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HISTOIRE D'UN LIEU - Casa Capsa ou le prestige du "Petit Paris"

Par Découvrez Bucarest | Publié le 18/10/2017 à 00:00 | Mis à jour le 27/10/2017 à 07:26
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Fondée au milieu du XIXe siècle par les fils d’un fourreur macédo-roumain, Casa Capsa est devenu un lieu emblématique du «Petit Paris» et un lieu de rendez-vous incontournable des écrivains et poètes, des journalistes, de l’élite politique roumaine et des mondaines. Aujourd’hui le lieu est préservé et son restaurant est toujours ouvert. LePetitJournal vous en raconte l’histoire avant de laisser place à la découverte.

 


Une affaire familiale

L'histoire de Casa Capsa est liée à la famille macédo-roumaine du fourreur Dumitru Capșa, dont les 4 fils, Vasile, Anton, Constantin et Grigore, dirigèrent la maison tour à tour. D'abord les deux frères Anton et Vasile fondèrent la confiserie "Au deux frères, Anton et Vasile Capsa", qui en quelques années, s'imposa sur le marché. Quand l’élite bucarestoise se promenait sur Podul Mogosoaiei (aujourd'hui Calea Victoriei), elle ne pouvait pas passer sans s’arrêter devant la fameuse pâtisserie des deux frères. Mais c'est Grigore qui fit la renommée de la maison. Celui-ci alla se former à la prestigieuse école de pâtisserie française «Maison Boissier». A son retour, ses frères se retirèrent de l’affaire et Grigore resta seul maître des lieux. Il entreprit d'agrandir Casa Capsa et y ouvrit un hôtel et un salon de thé, devenu le célèbre café Capsa.

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Du baklava au chocolat

La politique de modernisation des Principautés Roumaines de l'époque s'est faite ressentir jusque dans la gastronomie. Les Frères Capsa ont été, quelque part, des pionniers en la matière: ils étaient les premiers à remplacer la gastronomie à influence orientale, en vogue à cette période, par une cuisine inspirée de l'occident. Ils ont ainsi remplacé les baklava et autre pâtisseries turques, lourdes et trop sucrées, par des confiseries plus fines comme le chocolat, la ganache et les bonbons. On pouvait trouver à Casa Capsa des petits fours français, des bonbons en chocolat venant des plus importantes confiseries parisiennes ainsi que des fruits confits.

En 1869, Grigore Capsa devint fournisseur de la Cour Princière, et en 1882, de la Maison Royale Roumaine. Casa Capsa gagna aussi en prestige dans toute l’Europe en recevant en 1873, «La grande Médaille» durant l’Exposition de Vienne, puis en 1889, en gagnant «la Grande Médaille d’Or», remise cette fois-ci à l’Exposition Universelle de Paris. Le nom de cette célèbre maison avait maintenant des échos à l’international.

Plus tard, à l’occasion de la venue du Maréchal Joffre à Bucarest, pour lequel un dîner officiel avait été organisé à Casa Capsa, on avait créé en son honneur une pâtisserie portant son nom: le gâteau Joffre, qui existe encore aujourd'hui, dont la forme était inspirée par la fameuse casquette du Maréchal.

 


L'élite politique roumaine

Grigore Capsa était membre du Parti Conservateur et parmi ses clients on retrouvait des membres influents du Parlement. Pour les plus célèbres, on comptait les Bratieni, Take Ionescu, Nicolae Filipescu, Armand Calinescu ou Constantin Argetoianu. Les plus importants journalistes fréquentaient également la maison pour y préparer leurs articles et recueillir des informations. En même pas quelques années, Casa Capsa était devenu le lieu où il fallait être vu en compagnie des grands de ce monde. La maison Capsa avait donc un goût de scandale.

Lors d'événements politiques importants, Casa Capsa était, comme vous pouvez l’imaginer, noire de monde. Un préfet de la Police de Bucarest avait même demandé au Roi Carol I que le local soit fermé car pour lui, ce lieu était «la tête de tous les maux» du pays.

