Lundi 25 mai 2020
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

YouthInvest Foundation : prolonger la scolarisation des jeunes filles

Par Isabelle Bonsignour | Publié le 01/04/2020 à 01:05 | Mis à jour le 01/04/2020 à 10:37
youthinvest girls education jharkhand

YouthInvest Foundation est une organisation qui a pour mission l'éducation et la santé des jeunes et en particulier des jeunes filles dans les zones rurales indiennes. La fondation a été créée il y a 4 ans par deux spécialistes de la santé publique : le Dr Kaliprasad Pappu, un leader de la santé publique en Inde ayant travaillé pour des agences de l’ONU et des ONG indiennes et internationales et Laboni Jana, une experte en santé publique formée par la London School of Hygiene & Tropical Medicine et activiste pour les droits des jeunes depuis plus de 20 ans. Ils sont assistés par Navin Devnani, un expert financier. 

(For English, scroll down)

La rédaction a rencontré le Dr Kaliprasad Pappu et vous en dit plus sur ce beau projet et les succès déjà obtenus.


 

Pappu youthinvest adolescentes jharkhand
Dr Pappu

 

Prolonger la scolarisation des jeunes filles en zones rurales pour un meilleur avenir

Dr Kaliprasad Pappu a travaillé toute sa vie dans le secteur de la santé materno-infantile. Lors de son dernier poste, il était en charge de la mise en place d'unités de soins pour les nouveaux-nés dans les hôpitaux publics de plusieurs Etats au sein de la structure indienne du Programme des Nations Unies pour le Développement. Au cours de sa carrière, il a pris conscience qu’un des principaux facteurs de la naissance de bébés de faible poids était dû à la jeunesse de la maman. En Inde, les grossesses chez les adolescentes sont liées aux mariages précoces qui obligent les jeunes filles à interrompre leur scolarité.

De son côté, Laboni Jana, qui travaillait dans le secteur de la santé avec des adolescentes était arrivée à la même conclusion : permettre aux jeunes filles de poursuivre leur scolarité jusqu'à 17 ans minimum est le seul moyen de limiter les mariages et les grossesses avant l’âge adulte.

Selon l’UNICEF, même si on a observé un recul des mariages précoces au niveau national et dans la plupart des Etats indiens, cette tendance est à relativiser dans le cas des jeunes filles entre 15 et 18 ans vivant dans les zones rurales.

 

“La jeunesse indienne représente un potentiel immense”, déclare Kaliprasad Pappu. “Mais, il est primordial que ces jeunes terminent leur scolarité. Investir dans la jeunesse est le meilleur moyen pour accélérer le développement du pays.” ajoute-t-il.

 

Forts de leur expérience de plus de 20 ans sur le terrain et de leur expertise, Kaliprasad Pappu et Laboni Jana ont décidé de créer une organisation se consacrant à l'éducation et la santé des adolescents des zones rurales et particulièrement des jeunes filles. YouthInvest Foundation démarra en 2015. 

Pour commencer, deux centres éducatifs ont été mis en place dans le Jharkhand afin d’accueillir les adolescentes qui avaient interrompu leur scolarité. Le Jharkhand est un petit état du nord-est de l’Inde dans lequel il y a encore une forte proportion de mariages et de grossesses précoces et dans lequel les deux experts avaient déjà travaillé.

Si nous pouvons maintenir les adolescentes à l'école jusqu'à 18 ans, alors les mariages auront lieu plus tard ainsi que les grossesses et les jeunes filles auront les moyens d'être autonomes et de décider du cours de leur vie.

explique Dr Pappu.

 

youthinvest adolescentes education Jharkhand
Les jeunes filles dans le centre scolaire Sambhavana à Badri, Jharkhand

 

Fournir un enseignement pour les adolescentes au travers des centres éducatifs “Sambhavana”

Le but principal de YouthInvest Foundation est de permettre aux adolescentes qui ne vont plus à l'école d’y retourner, de se mettre à niveau afin de pouvoir accéder au système d'éducation secondaire (collège/lycée) et de se préparer à la vie active. Dans les villages du Jharkhand, un grand nombre de jeunes filles interrompent leur scolarité prématurément, généralement quand elles atteignent l'âge d’aller au collège ou au lycée. 

Le Dr Pappu a constaté que les adolescentes vivant dans les zones rurales n’allaient plus à l'école pour les raisons suivantes :

  • les connaissances qu’elles ont acquises à l'école primaire et/ou au collège sont trop faibles et elles ne peuvent pas réussir au lycée,
  • les lycées sont peu nombreux et les enfants des zones rurales doivent souvent parcourir de longues distances afin d’aller à l’école ; les parents étant inquiets pour leurs filles ne les envoient plus à l'école lorsqu’elles atteignent l'âge de la puberté. 
  • les adolescentes doivent souvent s’occuper de leurs cadets et des travaux ménagers.

