La Roumanie renforce ses mesures d'urgence face à la crise énergétique provoquée par la sécheresse exceptionnelle et le niveau historiquement bas du Danube. Le Premier ministre Ilie Bolojan a annoncé que Dacia, Ford et plusieurs grands groupes industriels interrompront temporairement leur production entre le 3 et le 19 août afin de réduire la consommation d'électricité et de préserver la stabilité du réseau national.


Cette décision a été prise à l'issue d'une réunion de crise organisée par le ministère de l'Énergie avec une centaine des plus gros consommateurs industriels du pays. Les entreprises participantes se sont engagées à diminuer volontairement leur consommation, en particulier pendant les heures de pointe en soirée.
Selon Ilie Bolojan, l'arrêt des lignes de production chez Dacia et Ford permettra à lui seul de réduire la demande d'électricité d'environ 200 MW. D'autres industriels devraient également adapter leur activité, notamment en avançant des opérations de maintenance ou en ralentissant certaines installations.
La sécheresse fragilise tout le système énergétique régional
Le chef du gouvernement a expliqué que la Roumanie fait face à une situation sans précédent, conséquence directe de la sécheresse et de la chute spectaculaire du débit du Danube.
Le fleuve affiche désormais un débit d'environ 1 450 m³ par seconde, inférieur au précédent record historique de 2003, et les prévisions annoncent une nouvelle baisse dans les prochains jours.
Cette situation affecte fortement la production hydroélectrique. À lui seul, le complexe des Portes de Fer produit environ 2 000 MW de moins qu'en période normale.
Le nucléaire est également touché. L'arrêt du réacteur n°1 de la centrale de Cernavodă prive le réseau d'environ 550 MW. Au total, la Roumanie, la Hongrie, la Serbie, la Bulgarie et la République de Moldavie enregistrent désormais un déficit de production supérieur à 4 000 MW, accentuant leur dépendance aux importations d'électricité.
Le gouvernement appelle à réduire la consommation
Face à cette situation, Ilie Bolojan a appelé les ménages, les entreprises et les administrations à limiter leur consommation d'électricité, en particulier entre 19 heures et 23 heures.
Les bâtiments publics sont également invités à réduire leur éclairage et à limiter les illuminations architecturales durant les heures de pointe.
« Chaque entreprise adaptera sa consommation en fonction de ses contraintes techniques. Certaines pourront interrompre temporairement leur activité, tandis que d'autres maintiendront uniquement le niveau minimal nécessaire au fonctionnement sécurisé de leurs installations », a déclaré le Premier ministre.
Il a également salué les premiers efforts des consommateurs, soulignant que la demande électrique observée lundi matin était déjà inférieure d'environ 200 MW à celle enregistrée lors de périodes comparables.
Des travaux d'urgence à Cernavodă
Parallèlement, les autorités poursuivent des travaux d'urgence sur le Danube afin de garantir l'alimentation en eau de refroidissement du réacteur n°2 de la centrale nucléaire de Cernavodă, qui assure à lui seul près de 10 % de la production électrique nationale.
Après l'enlèvement de l'obstacle rocheux de Pârjoaia, d'autres opérations sont en cours afin de rediriger davantage d'eau vers le bras du Vieux Danube alimentant les installations de refroidissement.
Selon les autorités, ces mesures devraient permettre au deuxième réacteur de poursuivre son activité pendant encore plusieurs jours si les conditions hydrologiques ne se dégradent pas davantage.
Des restrictions obligatoires en réserve
Le gouvernement prépare également un dispositif permettant à Transelectrica d'imposer, si nécessaire, des limitations obligatoires de consommation aux grands industriels.
Le mécanisme prévoirait un préavis de 24 heures avant toute restriction, les volumes d'électricité étant déterminés en fonction des besoins du réseau et des contraintes propres à chaque entreprise.
Le Premier ministre a toutefois précisé qu'il s'agissait d'une mesure de dernier recours, qui ne serait appliquée que si les économies volontaires s'avéraient insuffisantes.
Nuclearelectrica importe de l'électricité d'Ukraine
Pour compenser l'arrêt du réacteur n°1 de Cernavodă, l'opérateur public Nuclearelectrica a annoncé l'achat d'électricité en provenance d'Ukraine, avec l'appui d'Energocom, l'entreprise publique moldave chargée de l'approvisionnement énergétique.
L'entreprise souligne que cette coopération s'inscrit dans le cadre d'un partenariat stratégique conclu en 2023 entre les deux sociétés afin de renforcer la sécurité énergétique régionale.
Selon Nuclearelectrica, cette solidarité illustre l'importance des partenariats régionaux dans un contexte où la sécheresse fragilise l'ensemble des systèmes électriques d'Europe du Sud-Est.
Le PSD veut maintenir les centrales à charbon
Face à la crise, le président du PSD, Sorin Grindeanu, a annoncé le dépôt d'un projet de loi visant à empêcher la fermeture des centrales électriques au charbon tant qu'elles n'auront pas été remplacées par de nouvelles capacités de production.
Il plaide notamment pour la remise en service de deux unités des centrales de Turceni et de Rovinari, capables de produire près de 660 MW.
Le dirigeant social-démocrate demande également au gouvernement de négocier avec Bruxelles un report de l'échéance du 31 août prévue pour la fermeture de plusieurs centrales à charbon.
Interrogé sur cette proposition, Ilie Bolojan a rappelé que la Roumanie était tenue par les engagements pris dans le cadre du Plan national de relance et de résilience (PNRR), qui prévoit une réduction progressive de la production électrique à base de charbon en contrepartie des financements européens.
La Serbie et la Hongrie également sous pression
La crise dépasse désormais les frontières roumaines.
En Serbie, les autorités envisagent un arrêt temporaire de la raffinerie de Pančevo si le Danube continue de baisser, les navires ne pouvant déjà transporter que la moitié de leur chargement habituel.
En Hongrie, le Premier ministre Péter Magyar a annoncé l'arrêt temporaire de la centrale nucléaire de Paks, qui assure habituellement environ 40 % de la production d'électricité du pays. Il a appelé la population, les entreprises et les collectivités à réduire drastiquement leur consommation durant les heures de pointe, le faible niveau du Danube ne permettant plus d'assurer le refroidissement des réacteurs.







