Lundi 26 juillet 2021

L'Inde multi-ethnique : la communauté Sidi issue d'Afrique de l'Est

Par Audrey Ruchet-Bach | Publié le 27/05/2021 à 01:02 | Mis à jour le 16/06/2021 à 14:11
Un danseur de la communauté Sidi en Inde

Invasions, migrations et métissages … Parce que l’Inde est belle et riche dans sa diversité et dans ses cultures du monde s’entremêlant, nous vous proposons une série de 4 articles revenant sur des faits marquants de l’histoire du melting-pot indien.

Combats héroïques, civilisations décadentes et luxuriantes, rêves de gloire ou simplement de vie meilleure, déportation forcée et quête de l’eldorado, acculturation … Venez rêver et voyager à travers les siècles avec nous !

Episode 1 : Les Sidis

 

Des Sidi de Bombay
Un couple de Sidi de Bombay en 1912

 

Les Sidi, une communauté arrivée en Inde dès 628

En Inde, peu connue est l’histoire des Sidis, communauté souvent invisibilisée. Pourtant, dès 628, d’importants déplacements de population des communautés Bantou en Afrique de l’Est vers l’Inde commencent, et ce jusque dans les années 1650.

Déportés par les arabes, ils sont dits « Sidi », dont l’étymologie « Sahibi » signifie « l’ami, l’accompagnant ». La réalité est toutefois légèrement plus cruelle : si certains sont commerçants ou marins, la plupart sont réduits en esclavage. Toutefois, la communauté s’illustre de réussites fulgurantes, comme Jamel Ud Din Yagut, conseiller principal de la sultane Razia au 13ème siècle ou Malik Ambar, esclave éthiopien devenant régent du sultanat d’Ahmednagar au 16ème siècle.

 

Ikhlas Khan, un Sidi premier ministre de Bijapur vers 1650
Ikhlas Khan, un Sidi premier ministre Bijapur vers 1650

 

A la fin du 17ème siècle, lors des conquêtes des comptoirs européens, l’esclavage militaire faisant loi, la communauté Sidi croit considérablement en Inde. Ils s’installent au Gujarat, Maharashtra, Goa et Karnataka. Ils se rejoignent dans leur tradition du soufisme, de la cosmologie des saints africains, de la musique et de la danse. Majoritairement musulmans, certains sont toutefois hindous ou chrétiens.

 

Les Sidi dans l’Inde d’aujourd’hui

Les communautés Sidi souhaitent transcender les frontières religieuses par des intermariages et s’unir en organisations politiques, sociales, économiques et artistiques, revendiquant et forgeant leur identité.

En effet, dans un pays où les rapports sociaux sont régis par l’appartenance aux classes, les violences envers les Africains dénotent un racisme anti-noir ancré dans la société.

 

Enfants d'une communauté Sidi du Gujarat
Dans le Gujarat - @Nagarjun Kandukuru

 

Avec une communauté de 70 000 personnes en Inde, le peuple entend parler d’une seule voix afin d’obtenir le statut de « tribu répertoriée » (ndlr : Scheduled Tribes dans la constitution indienne).

Depuis 1956, certains villages Sidi ont par exemple accès à des programmes de discrimination positive. Cela permet une meilleure intégration dans le système universitaire et l’accès prioritaire à des postes au sein du gouvernement régional, pour un peuple qui est encore majoritairement rural, vivant de l’agriculture ou perpétuant la classe ouvrière.

En 1987, l’autorité indienne du sport avait également lancé un programme de formation olympique permettant à certains individus d’intégrer les équipes nationales.

 

Des lois inclusives mais renforçant l'appartenance aux castes

La problématique Sidi pose donc la question plus large de l’Inde multi-ethnique qui tente de survivre dans un pays où le nationalisme hindou est fort et met en exergue l’ambivalence de lois qui se veulent à la fois inclusives, mais qui paradoxalement renforcent l’appartenance aux castes.

L’Inde a en effet très vite compris que sa force venait de sa diversité et a souhaité, dès son indépendance, protéger la vitalité de sa mixité séculaire. La Constitution de 1950 a concédé des avantages aux « sections les plus faibles de la population », créant des « castes répertoriées » et des « tribus répertoriées » (Ndlr : Scheduled Castes et Scheduled Tribes).

 

Mais, la complexe arithmétique des postes réservés dans l’administration a fini par générer de fortes tensions sociétales :  destinée à atténuer les inégalités, la discrimination positive a engendré des effets pervers en contribuant à mettre en concurrence les communautés et castes qui exercent pressions politiques, lobbying, pour obtenir ou bénéficier des quotas de réservation. Le secteur privé quant à lui continue de préférer le mérite individuel et ne souhaite pas appliquer de quotas. 

 

 

Ne manquez pas les autres épisodes de notre série sur la diversité de l'Inde :

Episode 2 : 1498 - Vasco de Gama établit le premier comptoir portugais en Inde, ouvrant la voie aux Britanniques, Français, Hollandais et Danois.

Episode 3 : 1739 - Les conquêtes de Nadir Shah, le roi perse qui mit Delhi à genoux et fit trembler les Moghols. 

Episode 4 : 1959 - Les Chinois prennent Lhassa et l’exil tibétain en Inde commence.

 

 

 

Et vous, comment pensez-vous qu’il serait possible d’inclure les minorités dans la fabuleuse aventure qu’est l’Inde moderne ?
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Audrey Ruchet-Bach

Audrey Ruchet-Bach

Audrey Ruchet Bach cultive la polyvalence et la curiosité, les moteurs animant son parcours et ses envies. De l'Inde où elle travaille actuellement, elle cite Gandhi : "Vis comme si tu devais mourir demain. Apprends comme si tu devais vivre toujours."
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