 

Afin de pallier à ces raisons, l’organisation a installé ses centres scolaires près des zones dans lesquelles les adolescentes vivent, limitant ainsi le danger auquel elles peuvent être exposées en allant à l'école.

 

Durant sa carrière, Dr Pappu a pu constater au fil des années un changement en milieu rural dans la mentalité des parents et dans leur perception de l’éducation de leurs filles.

Les parents sont aujourd’hui favorables à l'éducation des filles et les encouragent à continuer leurs études en fréquentant nos centres.

 

youthinvest jharkhand education filles
Cours de lecture dans le centre scolaire Sambhavana à Badri, Jharkhand

 

Un succès formidable

Les deux premiers centres scolaires ont été établis dans le Jharkhand comme établissements pilotes avec le soutien financier d’un groupe industriel indien. Les résultats parlent d’eux-mêmes :

 

  • 60 adolescentes ont suivi le cursus scolaire de deux ans
  • 42 ont passé l’examen d’état sanctionnant la fin de la scolarité (classe 10 - seconde en France), 
  • 29 ont obtenu les notes nécessaires pour entrer au Collège (première et terminale en France). 

Un véritable succès pour l’organisation !

“Lorsqu’elles sont arrivées dans le centre, elles n’allaient plus à l'école depuis plusieurs mois voire années. En un an, nous avons réussi à les faire passer de la classe 4 (CM1 en France) à la classe 8 (4eme en France). Puis, nos enseignants les ont soutenu dans leurs études pour qu’elles puissent se présenter à l’examen d’état de la classe 10 (seconde en France).” explique Dr Pappu.

 

Les jeunes filles qui ont été admises au Collège (première - terminale) ont maintenant confiance en elles et se sentent tout à fait capables de parcourir de longues distances pour assister à leurs cours. Celles qui n’ont pas pu obtenir des résultats suffisants pour accéder au Collège suivent une formation professionnelle et sont prises en charge par d’autres organismes qui les aideront à trouver un emploi.  

 

L’installation des centres dans les locaux des écoles publiques situées dans les villages a été facilitée par les bonnes relations que YouthInvest Foundation entretient avec le gouvernement du Jharkhand. Il en a été de même pour la formation des enseignants qui sont tous issus des mêmes zones rurales que leurs élèves. C’est un des points clés du succès du projet.

 

“Les adolescentes possèdent une volonté de fer : elles se lèvent très tôt le matin pour effectuer les travaux ménagers puis se rendent dans nos centres pour assister à leurs cours. L'après-midi, elles participent aux travaux dans les champs et aident encore à la maison le soir. ” s’enthousiasme Kaliprasad Pappu.

Malgré ces longues journées, elles ne rateraient pour rien au monde les cours.

 

Forte du succès de ces 2 centres pilotes, YouthInvest Foundation a reçu un financement pour la mise en place de 10 nouveaux centres pour accueillir 300 nouveaux élèves dans le Jharkhand et de 2 autres centres dans l’état voisin du West Bengal. Ils sont déjà opérationnels.

Notre travail est à long terme, mais nous pouvons déjà apercevoir les changements : les adolescentes ont confiance en elles, elles sont très motivées pour apprendre et leurs parents les y encouragent.

 

youthinvest adolescentes jharkhand education

 

Pour en savoir plus sur YouthInvest Foundation

 


Dr. Kaliprasad Pappu est un leader du secteur de la santé publique et possède 30 ans d'expérience avec des agences de l’ONU, de la Banque Mondiale et des ONG internationales et indiennes. Il est membre de la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health et lors de son dernier poste, il dirigeait le partenariat entre les gouvernements indien et norvégien sur le projet concernant la santé des nouveaux-nés (NIPI).


 

 

YouthInvest Foundation: educate the girls to postpone early marriage

YouthInvest Foundation is an organisation founded 4 years ago by Dr Kaliprasad Pappu, a public health leader with experience in UN agencies and both Indian and international NGOs, Laboni Jana, a public health expert trained at the London School of Hygiene & Tropical Medicine and advocate of youth rights with 2 decades of experience, and Navin Devnani, a finance expert. YouthInvest Foundation focuses on education and health for young people, especially young girls from rural areas.

lepetitjournal.com Bombay met with Kaliprasad Pappu to know more about his organisation.

 

Pappu youthinvest girls jharkhand
Dr Pappu

 

Empower the girls in rural areas, prevent early marriage

During his last role at the Indian office of UNDP (United Nations Development Programme), Dr Kaliprasad Pappu was in supporting governments in setting up newborn intensive care units in hospitals across several Indian states. While working on this project, he realised that a major factor behind low birth weight babies and sick newborns is the young adolescent mother who is married young and herself undernourished.  He decided to dedicate himself to prevent young girls from getting married while they are still a child and to have children at an early age thus limiting their education and leading them into a downward spiral of poverty. 

