Dans le cadre de la campagne des élections consulaires 2026 qui auront lieu le 31 mai, nous donnons la parole aux têtes de liste pour la circonscription Roumanie-Moldavie qui ont accepté de répondre à nos questions. L’ordre est celui du dépôt de candidature. Nous continuons avec Florian Milesi qui se présente pour la liste L'entraide des Français en Roumanie et Moldavie.


En quoi votre parcours en Roumanie nourrit-il votre candidature et que représente pour vous la mission principale de conseiller des Français de l’étranger ?
Installé en Roumanie depuis cinq ans, j’enseigne les Sciences Économiques et Sociales ainsi que le Droit au Lycée Français Anna de Noailles. Je suis également référent développement durable et fondateur d’un club d’entreprise lié à la French Tech de Bucarest. Ces fonctions me placent quotidiennement au contact de la jeunesse, des familles et des entrepreneurs de notre communauté.
Mon expérience de cycliste à Bucarest illustre bien le sens de ce mandat. Faire du vélo dans cette ville exige une créativité et un slalom permanent entre les obstacles. C’est le quotidien de nombreux Français de Roumanie et de Moldavie. L’énergie est présente mais les citoyens se retrouvent souvent à faire du hors-piste faute de pistes balisées.
La mission d’un conseiller consiste à construire ces pistes. La première à tracer est celle de la transparence. En 2021, seuls 15 % des Français inscrits ont voté. Ce chiffre prouve que l’utilité de ce mandat reste méconnue. Mon rôle sera de rendre les dispositifs d’aide enfin visibles pour tous.
Je souhaite accompagner ceux qui rencontrent une difficulté administrative ou sollicitent une bourse scolaire. Je veux aussi soutenir les porteurs de projets citoyens et associatifs. Le dispositif STAFE illustre parfaitement ce besoin de transparence. Cette enveloppe nationale aide au financement de vos initiatives sportives, culturelles ou caritatives. Pourtant, ces fonds restent souvent inexploités car les dossiers sont jugés trop complexes.
D’où notre projet de créer une Maison des associations pour simplifier ces démarches. Ce lieu permettra de mutualiser les compétences et d’accompagner chaque projet vers ces soutiens financiers. Le service public doit redevenir un appui.
Je mène une liste de six candidats aux profils complémentaires. Notre équipe réunit des enseignants, des entrepreneurs et des membres du monde associatif. Nous voulons construire ensemble sans laisser personne sur le bord de la route.
Quelles mesures concrètes proposez-vous, quels sont les grands axes de votre programme ?
Un conseiller consulaire ne vote pas les lois, mais il possède deux leviers :
• Un bouclier pour défendre vos droits.
• Un moteur pour propulser nos projets communs.
1. L’éducation : protéger le service public et le pouvoir d’achat
L’école ne doit pas être une charge financière qui s’alourdit chaque année.
• Gel des frais : Avec nos sénatrices écologistes Mélanie Vogel et Mathilde Ollivier, nous nous battrons pour stopper la hausse continue des frais. La subvention de l’AEFE a chuté de 63 M€ depuis 2024 et l’État transfère 66 M€ de charges de retraites aux lycées sans compensation.
• Équité des bourses : Nous porterons une réforme fondée sur le « reste à vivre » (votre budget réel après déduction du loyer et des charges locales) afin que les classes moyennes ne soient plus les oubliées du système.
• Pérenniser le programme FLAM : Nous défendrons des conventions de financement pluriannuelles sur 3 à 5 ans pour sécuriser ces ateliers extrascolaires de français, aujourd’hui fragiles et financés année par année.
• Sur la culture : La part collective du Pass Culture, qui finance les projets culturels directement dans les établissements scolaires, reste inaccessible au réseau AEFE. Nous défendons son extension.
• Inclusion : Nous défendrons le tiers-payant pour les AESH afin que l’État rémunère ces professionnels directement, évitant aux familles d’avancer des frais colossaux.
2. La santé et la protection sociale : la justice par la solidarité
La CFE est notre Sécurité sociale à l’étranger, pas une contrainte. Elle accumule près de 20 M€ de déficit en 2024 par désengagement de l’État. Nous défendons quatre leviers pour la renforcer :
1. Un financement public couvrant au moins 50 % de la catégorie aidée.
2. La réaffectation d’une part de la cotisation maladie prélevée sur les pensions des retraités expatriés sans bénéfice local.
