ana Maria Rosca

 

Article réalisé dans le cadre du Programme Culturel București - Centenar avec le soutien de Primăriei Municipiului București à travers Administrația Monumentelor și Patrimoniului Turistic 

 

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