Working in the health sector and with adolescents, Laboni Jana also came to the same conclusion that if girls could be prevented from dropping out of school and allowed to complete secondary education in rural areas where such incidence is highest, this will help postpone as much as possible the age of marriage and having children when the girls themselves are children.

According to UNICEF, while there has been a decline in the incidence of early marriage nationally and in nearly all states, the pace of change remains slow, especially for girls in the age group 15-18 years living in rural areas.


“The youth in India is a powerful and huge advantage for the country”, declares Kaliprasad Pappu. “But they have to be trained and educated to be able to play a role in the country’s development. Investing in youth is the best way to get maximum returns.”

 

As Kaliprasad Pappu and Laboni Jana had strong expertise and more than 20 years of fieldwork, they decided to launch an organisation focusing primarily on education and health of adolescents, particularly adolescent girls. Thus, YouthInvest foundation was born in 2015 and started its journey with 2 girls learning centres to enable school dropout girls to complete their secondary education in Jharkhand, an eastern Indian state with one of the highest proportion of early marriages and pregnancy and where both the experts had previously worked.

If we can make the girls go to school till they are 18 years at a minimum, then marriage will be delayed, pregnancy will be postponed and we will empower the girls to gain control over their life.

explains Dr Pappu

 

youthinvest girls education Jharkhand
Computer class in Sambhavana Learning Centre, Badri, Jharkhand

 

Provide secondary education and life skills for adolescent girls through “Sambhavana Learning Centres”

The primary goal is to ensure access to secondary education and improve job-readiness among out-of-school adolescents. In villages in Jharkhand, a large number of girls are taken out of school once they reach the age to finish middle school or to attend high school, due to multiple factors including non-availability of secondary schools close to the community. 

Adolescent girls in rural areas mainly drop out of school for the following reasons:

  • their foundation knowledge is weak and they can’t succeed in high school,
  • these schools are very few in numbers and often kids from remote areas have to cover long distances to reach them and parents take girls out of school in fear of security if the girls reach puberty.
  • adolescent girls have to take care of their younger siblings and perform other household chores.

 

To tackle one of these issues, the foundation has established centres providing secondary education near the neighbourhoods with adolescents, limiting the danger they are exposed to when going to school. 

 

During his work in rural India, Dr Pappu has seen a change in the mentality of parents towards girls’ education.

Parents are very supportive of their children's education and encourage their girls to go to our centres.

 

youthinvest jharkhand education girls

 

From 2 pilot centres to 10 active centres

The first two education centres were established in Jharkhand as pilot centres with the support from an Indian Corporate Group.

A tremendous success for the organisation:

  • 60 girls attended the 2-year education program in these centres,
  • 42 presented the state board exams,
  • 29 passed.

“When they came to the centre, they had stopped going to school for a while and did not remember much. In one year, we brought them from the level of standard 3-4 (l'équivalent du CE2-CM1 en France) to standard 8 (l'équivalent de la 4eme en France). Then our teachers support them in studying for standard 10 Board exams(l'équivalent de la seconde en France).” explains Dr Pappu.

The girls who were admitted to college (pre-university) are now confident and not afraid to travel further to attend the lessons. The ones who could not continue their studies after the exams are now trained on life and practical skills and will be placed in jobs by other organisations.  



As the foundation has strong ties with state governments, it was easier to set up the centres in the premises of public middle school of villages and to train teachers from the area. 

 

The girls are strongly motivated: doing household chores early morning, then studying in our center, working in the fields in the afternoon and again at home in the evening.

says Kaliprasad Pappu

 

After the success of the two pilot centres, the foundation received sponsorship for ten additional centres for 300 children in Jharkhand and 2 centres in the neighbouring state of West Bengal, which have already started to operate.

 

Our work is on a long term basis but we can already see the changes: the girls are more confident and willing to learn, their parents are pushing them to study.

 

youthinvest girls jharkhand education


 

To know more about YouthInvest Foundation

 


Dr Kaliprasad Pappu is a public health leader with three decades of experience working with UN agencies, World Bank, International and Indian NGOs. A Gates Fellow at the Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, Dr Pappu, in the recent past, used to lead the Government of India-Norwegian partnership flagship project (NIPI) on newborn health.


 

isabelle bonsignour

Isabelle Bonsignour

Directrice de la publication et responsable éditoriale. Expatriée au long cours et fervente lectrice du site lepetitjournal.com, elle a rejoint l’équipe en créant l’édition de Bombay.
0 Commentaire (s)Réagir

Vivre en Inde

LITTERATURE

Club de lecture 4 : cinq ouvrages pour découvrir l’Inde

La rédaction présente la quatrième édition du Club de lecture. Tous les quinze jours, nous publions une liste de cinq ouvrages traduits en français sur l’Inde et de style varié : romans indiens, nouve

Expat Mag

Les 10 apprentissages de la crise pour les expatriés

Si la crise est loin d’être finie, quels sont ses enseignements ? Entre prise de conscience et changements radicaux, lepetitjournal.com fait le point sur ce que la Covid-19 nous a appris