3. Le fléchage d’une part de la CSG et de la CRDS acquittées par les non-résidents hors Union européenne (comme en Moldavie) vers le financement de la CFE.
4. Une taxe solidaire sur les billets d’avion liant justice sociale et environnementale.
L’objectif est de supprimer le délai de carence au retour en France dès le premier jour. Sur les retraites, chaque année cotisée en France doit ouvrir les mêmes droits pour éviter les pensions amputées.
3. La Maison des Associations : un modèle démocratique clair pour tous.
Aujourd’hui, chaque association loue seule un local au prix du marché, gère sa comptabilité dans son coin, et découvre souvent trop tard les aides publiques comme le STAFE. Des clubs de qualité pratiquent des tarifs inaccessibles, non par choix, mais par nécessité.
Le principe est simple : mutualiser ce qui existe déjà. Nous négocierons avec l’Ambassade de France, le Lycée Anna de Noailles, l’Institut Français de Roumanie, l’Alliance Française, la CCIFER, Bucarest Accueil, l’UFE Roumanie, Business France et les mairies de secteur pour ouvrir leurs créneaux vacants aux associations françaises de Roumanie et de Moldavie. Les fonctions administratives, comptabilité, juridique, dossiers de subvention, seront mutualisées. Chaque structure déposera son dossier STAFE via un guichet unique transparent, avec des critères publics soumis au vote des associations membres. L’impact est direct : des adhésions enfin comparables aux tarifs pratiqués en France. C’est du pouvoir d’achat récupéré pour chaque famille, sans sacrifier la qualité.

Quel est selon vous le plus grand défi auquel font face les Français de votre circonscription ?
Le plus grand défi est de stopper la privatisation rampante de la présence française à l’étranger. Transformer nos droits en produits de luxe est inacceptable. En Roumanie et en Moldavie, vous subissez un « effet de ciseaux » dévastateur : vos charges grimpent, mais les protections et les aides stagnent.
• Le coût de l’école : Sur environ 450 000 jeunes Français établis à l’étranger, près de 120 000 seulement sont scolarisés dans le réseau AEFE. Ce chiffre dit tout. Le désengagement de l’État fait exploser les frais de scolarité, qui sont devenus pour beaucoup le premier poste de dépense, devant le loyer. La sélection par l’argent est une barrière à briser.
• L’anomalie fiscale de la santé : C’est le défi du « contributeur oublié ». Payer pour un système de santé dont on est exclu est une aberration ; ces prélèvements doivent être réorientés vers une protection effective là où vous vivez.
• Le cloisonnement associatif : En France, on accède au sport à prix modeste grâce aux infrastructures publiques. Ici, sans mutualisation, vous dépendez du privé commercial. Pourtant les énergies sont là (Bucarest Accueil, UFE, initiatives culturelles), mais chacun avance seul. C’est exactement ce que notre Maison des Associations vise à corriger.
Le conseiller peut agir comme un « maire » de proximité. En mobilisant notre tissu associatif, les éco-délégués et le CVL du Lycée Anna de Noailles, les étudiants français et les volontaires du Corps Européen de Solidarité, nous permettrons à notre communauté de co-construire des projets accessibles à tous, des plus jeunes aux plus expérimentés.
L’éducation, la santé et la culture ne sont pas des marchandises. Notre mission est de réparer ce contrat social pour que votre citoyenneté soit à nouveau une protection, et non un luxe.
Comment envisagez-vous de promouvoir l’enseignement français et le bilinguisme, notamment pour les enfants de familles expatriées ou mixtes ?
Je vis cette question au quotidien.
Ma fille a trois ans et demi. Elle parle français avec moi, chinois avec sa mère, roumain avec ses amis. Trois langues, trois maisons, une seule enfant épanouie.
Ce que la neurologie confirme, je le vois chaque soir : le multilinguisme précoce n’est pas un fardeau, c’est une force.
Mais cette richesse n’est pas automatique pour tous.
Pour les familles françaises ou mixtes dont les enfants sont scolarisés dans le système roumain, soit parce que le réseau français n’est pas accessible géographiquement, soit pour des raisons financières, le français peut s’effacer faute d’espaces pour le vivre. Pas par manque d’amour, mais par manque de structures.
