À l’issue de son mandat à la tête du Parquet européen, Laura Codruța Kovesi dresse un constat sans détour : la corruption liée aux fonds européens ne se limite pas à l’Est du continent, mais concerne l’ensemble de l’Union. Une réalité qu’elle affirme avoir été encouragée à ne pas trop mettre en avant.


Dans un entretien accordé à G4Media, la procureure européenne revient sur les sept années passées à bâtir une institution inédite, évoquant à la fois les avancées réalisées et les résistances rencontrées, notamment sur le plan politique.
Selon elle, le développement du Parquet européen s’est heurté à un manque de moyens persistant. Elle estime même que, ces dernières années, l’absence de renforcement des capacités d’enquête relève d’un choix politique assumé. Malgré l’augmentation du nombre de dossiers, les ressources humaines et opérationnelles n’ont pas suivi.
La question des effectifs illustre ces tensions. En début d’année, Kovesi indique avoir sollicité l’ancien ministre roumain de la Justice, Radu Marinescu, pour obtenir dix procureurs européens supplémentaires, sans réponse claire à ce jour.
Autre point sensible : la transparence. Kovesi affirme avoir été mise en garde contre la publication de certaines statistiques, notamment celles détaillant le nombre d’enquêtes en cours et l’ampleur des fraudes aux fonds européens. Selon elle, ces données pourraient alimenter le scepticisme envers l’Union européenne, en particulier en période électorale.
Elle rapporte ainsi des échanges au sein de la Commission européenne, où il lui aurait été suggéré d’éviter de diffuser certaines informations. Une position qui l’a surprise, alors même qu’elle insiste sur le fait qu’aucun État membre n’est épargné par les risques de fraude financière, qu’il s’agisse de l’Ouest, du Nord ou du Sud de l’Europe. Elle mentionne à ce sujet des discussions avec l’ancien commissaire au Budget, Johannes Hahn.
Revenant sur les débuts de l’institution en 2019, Kovesi décrit un cadre encore embryonnaire, marqué par des moyens limités et des projections administratives parfois déroutantes. Elle évoque notamment un effectif initial évalué à « 32,5 procureurs », symbole, selon elle, des incertitudes entourant la mise en place du Parquet.
Au fil des années, elle dit avoir régulièrement fait face à des réticences, tant au niveau européen que dans certains États membres, lorsqu’il s’agissait d’élargir les compétences ou les ressources de l’institution. Les critiques évoquant une structure « trop ambitieuse » ou « trop exigeante » auraient été fréquentes.
Aujourd’hui encore, la question des moyens reste centrale. Kovesi met en garde contre les conséquences d’un éventuel élargissement du mandat du Parquet européen sans augmentation parallèle du budget, estimant que l’institution fonctionne déjà à la limite de ses capacités.
Malgré ces obstacles, elle souligne les progrès accomplis depuis la création du Parquet européen, qu’elle compare à une construction progressive, développée étape par étape en fonction des besoins.
En conclusion, Kovesi insiste sur la nécessité de persévérance dans la construction d’une institution européenne efficace. Elle affirme ne jamais avoir envisagé d’abandonner, rappelant que, selon elle, seul le travail permet de faire avancer ce type de projet.
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