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CINE - «Le redoutable» : hommage sous forme de règlement de comptes

Par Par ici les sorties | Publié le 14/12/2017 à 00:00 | Mis à jour le 14/12/2017 à 00:00
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Pour sa nouvelle recommandation-critique, Grégory Rateau a choisi de vous faire découvrir «Le Redoutable» de Michel Hazanavicius. Après sa série des OSS et son succès mondial avec The Artist, le cinéaste plonge à nouveau le spectateur dans la nostalgie, celle des années 60-70 cette fois-ci, où, un autre cinéaste, Jean-Luc Godard, devient sur l'écran la figure emblématique et déclinante de cette époque aux multiples rêves brisés.
 

 

 

Adapté du récit de l'actrice Anne Wiazemsky qui a été la compagne de J.L.Godard, le film décortique une double mort annoncée : celle d’une relation de couple, du rapport tumultueux entre la muse et l’artiste tyrannique qui la fait passer après son travail, et celle de la mort de son art, expression de l’individualité de celui qui crée, pour épouser le militantisme et sa création "collective". Le tout, s’enchaîne sur un fond très vintage, Mai 68, l’annulation du festival de Cannes la même année, la période Maoïste, ou encore la chute du mur de Berlin. Comme pour The Artist avec le passage du cinéma muet au cinéma parlant, Hazanavicius s’amuse, pastichant les films de Godard comme un gamin qui s’entrainerait à faire, en reproduisant, avec sa composition inimitable du cadre, ses couleurs pop, son snobisme et sa condescendance légendaire, interprété par un fils légitime de la Nouvelle vague, un Louis Garrel zozotant et grimé, imitant à merveille son héros mais sans jamais parvenir à nous le rendre attachant. Michel Hazanavicius montre un Godard qui veut rester à la page et qui n’hésite pas pour ce faire, à tourner le dos à sa femme, incarnant l’actrice dite "classique", et à son public, celui d’A bout de souffle ou de Pierrot le fou, pour se renouveler par obsession ou par simple folie de grandeur. Là où l’hommage aurait pu être touchant, montrer les doutes d’un homme face à son époque, aborder la question du rôle et de l’engagement de l’artiste, il n’en est rien, car Hazanavicius ne s’interroge pas,  il tranche comme la lame d’un rasoir affuté, et décide de condamner sans appel le militantisme de Godard pour célébrer «sa vraie période créatrice» des années 60-67. Une période où, si on suit le raisonnement d’Hazanavicius, le cinéma avait encore un sens pour Godard, juste avant qu’il n’entame sa lente et totale déconstruction, jusqu’à en faire disparaître la narration, les costumes, et bien sûr ses acteurs qui ne sont plus que des meubles égayant le décor, des pantins désarticulés. En cela, le réalisateur touche aux limites de son film et de sa conception de l’art en y opposant nettement création et quête désespérée d’expression, avec celle du désir consensuel de plaire, de séduire un public ou de toujours abonder dans son sens. Figure du cinéma «populaire», Hazanavicius taille donc un costard dans les règles au cinéma d'art, "de recherche", en passant à côté de la grandeur tragique de son héros qu’il enterre avant qu’il ne soit véritablement mort.


Grégory Rateau

 

Louis Garrel
Louis Garrel

 

Cinema Elvire Popesco, București

Dimanche, 17 Décembre 2017 / 20:30

Jeudi, 21 Décembre 2017 / 18:30

Samedi, 23 Décembre 2017 / 16:15

 

Fiche du film:

2017 (1h 47min)
De Michel Hazanavicius
Avec Louis Garrel, Stacy Martin, Bérénice Bejo...
Genres Biopic, Comédie
Nationalité français

 

Critiques:

Ecran Large: «Il fallait un cinéaste fétichiste et mordant tel que Michel Hazanavicius pour rendre cet hommage dément à un géant du cinéma, tour à tour précieux et ridicule, sans oublier de rincer à l'acide le mythe de l'intellectuel engagé et ses colifichets.»

 

Positif: «Le film peut ainsi se montrer drôle et léger pour décrire un artiste suicidaire, un couple fracassé, des amitiés brisées... Nous, spectateurs, savons que la guerre du Viêtnam s’achèvera, que le mur de Berlin s’effondrera, (...). Distance qui autorise Michel Hazanavicius à regarder ces événements avec tendresse et amusement.»

 

Cahiers du Cinéma: «Derrière les multiples couches de vintage, plus grand-chose ne vibre : ni l’ébullition paradoxale du moment, ni l’appétit d’invention du cinéma d’alors, ni la relation entre un artiste et son égérie.»

 

 

Synopsis:


Paris 1967. Jean-Luc Godard, le cinéaste le plus en vue de sa génération, tourne La Chinoise avec la femme qu'il aime, Anne Wiazemsky, de 20 ans sa cadette. Ils sont heureux, amoureux, séduisants, ils se marient. Mais la réception du film à sa sortie enclenche chez Jean-Luc une remise en question profonde. Mai 68 va amplifier le processus, et la crise que traverse Jean-Luc va le transformer profondément passant de cinéaste star en artiste maoiste hors système aussi incompris qu'incompréhensible.

 

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auteur: Grégory Rateau

 

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