Pour ces enfants, le programme FLAM est la réponse concrète.
Des ateliers extrascolaires de français actifs en Roumanie, ouverts aux enfants de 3 à 18 ans, portés par des parents bénévoles. Ces structures sont fragiles, financées année par année.
Nous défendons :
• des conventions pluriannuelles sur 3 à 5 ans,
• un financement minimal par élève,
• une formation continue pour leurs enseignants,
• une vraie articulation avec le Lycée : locaux partagés, ressources communes, projets pédagogiques conjoints.
Pour les familles expatriées, la priorité est double :
• une information claire dès l’inscription au registre consulaire,
• des bourses réformées sur la base du budget réel des familles.
Pour les enfants des familles mixtes scolarisés dans le système roumain, les classes bilingues gratuites des lycées roumains sont une voie d’excellence. Nous défendons l’extension de la certification française officielle, reconnue partout en Europe, à ces établissements.
Enfin, nous voulons créer un Forum franco-roumain des jeunes multilingues, inspiré du modèle canadien qui rassemble chaque année des milliers de jeunes autour du français. À Bucarest, élèves du Lycée et élèves des sections bilingues roumaines se retrouveraient pour une journée d’ateliers, de débats et d’échanges en français. Des initiatives francophones existent déjà, portées par l’Institut Français et l’OIF, dont le bureau régional est installé ici. L’enjeu est de les fédérer au sein d’un rendez-vous annuel structuré pour en amplifier la portée.
Comment comptez-vous renforcer le lien entre la communauté française et les acteurs locaux (culturels, économiques, éducatifs) dans les deux pays ?
Le défi de notre communauté n’est pas de vivre en vase clos, mais de devenir un pont. En Roumanie comme en Moldavie, nous ne sommes pas de simples passagers, mais des acteurs engagés. Ce lien se construit autour de trois axes concrets :
1. Une économie de transmission
Nous voulons transformer le dynamisme de nos entreprises en opportunités partagées.
• Programmes de mentorat : Structurer des échanges pour permettre aux jeunes de découvrir les marchés locaux, tout en offrant aux talents roumains et moldaves un accès à notre réseau d’affaires.
• Partenariats institutionnels : Amplifier le parrainage entre les lycées bilingues locaux et les entreprises françaises, en lien étroit avec la CCIFER et Business France.
• Synergie de terrain : S’appuyer sur des exemples réussis, tels que le club entreprise créé en lien avec la French Tech, pour favoriser l’insertion professionnelle.
• Gouvernance : Garantir l’intégration pleine des élus consulaires à l’Équipe France coordonnée par l’Ambassade pour mieux porter les intérêts de nos entrepreneurs.
2. L’écologie comme moteur de coopération
Les enjeux environnementaux sont le langage commun pour agir durablement sur nos territoires d’accueil.
• Mobilité durable : Poursuivre et finaliser le projet déjà bien engagé de piste cyclable sécurisée, développée en coopération directe avec les autres écoles internationales de la ville.
• Dynamique régionale : Après le succès de la première édition à Istanbul l’an dernier, le Lycée Français de Bucarest organisera l’Assise des éco-délégués de la zone ZESE (AEFE Sud-Est). L’objectif est de créer un réseau efficace pour mutualiser les bonnes pratiques et faire avancer les projets en croisant les regards.
• Ouverture citoyenne : Poursuivre l’ouverture de nos démarches de développement durable (E3D) aux ONG locales et aux autres lycées.
3. Une culture vivante et partagée
Nous défendons une francophonie de rencontre, ouverte et dotée de moyens réels.
• Soutien aux infrastructures : Défendre le renforcement des moyens de l’Institut Français pour qu’il reste un lieu de rencontre accessible à tous, au-delà de ses 100 000 lecteurs annuels.
• Espaces partagés : Faire de la future Maison de la Francophonie de Bucarest un carrefour pour toutes les communautés francophones de Roumanie et de Moldavie.
Mon objectif est simple : passer d’une diplomatie d’influence à une diplomatie de proximité, où chaque Français devient un ambassadeur actif de ce dialogue permanent.
Comment améliorer l’accès aux services consulaires ?
La Moldavie dépend entièrement du consulat de Bucarest pour ses démarches (passeports, bourses, état civil). Cette réalité géographique impose une responsabilité particulière.
