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DOSSIER - Qui est Laura Codruta Kovesi?

Par Grégory Rateau | Publié le 28/02/2019 à 09:15 | Mis à jour le 28/02/2019 à 12:53
Photo : Inquam Photos / Octav Ganea
Laura Codruta Kovesi qui est-t-elle première roumaine chance poste procureur reuropéen

Laura Codruta Kovesi, ancien procureur général et procureur en chef chargée de la lutte contre la corruption, a de grandes chances de se voir nommer chef du Parquet européen, une institution nouvellement créée et chargée d'enquêter sur les atteintes aux intérêts financiers de l'Union européenne. Si elle est nommée, elle deviendra la première Roumaine à diriger une grande institution européenne.

 

 

 

Laura Codruta Kovesi, 45 ans, est née à Sfantu Gheorghe, comté de Covasna, au centre de la Roumanie, dans une région où l'ethnie hongroise est majoritaire. Elle est allée au lycée à Medias, où elle a également joué pour l'équipe de basketball locale. Elle a été recrutée par l’équipe nationale de basketball féminin junior, qui a terminé deuxième au Championnat Européen de Basketball Junior à Timisoara, en 1989.



Elle s’est inscrite à la faculté de droit de l’Université Babes Bolyai de Cluj-Napoca, où elle a obtenu son diplôme en 1995. La même année, elle a commencé sa carrière en tant que procureur au tribunal de Sibiu (Judecatoria Sibiu). Après presque quatre ans à ce poste, elle s’est installée au bureau du procureur auprès de la Cour de Sibiu (Tribunalul Sibiu) et c’est là que son ascension a commencé. En l'espace de quatre ans, elle est devenue procureur en chef du service des enquêtes pénales du bureau du procureur de Sibiu, après quoi elle est passée à l'antenne de Sibiu de la Direction des enquêtes sur le crime organisé et le terrorisme (DIICOT) en décembre 2004. En juin 2006, elle est devenue procureur en chef de la DIICOT Sibiu.



En octobre 2006, elle a été promue procureur général de la Roumanie. L'ancienne ministre de la Justice, Monica Macovei, désormais député européen, a proposé la candidature de Kovesi à ce poste et l'ex-président Traian Basescu a signé sa nomination.



Laura Codruta Kovesi a été la première femme à devenir procureur général de la Roumanie ainsi que la plus jeune procureur général. Elle n'avait que 33 ans à cette époque. Elle a obtenu un deuxième mandat en octobre 2009.

 

En mai 2013, elle a été nommée procureur en chef de la Direction nationale de la lutte contre la corruption (DNA), une unité de poursuite spécialisée dans les enquêtes sur les affaires de corruption de haut niveau. L'ancien Premier ministre social-démocrate Victor Ponta, qui a également été ministre de la Justice par intérim pendant une courte période, est celui qui l'a nommée à ce poste et le président Traian Basescu celui qui a signé sa nomination. Quelques années plus tard, sous l’autorité de Kovesi, la DNA ouvrira une enquête sur Ponta et le frère de Basescu.



La Direction nationale de lutte contre la corruption (DNA), une institution créée en 2002, a atteint son apogée lors du premier mandat du Kovesi, quand elle a ouvert des centaines d’enquêtes ciblant de hauts responsables. En juin 2014, la DNA a condamné à une peine de quatre ans d'emprisonnement l'ancien Premier ministre Adrian Nastase, ce qui a permis à l'institution de se retrouver sous les feux des projecteurs. La DNA a réussi à mettre sous les verrous plusieurs ministres, députés et des dizaines de puissants dirigeants politiques régionaux (présidents de conseil ainsi que des maires), également appelés «barons locaux».

 

Les résultats de la DNA ont fait une très bonne presse à Kovesi dans les médias internationaux et le soutien de toutes les ambassades étrangères en Roumanie, notamment l’ambassade américaine à Bucarest. La direction de la DNA a reçu plusieurs décorations de pays étrangers, dont la France, les États-Unis et la Suède.



En 2016, Kovesi a vu son mandat renouvelé sur proposition de la ministre de la Justice, Raluca Pruna. Le Président Klaus Iohannis, qui soutenait les activités de Kovesi, a signé sa nomination.



Sa chance a tourné en 2016, lorsque le Parti social-démocrate (PSD) a repris le pouvoir et que ses dirigeants ont lancé une campagne contre la DNA. Ils ont accusé l'institution d'abus de pouvoir et d'agir sur ordre politique. Ils ont également accusé Kovesi de faire partie de ce qu'on appelle "l'état de l'ombre", une structure de pouvoir visant à prendre le contrôle du pouvoir politique en Roumanie. Le chef du PSD, Liviu Dragnea, condamné pour fraude électorale en 2015 à la suite d’une enquête la DNA et visé par plusieurs autres enquêtes pour corruption, est devenu le principal opposant de Kovesi.



La coalition au pouvoir PSD-ALDE a commencé à modifier les lois de la justice et les codes pénaux afin de rendre plus difficile pour les procureurs de mener des enquêtes sur les hommes politiques au pouvoir. La DNA a immédiatement réagi en déclarant que cela rendrait la lutte contre la corruption moins efficace en Roumanie. Les manifestations de rue contre la coalition au pouvoir et en faveur de la DNA ont commencé en février 2017. La Commission européenne et les ambassades étrangères ont également réagi, réaffirmant leur soutien pour la DNA.



