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CHARIF MAJDALANI - “Le rêve de tout écrivain, c’est d'être lu”

Par Mariam Serhan | Publié le 15/11/2016 à 17:18 | Mis à jour le 15/11/2016 à 20:26

 

Auteur de plusieurs romans, Charif Majdalani était présent à la 23ème édition du Salon du livre francophone de Beyrouth afin de présenter Regards sur l'édition dans le monde arabe qu'il a co-dirigé avec Franck Mermier. Entretien.

Lepetitjournal.com/Beyrouth : Dans votre article L'édition francophone au Liban, contributif à l'ouvrage que vous avez co-dirigé, vous expliquez que les éditeurs libanais sont de plus en plus bilingues. Comment s'est effectuée cette évolution ? 
Charif Majdalani : Les tout premiers éditeurs n'étaient absolument pas bilingues. Les éditions de La Revue Phénicienne, par exemple, étaient totalement francophones. Plus tard, la véritable édition professionnelle, qui s'est développée à partir du milieu et à la fin de la guerre, est devenu bilingue.

Aujourd'hui, la plupart des éditeurs publient des livres dans les deux langues et parfois, des ouvrages avec des textes en français et en arabe. Les éditeurs francophones ne sont pas des éditeurs véritablement littéraires. Leur vocation est plutôt le beau livre, le livre patrimonial.

Même si certains d'entre eux restent massivement francophones, ils ont tous tendance à vouloir faire comme si la société libanaise était effectivement trilingue, ce qui n'est pas le cas puisque ce sont des lectorats très séparés. Le lectorat arabophone ne lit pas le français, le lectorat francophone lit très peu d'arabe. C'est ainsi.

Vous êtes vous-même écrivain. C'est la maison d'édition Le Seul qui publie vos romans. Pourquoi avoir choisi cette maison d'édition ?
Comme tous les écrivains du monde francophone, je voulais publier chez un éditeur français. Il me semble que le champ éditorial libanais ne suit pas absolument le champ littéraire. Toute littérature, tout écrivain, a besoin d'un champ littéraire fort pour se faire reconnaitre.

Le champ littéraire français offre cela. Il y a des revues littéraires, il y a une puissance de la littérature, il y a des prix littéraires. Toutes ces choses là, qui n'existent pas chez nous, sont importantes. Et donc tout écrivain francophone quand il veut publier un livre va d'abord aller vers un éditeur français parce que c'est celui qui lui offrira la possibilité d'une consécration, en tout cas l'évidence d'une visibilité.

Et puis, le champ littéraire francophone libanais est totalement dépendant du champ littéraire français. Lorsqu'un écrivain libanais est reconnu par le champ littéraire français, il est reconnu chez lui. De plus, un écrivain qui n'est pas reconnu dans le champ éditorial français ne l'est pas au Liban. En revanche, un écrivain reconnu au Liban ne sera pas forcément reconnu en France.

Avez-vous fait le choix d'écrire en français pour une question de reconnaissance, pour toucher un plus grand public ou est-ce parce que le français permet quelque chose en littérature que l'arabe ne permettrait pas ?
En réalité, je peux écrire une lettre ou des SMS en arabe mais je suis incapable d'écrire un article en arabe. J'aime beaucoup l'arabe, je le lis mais je n'ne maîtrise pas les structures. Comme beaucoup d'enfants de la bourgeoisie libanaise, j'ai été dans des écoles françaises. Ma mère était totalement francophone. Je n'ai lu que des livres en français. J'ai lu mon premier livre arabe à 15 ans. Je suis un écrivain qui écrit en français parce que c'est ma langue. Oui, le français m'ouvre au public. Le rêve de tout écrivain c'est que tout le monde le lise, dans toutes les langues.

Que peut-on souhaiter à l'édition libanaise francophone pour les années qui viennent ?
Qu'elle continue à s'améliorer. Je lui souhaite surtout de trouver un véritable marché, que ce salon se développe et qu'elle puisse nouer des liens avec les éditeurs francophones du sud. Comme pour l'édition arabophone, il faudrait que l'édition francophone s'installe réellement dans une logique de la distribution avec un vrai distributeur qui fédère l'ensemble des éditeurs francophones. Un vrai distributeur et un véritable travail de représentant permettront de diffuser encore mieux la littérature francophone.


Mariam SERHAN  (www.lepetitjournal.com/Beyrouth) dimanche 13 novembre 2016

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