1. Le levier humain : protéger l’accueil
• Création de 100 postes supplémentaires dans l’administration consulaire.
• Refus de réduire les effectifs sous prétexte de dématérialisation.
• Maintien de l’accueil physique pour les personnes éloignées du numérique.
2. Le levier territorial : aller vers les citoyens
• Renforcement des tournées consulaires en Moldavie pour couvrir les besoins.
• Éviter les centaines de kilomètres de trajet pour une démarche urgente.
3. Le levier numérique : simplifier sans exclure
• Bucarest comme consulat pilote pour l’identité numérique France TITRES.
• Vigilance pour que personne ne soit exclu des nouvelles procédures en ligne.
4. La sécurité juridique : garantir vos droits
• Encadrement strict des demandes de Certificat de Nationalité Française (CNF).
• Aucune remise en cause des droits des Français nés à l’étranger sans décision judiciaire définitive.
Comment renforcer la sécurité et l’information dans un contexte régional instable ?
Vivre en Roumanie et en Moldavie en 2026, c’est vivre aux portes d’une guerre. La proximité de l’Ukraine et de la Transnistrie impose une responsabilité : informer, préparer, protéger.
1. Les réflexes de sécurité : Inscription et alerte
• Promotion systématique : Inscription au registre consulaire et activation des alertes du service Ariane dès l’arrivée dans la circonscription.
• Information proactive : Assurer un canal de communication direct et constant en cas de crise.
2. Coopération de terrain : Se préparer aux crises
• Partenariat Gendarmerie : S’appuyer sur la coopération étroite entre la Gendarmerie Nationale et la Jandarmeria Română (modèle français), toutes deux membres de la Force de gendarmerie européenne.
• Exercices réguliers : Organisation d’exercices de préparation aux crises impliquant agents consulaires, associations et élus.
• Fonds d’urgence : Défendre la création d’un fonds d’aide dédié aux Français victimes de catastrophes ou de crises régionales.
3. Résilience informationnelle : L’esprit critique face aux manipulations
Le défi est aussi informationnel. Les élections de 2024 ont prouvé que la désinformation peut déstabiliser notre démocratie en quelques semaines.
• Approche pédagogique : Poursuivre l’utilisation des travaux de spécialistes comme David Colon pour nourrir l’esprit critique, notamment au sein des écoles.
• Sensibilisation : Informer concrètement nos concitoyens sur les mécanismes de manipulation pour bâtir une communauté plus résiliente face aux fausses informations.
Ma conviction : Une communauté informée est une communauté protégée.
Votre liste est-elle soutenue par un parti ?
Oui, notre liste est celle des Écologistes. Ce soutien n’est pas symbolique : il est opérationnel. Avoir des élus au Parlement, c’est avoir des relais là où la juridiction du conseiller s’arrête. C’est la différence entre porter seul des revendications et les transformer en victoires législatives concrètes.
1. Des relais directs au Sénat
Nos sénatrices représentent directement les Français de l’étranger et agissent sur vos dossiers prioritaires :
• Mathilde Ollivier : Rapporteure de la mission d’information sénatoriale sur l’AEFE.
• Mélanie Vogel : Elle défend la suppression du délai de carence à la Sécurité sociale au retour en France. Adoptée au Sénat, cette mesure a été retoquée pour vice de procédure. Nous continuerons ce combat. Elle porte également au Parlement le droit au compte pour les non-résidents.
• Engagement historique : Les Écologistes sont le premier groupe au Sénat à avoir consacré une niche parlementaire entière aux Français de l’étranger.
2. Une force collective à l’AFE
À l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), nous siégeons au sein d’un groupe d’union de la gauche particulièrement actif pour porter votre voix au niveau national.
3. Notre boussole : la défense du service public
Au-delà de l’étiquette, ce soutien politique est notre guide pour protéger vos droits fondamentaux :
• Éducation : Bloquer la hausse des frais de scolarité.
• Santé : Garantir l’accès aux soins pour tous.
• Vie associative : Mutualiser nos lieux de vie pour plus de solidarité.
En votant pour nous, vous refusez que nos droits soient traités comme des variables d’ajustement commerciales et vous choisissez des élus connectés à des leviers réels de changement.