 

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Les artistes à la mode

Après 1932, Capsa devient le «café des écrivains et des artistes» et tous ceux qui comptaient dans la vie culturelle de Bucarest s’y réunissaient pour échanger. On peut dire que c’était un peu «La Closerie des Lilas» roumaine. Ainsi, le premier venu, à 8h pétante du matin, était le poète et mathématicien Dan Barbilian (Ion Barbu), grand amateur de café filtre très concentré qui, disait-on, avait presque installé son bureau de travail là-bas. Plus tard, apparaissaient tour à tour les autres habitués de la maison: le critique Serban Voiculescu, le poète Vlaicu Barna, les écrivains Liviu Rebreanu, Camil Petrescu et Corneliu Moldovan. Dans la journée, se joignaient à eux Zaharia Stancu, G.M. Zamfirescu et Ion Minulescu.

Casa Capsa était aussi un «champ de bataille» de la vie culturelle, au sens propre comme au figuré. Les joutes verbales ne s’arrêtaient pas, et la critique fusait comme des uppercuts, les artistes s’affrontant du matin au soir. Tous les intellectuels de l’époque venaient y chercher une tribune pour régler leurs comptes en public. L’écrivain Tudor Arghezi disait à ce propos «que la critique réelle se faisait à Capsa et non pas dans la presse littéraire», rajoutant que «si tu étais con à Capsa, il t’était impossible d’être intelligent ailleurs, même pas à l’écrit.» Pour être un écrivain respecté, Casa Capsa était donc le baptême du feu obligatoire.  Pour l’anecdote, Virgilica était un sans-abri, devenu un habitué des lieux. A cause de son retard mental, certains écrivains lui donnaient une petite somme pour qu’il aille insulter un de leurs confrères, le pauvre Virgilica reçevait en retour soit une bonne baffe, soit encore un billet pour redistribuer l’insulte. Ses tarifs étaient de 3 lei pour insulter quelqu’un et 5 lei pour embrasser une femme dans la rue.

Paul Morand, ancien ambassadeur de France en Roumanie décrivait Capsa comme «le coeur de la ville, d’un point de vue topographique et moral. Capsa est le tympan de cette grande oreille qu’est Bucarest».

 

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Célébrités

Durant sa période de gloire, Casa Capsa organisait des réceptions fastueuses durant lesquelles ont participé de grandes personnalités politiques et artistiques européennes. Parmi les invités, on comptait les princes Urussoff et Gorceacov, les généraux Gamelin et Joffre et l’ancien président français Raymond Poincaré. Après les représentations théâtrales et la fin des bals, de grands artistes venaient se mêler à l’élite bucarestoise dans les salons du restaurant Capsa. Des grands artistes ont ainsi franchi le seuil de Casa Capsa comme Sarah Bernard, Joséphine Baker, Jane Hading, Blanche Toutain, l’acteur Hary Baur, George Enescu,...

 

Après le communisme

L’arrivée des communistes au pouvoir a été catastrophique pour Capsa. Après 1948, pour effacer toute son histoire liée au faste bourgeois de l’époque, «Casa Capsa» a été rebaptisée «Bucuresti. Braserie si Restaurant». Ce n’est qu’après 1990 que le local a retrouvé son  nom d’autrefois en même temps qu’a débuté sa restauration. Or ce qui n’a pas pu être retrouvé c’est l’esprit de Casa Capsa, disparu avec la génération d’or de la littérature roumaine. Le parfum d’autrefois s’est évaporé et la clientèle d’aujourd’hui n’est plus celle d’antan, même le menu français n'est plus à l'honneur.

 

Si vous y retournez aujourd'hui, vous redécouvrirez l'ambiance bohème de la grande époque, vous serez assis là où les grands de ce monde ont vibrer autrefois. A vous donc d'y ramener le souffle d'antan. L'empreinte des lieux reste intacte.

 

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auteur-sarah-taher

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