Une longue guerre a éclaté, au cours de laquelle la coalition au pouvoir a progressivement imposé ses changements, tout en discréditant les plus hautes institutions judiciaires qui s'y opposaient, à savoir la DNA et le bureau du Procureur général. Les politiciens ont accusé la DNA d’abus de pouvoir et de coopération illégale avec les services de renseignements roumains (SRI), ainsi que de pressions exercées sur les juges pour obtenir des peines plus favorables.



En 2017, la DNA a également été touchée par les premiers scandales en interne. Des fuites d'enregistrements dans lesquels Kovesi aurait demandé aux procureurs de poursuivre le Premier ministre et d'agir plus rapidement dans les grandes affaires de corruption. La DNA a déclaré à ce moment-là que les enregistrements avaient été montés et sortis de leur contexte. Cependant, d'autres scandales ont suivi, lorsque les procureurs de l'unité locale de la DNA de Ploiesti, qui avaient été très actifs dans les enquêtes sur les plus hauts responsables politiques, ont eux aussi été accusés de faire pression sur les témoins et de fabriquer des preuves.



En février 2018, le ministre de la Justice, Tudorel Toader, a entamé la procédure de destitution de Kovesi de sa fonction de procureur en chef de la DNA. Il a présenté un rapport comprenant principalement des accusations contre Kovesi, souvent fondées sur des reportages dans les médias, et n’abordant que très brièvement son activité à la tête de la DNA. Le rapport accusait Kovesi, entre autres, d’avoir porté atteinte à l’image de la Roumanie à l’étranger en évoquant la corruption généralisée dans le pays et les efforts de la coalition au pouvoir pour affaiblir la lutte contre la corruption dans ses entretiens avec des médias internationaux.



Le président Klaus Iohannis a tardé à répondre à la demande du ministre de la Justice pendant près de six mois, mais la Cour constitutionnelle l’a contraint à finalement signer son licenciement, ce qu’il a fait en juillet 2018 tout en précisant qu'il continuait à la soutenir pour son travail. Après son licenciement,  Kovesi s’est installée au bureau du Procureur Général.



En décembre 2018, elle a présenté sa candidature au poste de chef du nouveau Parquet européen (OEPP). Immédiatement après cela, la coalition au pouvoir à Bucarest a repris ses attaques contre elle, essayant de bloquer sa nomination. Toutefois, le jury de sélection composé de spécialistes internationaux a placé Kovesi en tête de sa liste de candidats envoyée au Conseil européen et au Parlement européen.



Dans le même temps, la nouvelle section chargée d'enquêter les magistrats a officiellement annoncé qu’elle enquêtait sur Kovesi pour abus de service, corruption et faux témoignage, dans une affaire liée à l’extradition par l’Indonésie d’un gestionnaire de fonds d’investissement condamné pour fraude. L'affaire découle d'une plainte contre Kovesi déposée par l'ancien député en fuite, Sebastian Ghita, qui s'était réfugié en Serbie en décembre 2016 pour faire barrage aux enquêtes et accusations de la DNA à son encontre.



Le gouvernement roumain et le ministre de la Justice, Tudorel Toader, ont fait pression lors du Conseil de l'UE contre Kovesi, où elle a perdu le vote initial en faveur du candidat français. Toutefois, les commissions CONT et LIBE du Parlement européen ont voté pour Kovesi, la maintenant ainsi dans la course à la nomination, qui sera décidée à la suite de négociations entre le Parlement européen et le Conseil de l’UE. Affaire à suivre...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

source : https://www.romania-insider.com/romania-laura-codruta-kovesi-profile

 

 

grégory rateau

Grégory Rateau

Rédacteur en chef du site lepetitjournal.com/Bucarest, chroniqueur à Radio Roumanie Internationale et écrivain
4 Commentaire (s)Réagir
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Shadow mar 12/03/2019 - 17:12

Cher messieurs journalistes vous ne savez vraiment rien du mélange des services des renseignements roumains dans les dossiers des politiciens roumains? Vous ne savez vraiment pas que tous le dossiers qui ont été géré par kovesi étais en préalable "travaillé" par le service de renseignement interne? Vous considérez que " la police politique" institué par kovesi est une façon normale de traiter la justice en Roumanie (en France ça générais un immense scandale)? Je ne crois pas une seconde. Et en ce cas pourquoi vous ne voulez pas informer le publique français de cet aspect des protocoles signes entre kovesi et le service de renseignement interne (SRI)? kovesi as en ce moment 3 dossiers ouverts en justice roumaine? Vous trouvez ça normale aussi de donner que une "partie" de la vérité? La courte constitutionnelle roumaine as déjà invalidé toutes les dossiers fabriques par des services de renseignement comme étant complètement illégaux. Je suis dessus cher messieurs. Vlad

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Autre Vlad sam 13/07/2019 - 04:59

Pathétique, monsieur...

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marc mer 20/03/2019 - 07:56

"" la police politique" institué par kovesi "" ? Vraiment ? , Je penserais plus que le PSD est plus influent dans ses ramifications ,,, Merci au petit journal pour cet article

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Edward ven 01/03/2019 - 03:04

Quelle honte. Cette femme est la première personne en Roumanie qui a eu le courage de mettre en prison les anciens communistes qui sont venus de l'ancien régime. Malheureusement, il y a encore de politiciens qui se voient visés par les actions de DNA. Ils vont faire n'importe quoi pour discréditer sa réputation. Je fais appel à tous les organismes européennes de ne pas se laissaient manipulés par de personnages comme Tudorel Toader et ses acolytes. Ils sont des criminelles.

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